Neuburger le Rhapsode

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Auditorium du Louvre. 28-IX-2011. Richard Wagner (1813-1883) / Franz Liszt (1811-1886) : « Reproches de Lohengrin à Elsa », extrait de Lohengrin S 446/3 ; Ouverture de Tannhäuser S 442. György Ligeti (1923-2006) : Premier Livre d’études pour piano (extraits). Jean-Frédéric Neuburger (né en 1986) : Vitrail à l’Homme sans yeux. Franz Liszt (1811-1886) : La Lugubre Gondole I S 200/1 ; Bagatelle sans tonalité S 216a ; Czardas Macabre S 224 ; Mephisto-Polka S 217i ; Rhapsodies hongroises n°13 en la mineur, n°17 en ré mineur, n°6 en la bémol majeur. Jean-Frédéric Neuburger, piano

En intitulant son concert « Au fil de Liszt », , tout juste vingt cinq ans, avait conçu un programme à la hauteur de ce génial rhapsode, ambitieux, virtuose et généreux.

Commençant là où d’autres auraient pensé finir, Neuburger attaque d’emblée avec des pages de transcription lisztienne extraites des opéras de Wagner. Il « préludait » avec quelques pages intimistes de Lohengrin et se lançait ensuite dans l’Ouverture de Tannhäuser, assumant cette performance technique avec une solidité de jeu impressionnante, même si les couleurs flamboyantes des « cuivres » thématiques et le ressac spectaculaire des « cordes » manquaient d’une certaine envergure du geste.

Du premier Livre d’Etudes de Ligeti – transcendantal lui aussi lorsqu’il s’attache au clavier – notre pianiste avait choisi Désordre, une pièce engendrant des collisions métriques redoutables, puis Cordes à vide, sorte de musique « en creux » après l’énergie rageuse conférée à la première étude. Le pianiste terminait ce court hommage au maître hongrois avec Un automne à Varsovie aux sonorités fascinantes dont il détaillait presque analytiquement les fins agencements de l’écriture.

Puis il se lançait corps et âme dans sa propre composition avec Vitrail à l’Homme sans yeux, une nouvelle partition qu’il envisage comme « le pendant solaire » de Maldoror (voir notre article du 17-I-2010): plus expansif, avec ses trois parties enchaînées (Prélude, Labyrinthe, Passacaille), ce long mouvement rhapsodique, sorte de ricercare obstiné, libère un flux sonore généreux, éruptif autant que fulgurant. Si différentes « manières » s’y juxtaposent – la figure incisive d’un Barraqué ou l’obstination rythmique d’un Bartók – l’élan personnel et la fougue expressive qui gorge l’écriture forcent l’admiration et signent l’authenticité d’une telle composition.

Le geste et l’imaginaire sonores de cet artiste étonnant se libéraient alors totalement dans la deuxième partie du concert entièrement consacrée à Liszt : avec les dernières œuvres du maître pointant la « musique de l’avenir », comme La Lugubre Gondole et sa quarte augmentée insistante, l’étonnante Bagatelle sans tonalité et la prodigieuse Csardas Macabre, danse hongroise revisitée à laquelle Neuberger conférait une rythmique implacable et un timbre singulier. Après une Méphisto-Polka bien enlevée, les trois Rhapsodies hongroises, bouclant cet imposant récital, sonnaient avec le panache et l’élégance d’un jeu délibérément virtuose et plein d’énergie.

Fidèle à sa thématique, Jean-Frédéric le rhapsode terminait, en bis, par les Trois improvisations sur des chants populaires de Bartók.

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