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Chabrier, des opérettes fraîches et légères

Ce disque est la réédition d’un enregistrement sorti en 1998 chez Arion, et il est aisé de comprendre pourquoi le label renouvelle l’expérience : la musique est délicieuse, l’écoute fort agréable. Loin des clichés souvent associés à l’opérette, cette musique légère sait également se faire profonde.

Deux premières mondiales figurent aux côtés d’Une éducation manquée, plus souvent donnée : ce sont les opérettes Fisch-Ton-Kan et Vaucochard et Fils 1er, toutes deux composées sur des paroles de Verlaine. Il est regrettable que la notice du disque ne soit pas plus développée, avec la présence des textes. Fort heureusement, la diction claire et précise des chanteurs y supplée.

Ces œuvres de Chabrier sont servies par une réelle fraîcheur d’interprétation. Une joyeuse vivacité anime les sections les plus bouffes, comme le duetto de Gontran avec son docte et burlesque précepteur Pausanias. Un humour plus fin émerge également ici et là. Peut-être la théâtralité de ces opérettes, pensées pour la scène, pourrait-elle parfois transparaître plus nettement – même au disque. Mais la plupart des interprètes se distinguent par un réel talent dans l’art de camper vocalement des personnages, en particulier dans le rôle du jeune Gontran de Boismassif et dans celui de Maître Pausanias. La légèreté des couplets de Gontran et d’Hélène « Faisons-nous petits » est un des sommets du disque, avec un élan de jeunesse et d’ingénuité qui touche directement l’auditeur. Brigitte Desnoue y est d’une candeur remarquable dans le rôle d’Hélène de la Cerisaie, la jeune mariée. L’auditeur ne peut que sourire, se laisser apprivoiser, puis se laisser emporter.

Les trois œuvres, fort ludiques, inviteraient à remettre en cause le regard péjoratif souvent porté aujourd’hui sur l’opérette, parfois qualifiée de vieillotte ou de ringarde. Au contraire, cette musique semble parfaitement actuelle et accessible. Légère, mais aussi sentimentale, avec par moment quelques couleurs presque wagnériennes, son raffinement fait de Chabrier l’un des fleurons de l’école française de la fin du xixe siècle.

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