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Madame Curie par Elżbieta Sikora

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Paris, Maison de l’UNESCO. 15-XI-2011. Elżbieta Sikora (né en 1943) : Madame Curie, opéra en trois actes et trente scènes sur un livret d’Agatha Miklaszewska adapté par Gregor Blumstein et le compsiteur. Mise en scène : Wojciech Michniewski ; décors : Hanna Szymczak ; chorégraphie : Izadora Weiss. Avec : Anna Mikolajczyk, Marie Sklodowska-Curie ; Pawel Skaluba, Pierre Curie ; Tomasz Rak, Paul Langevin ; Leszek Skrla, Albert Einstein ; Joanna Wesolowska, Loïe Fuller ; Anna Michalak, Eve ; Marta Siewiera, Irène ; Monika Fedyk-Klimaszewska, Miss Maloney ; Bartlomiej Misiuda, Gustave Téry ; Szymon Kobylinski, Henri Perrin ; Daniel Borowski, Paul Painlevé. Orchestre et Chœur de l’Opéra Baltique de Gdansk, direction : Wojciech Michniewski

Madame Curie est le quatrième opéra d’. C’est un projet qu’elle porte depuis six ans et qui vient honorer en 2011 le Centenaire de l’attribution du Prix Nobel de chimie à Marie Sklodowska-Curie (1867-1934). D’origine polonaise, vient s’installer à Paris en 1968 pour travailler dans le studio d’électroacoustique de Pierre Schaeffer dont elle devient une émule passionnée. Poursuivant en parallèle des études de composition instrumentale, elle s’engage pleinement dans sa vie de compositrice, récompensée à plusieurs reprises pour son travail de création qu’elle mène avec une énergie exemplaire: un profil de vie étonemment parallèle à celui de sa compatriote Maria Sklodowska qui arrive à Paris à 24 ans pour faire ses études et devenir la physicienne et chimiste deux fois récompensée par le Prix Nobel. Après Emilie (2010) de Kaija Saariaho et Akhmatova (2010) de Bruno Mantovani, deux destinées féminines d’exception placées au centre d’un livret d’opéra, inscrit son héroïne dans cette série de protagonistes féminines hors norme dont elle retrace l’existence aussi brillante que mouvementée. L’ouvrage d’envergure était accueilli en création mondiale par la Maison de l’Unesco avant d’investir le plateau de l’Opéra baltique de Gdansk le 25 novembre.

Pour l’heure, il s’agissait de tirer partie de l’espace relativement réduit de l’auditorium de la Maison de l’Unesco, plus propice aux conférences qu’à la scène lyrique. En l’absence de fosse, l’orchestre, incluant guitare électrique et accordéon, est relégué en fond de scène, laissant évoluer les chanteurs sur un plateau plus que restreint, occupé par une table qui sera le seul élément de décor. Des praticables installés de part et d’autre de la scène permettent en revanche d’agrandir le champ d’action et de modifier l’angle de vue dans les mouvements de foule et la harangue des journalistes.

Le livret en trois actes d’Agatha Miklaszewska adapté par la compositrice et Gregor Blumstein relate cette période d’existence aussi tourmentée qu’exaltante de l’héroïne située entre la réception de ses deux Prix Nobel. Partagée entre sa vie de chercheuse et son rôle de mère (elle a deux filles, Irène et Eve), elle aura à surmonter la mort de son mari Pierre Curie, victime d’un accident de la rue à Paris (fin du 1er acte), l’hostilité d’un univers d’hommes s’élevant contre « la femme émancipée qui se permet de briser les familles françaises » lorsqu’on apprendra sa liaison avec cet homme marié qu’était Paul Langevin (2ème acte) ; elle décidera malgré tout d’aller recevoir son Prix Nobel à Stockholm. Dans le 3ème acte, elle est confrontée aux premiers méfaits de la radioactivité (mort de son amie danseuse Loïe Fuller) et accepte finalement de partir aux USA, rongée par le sentiment de l’inaccomplissement et du non-sens de la vie…

En dépit d’une acoustique plutôt ingrate qui ne mettait guère en valeur la projection électroacoustique, au demeurant assez limitée, la musique empoignante d’Elżbieta Sikora met à l’œuvre l’efficacité des timbres instrumentaux, relevés d’un riche pupitre de percussions. L’Orchestre de l’Opéra Baltique de Gdansk, soumis à une écriture exigeante, est fermement conduit par Wojciech Michniewski soucieux du détail et du relief. Il instaure dès le début une tension dramatique extrême sans jamais noyer les lignes des voix. Sikora opte pour un lyrisme largement déployé, intense comme la brillance du radium même s’il frise parfois l’excès de son. Il est servi par un casting essentiellement polonais et de très haute tenue qui n’accuse aucune faiblesse. Dans le rôle titre, Anna Mikolajczyk est l’incarnation idéale de cette personnalité intègre et libre obstinément; sa voix généreuse et souple, à l’aise dans tous les registres, assume ce rôle écrasant sans aucune défaillance et avec un abattage scénique stupéfiant. A ses côtés, Pawel Skaluba/Pierre Curie, Leszek Skrla/Einstein et Tomasz Rak/Paul Langevin sont des partenaires d’une égale vaillance, aux voix timbrées et bien projetées comme celles de la société des femmes, filles et amie de Marie qui vont l’entourer et la soutenir aux troisième acte. Si la participation improbable de la danse et de la vidéo n’est guère pertinente, la relance dramaturgique du chœur – excellente phalange de l’Opéra baltique de Gdansk – massé comme une présence hostile autour de l’héroïne durant tout le spectacle, ménage des instants d’une très grande puissance, dans un rythme et un espace démultiplié.

Anna Mikolajczyk (Marie Sklodowska-Curie) et Monika Fedyk-Klimaszewska (Miss Maloney) © DR

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Paris, Maison de l’UNESCO. 15-XI-2011. Elżbieta Sikora (né en 1943) : Madame Curie, opéra en trois actes et trente scènes sur un livret d’Agatha Miklaszewska adapté par Gregor Blumstein et le compsiteur. Mise en scène : Wojciech Michniewski ; décors : Hanna Szymczak ; chorégraphie : Izadora Weiss. Avec : Anna Mikolajczyk, Marie Sklodowska-Curie ; Pawel Skaluba, Pierre Curie ; Tomasz Rak, Paul Langevin ; Leszek Skrla, Albert Einstein ; Joanna Wesolowska, Loïe Fuller ; Anna Michalak, Eve ; Marta Siewiera, Irène ; Monika Fedyk-Klimaszewska, Miss Maloney ; Bartlomiej Misiuda, Gustave Téry ; Szymon Kobylinski, Henri Perrin ; Daniel Borowski, Paul Painlevé. Orchestre et Chœur de l’Opéra Baltique de Gdansk, direction : Wojciech Michniewski

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