Anne-Catherine Gillet : merci et chapeau bas

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Samuel Barber (1910-1981) : Knoxville : Summer of 1915, op. 24 ; Hector Berlioz (1803-1869) : Les nuits d’été op. 7 ; Benjamin Britten (1913-1976) : Les illuminations op. 18. Anne-Catherine Gillet, soprano ; Orchestre Philharmonique Royal de Liège, direction : Paul Daniel. 1 CD Aeon AECD 1113. Code barre : 3760058360132. Notice bilingue (français, anglais), textes chantés traduits en français et en anglais. Durée : 66’21’’

 

Voici enfin le premier récital d’une chanteuse dont la carrière a déjà montré les grandes qualités scéniques et vocales. Le programme est à lui seul un coup de maître. Certes, les Nuits d’été par un soprano ne peuvent jamais totalement convaincre, au contraire des Illuminations, écrites pour une femme avant d’être annexées par les ténors. Cette voix fine et claire convient parfaitement aux souvenirs d’enfance de Knoxville. Et même le manque d’ampleur, qu’on peut constater dans Sur les lagunes, dans la « scène de bal » du Spectre de la rose ou dans le passage le plus intense de Knoxville (« May God bless my people »), ne fait pas obstacle à l’émotion. La diction est quasiment parfaite en français, légèrement moins en anglais, mais ne réussit pas l’impossible tâche de rendre évidente la prosodie des Illuminations. L’accompagnement de l’ est tout aussi excellent, alors qu’on pensait plus à son aise dans les symphonies de grande envergure. Le niveau instrumental est, comme on pouvait s’y attendre, élevé : des bois raffinés dans Barber et Berlioz, des cordes vives et changeantes dans Britten.

Il faut donc saluer une triple réussite, à des titres divers. Knoxville n’est pas réinventé, mais les atmosphères successives et la poésie en sont bien rendues ; et la ligne vocale, sobre et sans manières, est soutenue par de beaux détails instrumentaux. Dans les Nuits d’été, aucun poème ne déçoit, ce qui n’est déjà pas fréquent : on apprécie naturellement une innocente Villanelle, très fine de touche, et une tonifiante Ile inconnue. Absence séduit par la pureté du trait, mais c’est surtout la délicatesse maladive d’Au cimetière qui fait impression. Pour les Illuminations, rares sont les sopranos qui ont atteint une pareille acuité du chant. Le ton est là encore bien trouvé, en accord avec l’ensemble instrumental : une alliance d’énergie froide (Villes, Marine et Parade sont d’une précision éblouissante) et de hargne. L’aisance vocale permet une certaine inventivité, comme pour peindre les personnages fantasques de Royauté. Certainement une des versions féminines les plus satisfaisantes. Pour les deux autres œuvres, ce disque se classe également dans la catégorie supérieure, c’est tout dire.

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