Oberto à Paris, de l’excitant et de l’abominable

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 17-XI-2011. Giuseppe Verdi (1813-1901) Oberto, opéra en deux actes sur un livret d’Antonio Piazza et Temistocle Solera. Version de concert. Avec : Michele Pertusi, Oberto ; Maria Guleghina, Leonora ; Valter Borin, Riccardo ; Ekaterina Gubanova, Cuniza ; Sophie Pondjiclis, Imelda. Chœurs de Radio France (chef de chœur Kalman Strausz) Orchestre National de France, direction : Carlo Rizzi.

Oberto, premier opéra de Verdi, qui obtint un franc succès lors de sa création, n’est quasiment plus jamais donné de nos jours. L’occasion était belle alors d’écouter l’œuvre in vivo, même en version de concert. Hélas, on ne peut pas dire qu’on l’a entendue dans son intégralité, dans la mesure où la plupart des reprises dans les cabalettes ont été coupées. Malgré cela, l’œuvre reste intéressante, encore rattachée à l’esthétique donizettienne, mais annonçant sans ambiguïté le Verdi de la maturité. Le premier acte fait montre de quelques longueurs, mais le second comporte un remarquable quatuor, ainsi qu’une scène finale particulièrement excitante. Pourtant, on entend tellement de formules qui seront reprises par la suite, que ce soit par Verdi lui-même ou par ses épigones, qu’aucune ne marque réellement, et que cet opéra, malgré le plaisir qu’on peut prendre à son écoute, reste sitôt écouté, sitôt oublié.

L’avis est tout aussi mitigé sur le plan de l’interprétation, qui alterne le bon et l’innommable, parfois dans la même entité. Ainsi, les premières mesures de l’ouverture sont fausses à en frémir, avec des trompettes qui ont oublié de s’accorder. L’ se rachète vite cependant, mené tambour battant par , qui ne s’embarrasse pas de vaines délicatesses. Ca brille, ça rutile, ça claque, mais heureusement ça ne zim-boume pas !

Fabio Sartori, souffrant, est remplacé par Valter Borin, et là, nous sommes dans l’abominable tout du long. On hésite à dire que la voix de ce ténor est engorgée, parce qu’on peut également la juger nasale ou dans les joues, mais en tout cas, jamais là où elle devrait être ! Son exact contraire est la basse dans le rôle-titre, splendide de timbre, d’autorité, de ligne. Hélas les airs qui lui sont dévolus ne sont pas parmi les plus intéressants.

On est partagée, encore, sur la prestation de . Le rôle de Leonora, imaginé pour Giuseppina Strepponi, est crucifiant, hérissé de sauts de registre, et nécessite une endurance que peu de cantatrices possèdent. Très habituée à cette écriture typique du Verdi de jeunesse, la soprano en affronte crânement les écueils, avec une audace qui n’appartient qu’à elle, et se permet même des variations dans le suraigu. Mais, si la couleur est belle et les aigus impériaux, la voix trémule dans le médium, la justesse n’est pas toujours au rendez-vous, et elle donne de bout en bout l’impression de déchiffrer la partition.

Ekaterina Gubanova est une fade Cuniza. On lui préfère, pour les quelques phrases qu’elle a à dire, la toujours remarquable , dont le timbre unique confère une sonorité particulière aux ensembles.

Crédit photographique : DR

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