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Le Fine Arts Quartet et Menahem Pressler

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Dijon. Auditorium, 25-XI-2011. Joseph Haydn (1732-1809) : Quatuor à cordes en sol majeur op. 77 n°1 ; Béla Bartók (1881-1945) : Quatuor à cordes n°3 en do dièse mineur Sz93 ; Antonín Dvořák (1841-1904) : Quintette pour piano et cordes en la majeur op 81. Quatuor Fine Arts : Ralph Evans et Efim Boico, violons ; Nicolo Eugelmi, alto ; Robert Cohen, violoncelle ; Menahem Pressler, piano

A l’heure où le « jeunisme » est de mise, à l’heure où tant de nouvelles formations de chambristes talentueux piaffent en attendant une hypothétique gloire, qu’il est réconfortant de voir que sur les âmes bien nées les années n’ont pas de prise ! En effet, le  et l’étonnant nous offrent sans lésiner des instants de pur bonheur.

Le programme ambitieux balaye cent cinquante ans d’histoire du quatuor et, en même temps, suggère de toute évidence une parenté d’esprit entre ces trois musiciens nés en Europe centrale : à revient le sens de la construction, mais aussi de la fantaisie contrôlée ; à celui du lyrisme chaleureux exprimé dans un moule traditionnel ; enfin à revient l’âpreté et la violence canalisées par une construction formelle rigoureuse mais sophistiquée.

L’élégance, la sobriété, le sens du discours musical, tels peuvent être les qualificatifs caractérisant le jeu des quatre instrumentistes dans l’interprétation du quatuor de Haydn. Ils savent faire ressortir aussi bien le côté « école de cavalerie espagnole » aristocratique du thème du premier mouvement, que celui d’inspiration populaire du dernier ; ils savent nous faire goûter aux audaces harmoniques des changements de tons de la première partie aussi bien qu’insister sur le caractère ambigu de celui de l’adagio. On ne peut qu’être sensible aux effets sonores contrastés qui, en usant de sonorités râpeuses dans le trio notamment, nous amènent tout naturellement à faire le lien avec l’œuvre du musicien hongrois.

L’interprétation du quatuor de Bartók, qui est loin de fournir la lisibilité et la séduction des deux autres pièces de musique de chambre, n’est pas pour autant sans attraits ; on y décèle sans peine la complexité contrapuntique, le chromatisme exacerbé, la polytonalité. La partition est trop complexe pour que l’on puisse d’emblée en saisir la forme, mais le choix assumé de mettre en valeur les différences de dynamiques et les modes de jeu différenciés nous parle, en les suggérant, des remous tortueux de l’âme, mais aussi de ces attaches à la terre, attaches que Bartók a toujours revendiquées comme étant les seules racines véritables de l’Homme.

A côté de la composition de Bartók, celle de Dvořák nous parait « de lait et de miel » ! Le violoncelle et l’alto nous séduisent immédiatement par la sensibilité avec laquelle ils énoncent des thèmes qui sont sans cesse répétés ensuite dans des éclairages différents. La subtilité du jeu de donne un coloris délicat à la « dumka » dans ses passages lents, mais témoigne aussi d’une nervosité dansante dans le vivace ; les partenaires font preuve d’un sens de l’équilibre sonore et de la cohésion infaillible dans les deux derniers mouvements, très brahmsiens d’inspiration.

Avec le sens de la logique musicale qui semble les caractériser, le  et le pianiste Menahem Pressler nous ont bercés en bis avec le mouvement du quintette de Brahms dont le thème ambigu sans cesse répété conduit aux pays des rêves…

Crédit photographique © DR

Antonín Dvořak

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