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Nuit étoilée pour le Quatuor Artemis

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Dijon. Auditorium, 07-XII-2011. Henri Dutilleux (1916) : Ainsi la nuit, quatuor à cordes ; Béla Bartók (1889-1945) : Quatuor à cordes n° 1, Sz 102. Maurice Ravel (1875-1937), Quatuor à cordes en fa majeur. Quatuor Artemis : Natalia Prishepenko et Gregor Sigl, violons, Friedemann Weigle, alto, et Eckart Runge, violoncelle

L’assurance, le charme, la conviction, le dynamisme, la cohérence, la symbiose absolue, la musicalité et la sensibilité, tous ces substantifs pour le moins élogieux ne sont pas des termes galvaudés lorsque l’on parle de la soirée remarquable que le offre a à un public comblé. Pourtant le programme choisi ne donne pas dans la facilité…

Il est rare que des musiciens chambristes fassent leur concert debout, tout du moins en ce qui concerne les deux violonistes et l’altiste, mais il est vrai que cela donne de prime abord une impression de stabilité et d’engagement plus important ; cette impression est vérifiée, oh combien de fois, au cours de la soirée, car elle provient d’une concentration sans défaut ; elle permet de régler au quart de poil par exemple, l’enchainement des pizzicati dans l’œuvre de Dutilleux : la Klangfarbenmelodie éclate en « bulles sonores » absolument magiques. Elle permet d’assurer sans mollir les changements de tempi dans Bartók, et elle permet aussi de réaliser des nuances raffinées dans Ravel.

Dans le domaine technique, on ne peut qu’admirer l’étonnante symbiose qui se fait jour dans le travail de l’archet : en effet, lorsque les instrumentistes jouent parallèlement, ils l’utilisent strictement à la même place, et donc le son est remarquablement homogène ; la qualité de celui-ci est par ailleurs sans défaut chez les quatre partenaires : pas de scories inattendues, pas de glissandi intempestifs. En outre, une variété de sonorités adaptée au discours musical rend la compréhension des intentions du compositeur plus aisée : la profondeur de l’accord clé de la pièce d’ nous introduit dans le mystère de la nuit tandis que les pizzicati percutants sont autant de poussières d’étoiles. Le fugato du début du quatuor de Bartók glisse comme une étoffe de soie, alors que les sonorités râpeuses de la danse finale rappellent la rugosité paysanne.

L’observation intelligente de la partition nous fait découvrir des détails insoupçonnés même dans une pièce archiconnue comme celle de : ainsi apparait une bribe de réponse jamais perçue dans le dialogue, ou un timbre inédit étonne au détour d’une phrase musicale.

En fait, ces artistes donnent l’impression de recréer chaque œuvre, car ils savent donner du relief à toutes les intentions du compositeur sans pour autant les caricaturer ; nous pouvons ainsi pénétrer dans ces trois nocturnes, mystérieux chez l’un, torturé chez le second, enfin plein d’un charme fin de siècle chez le troisième.

Crédit photographique : © Thomas Rabsch

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Dijon. Auditorium, 07-XII-2011. Henri Dutilleux (1916) : Ainsi la nuit, quatuor à cordes ; Béla Bartók (1889-1945) : Quatuor à cordes n° 1, Sz 102. Maurice Ravel (1875-1937), Quatuor à cordes en fa majeur. Quatuor Artemis : Natalia Prishepenko et Gregor Sigl, violons, Friedemann Weigle, alto, et Eckart Runge, violoncelle

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