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Jean-Paul Scarpitta, directeur de l’Opéra national de Montpellier

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Connu comme metteur en scène et réalisateur, Jean-Paul Scarpitta est depuis le 1er janvier 2011 directeur général de l’Opéra national de Montpellier. Rencontre avec un artiste hors-normes pour faire le bilan après un an de direction, peu avant la venue de Riccardo Muti et la recréation d’Einstein on the Beach.

Notre dossier : Art Lyrique

 

ResMusica : Plasticien, metteur scène, vidéaste, … comment vous définissez-vous ?
 : on va dire artiste, mais metteur en scène surtout. Ce qui me plait beaucoup dans le théâtre, depuis l’enfance, c’est le déguisement, le vrai, le faux, et de retrouver sous ces apparences les vérités profondes.

RM : Alors pourquoi la mise en scène, et spécifiquement d’opéra ?
JPS : Ce qui me plait surtout dans la mise en scène est notre rôle de transfigurer le quotidien. Se retrouver sur une scène d’opéra, guidé par la musique et inspiré par les sentiments, vous sentez comme un directeur d’inconscience. Rester derrière la musique est capital.

RM : Quels sont vos rapports avec la musique ? Le temps théâtral et le temps musical ne sont pas les mêmes.
JPS : La musique je la connais suffisamment pour la lire. Je me remets toutefois au solfège et au piano pour m’imprégner de plus en plus, me sentir chef d’orchestre. Je tente de combler le grand fossé entre le metteur en scène et le chef d’orchestre. Je ne fais rien en mise en scène sans connaître la vision du chef. Je m’appuie totalement sur la musique. Je peux ne pas être d’accord mais je m’adapte. C’est au metteur en scène de s’adapter à l’opéra. Mais je pense qu’un chef d’orchestre doit connaître la mise en scène, s’approcher le plus possible du théâtre. Je viens de monter Nabucco à Rome pour les 150 ans de l’unité italienne, avec Riccardo Muti. A travers sa discipline et sa rigueur, j’ai trouvé dans Nabucco, qui est très peu dramatique, un souffle extraordinaire.

RM : Vous êtes metteur en scène, et comme nombre de vos confrères, directeur d’opéra. Les deux activités sont-elles conciliables ?
JPS : J’ai du renoncer à deux productions. C’est difficile, car ma tâche implique une conscience morale et humaine qui ne peut que me faire tourner vers la maison que je gère. On se désincarne quelque part.

RM : Souvent l’opéra est taxé d’élitiste. Que répondez-vous à ce genre d’accusation ?
JPS : C’est totalement faux. Il faut faire comprendre que la musique classique ou l’opéra ne sont pas destinés à une élite. A Montpellier les places sont très peu chères. Les jeunes chanteurs d’opéra et les jeunes chefs d’orchestre sont de plus en plus talentueux, les jeunes metteurs en scènes et chorégraphes s’intéressent de plus en plus à l’opéra. Il faut dédramatiser, déclassifier, l’opéra construit la personnalité, forme à la citoyenneté. Pourquoi chaque grande ville en Europe, en Amérique du nord et maintenant en Asie a un orchestre et un opéra ? Il faut se poser la question. Nous sommes citoyens et la musique nous améliore. La musique adoucit les mœurs, c’est un cliché, mais elle est fondamentale. La musique crée le lien social.

RM : Alors quels objectifs pédagogiques pour l’Opéra national de Montpellier ?
JPS : Nous courons vers les élèves et les étudiants. J’ai fait un accord avec le CNSMDP pour que des étudiants en esthétique, analyse ou histoire de la musique écrivent dans les programmes. Je veux faire participer des jeunes illustrateurs pour les supports de communication – j’ai fait changer la charte graphique à cet effet. Il faut aller vers le jeune public, j’en fais une priorité, et vers les « autres » publics, faire des actions dans les milieux carcéraux par exemple. Ces jeunes gens – ou moins jeunes – qui vont pour la première fois à l’opéra en sortent émerveillés et veulent revenir.

RM : Après Henri Maier, qui a réorganisé l’ensemble de la maison et fait découvrir en France de nombreux jeunes talents – Anna Netrebko par exemple, après René Koering et sa recherche de répertoires, quelles seront vos orientations ?
JPS : Je ne sais pas si je donnerai une marque si profonde. Mais dans toutes les auditions et concours auquel je participe, il y a un vivier inépuisable de jeunes talents exceptionnels qu’il faut faire travailler. A coté de cela, il faut se recentrer sur le répertoire, surtout pour l’orchestre, le faire travailler avec de très grands chefs, comme Riccardo Muti. Inviter pour l’opéra des metteurs en scènes reconnus comme Alfredo Arias, Olivier Py ou Robert Wilson. Et en plus de cela faire venir ces jeunes talents, et faire un vivier, le talent n’est pas réservé aux gens « consacrés ». Et si nous n’avançons que d’un millimètre, nous aurons fait quelque chose. J’espère que Montpellier deviendra un « révélateur de talents ».

RM : Quels sont les changements à venir à l’Opéra de Montpellier ?
JPS : Déjà un logo et une charte graphique. Développer la communication sur internet, auprès des réseaux sociaux. Nous aurons un nouveau directeur musical qui reste encore à choisir, car Lawrence Foster quittera ses fonctions un an avant la date prévue, en juin prochain. Et trouver un nouveau chef d’orchestre sera une tâche ardue. Nous aurons aussi un nouvel Opéra-Comédie, entièrement rénové et modernisé, avec un dispositif scénique neuf et une nouvelle acoustique. Le rideau de scène est reconstitué – l’original avait brûlé. Et ce théâtre sera le siège d’une académie pour jeunes chanteurs, chefs, scénographes et metteurs en scènes qui tourneront dans toute la région Languedoc-Roussillon.

RM : Et en matière de répertoire ?
JPS : Nous allons faire tout ce qui n’a pas été donné, des œuvres du début du XXe siècle qui sont rarement montées. Je voudrais travailler aussi avec plus de compositeurs contemporains, surtout Oscar Strasnoy [ndlr : compositeur invité du Festival Présence 2012]. Et à coté de cela faire vivre le grand répertoire, Verdi, Puccini, Mozart… Le public a aussi soif de grand répertoire. Et c’est l’occasion de faire découvrir de jeunes talents, j’y reviens encore. Pour Le Nozze di Figaro qui fermera la saison, dans des costumes de Jean-Paul Gaultier, le chef d’orchestre sera Sasha Goetzel. Vous m’en dire des nouvelles ! Magnifique, il n’a pas 35 ans. Et le plateau sera chanté par des jeunes chanteurs, comme Mozart l’aurait voulu.

RM : Quels talents – jeunes bien sûr, ou inconnus en France – allez-vous inviter en metteur en scène ?
JPS : Chiara Muti, la fille de Riccardo Muti, fera sa première mise en scène. Mon assistant, Jean-Yves Courrègelongue, signera l’Elektra donnée en février prochain.

RM : Et des grandes voix ?
JPS : Anne Schwanewilms, Krasimira Stoyanova, Susan Graham, Sophie Koch, Dina Kuznetova, Csilla Boros, …  Des voix qui nous font nous élever.

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