Bartók avec Denis Kozhukhin et l’Orchestre de Lille

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Dijon. Auditorium. 15-I-2012. Béla Bartók (1881-1945), Deux images pour orchestre, op. 10, BB 59 : En pleine fleur, Danse villageoise. Béla Bartók, Concerto pour piano et orchestre n° 3, BB 127. Antonín Dvořak (1841-1904), Symphonie n° 9 en mi mineur « Du nouveau monde », B 178, op. 95. Denis Kozhukhin, Piano solo. Orchestre National de Lille, direction : Jean-Claude Casadesus.

L’orchestre de Lille ouvre en fanfare la deuxième semaine de la saison qui rend hommage à l’œuvre prolifique du compositeur  hongrois, qui peut être déconcertant par son discours souvent rhapsodique.

La première des deux partitions présentées par l’orchestre témoigne de l’admiration que Bartók vouait à Debussy au début de sa carrière: « En pleine fleur » est une évocation presque impressionniste de la nature avec chants d’oiseaux, lumières de printemps et fraîcheur des timbres. Cette page, qui ressemble plus à un collage d’épisodes successifs, ne manque pas de charme ; peut-être est-ce dû à la verdeur de sa conception ? En opposition avec cette pièce printanière, « Danse villageoise » correspond bien plus à ce qu’on attend de la part de ce folkloriste : le thème principal axé sur quatre notes conjointes évoquant le début d’une gamme en mode lydien, est martelé avec insistance tout au long de la partition, et l’orchestre semble plus à l’aise dans cette page à l’allure rustique.

Dans une sorte de grand écart chronologique, nous voilà confrontés avec la dernière œuvre de . Et pourtant, là encore… surprise ! L’on s’attend à une page torturée, complexe, un testament musical, et bien non, cette partition est quasi- néoclassique. Evidement, la virtuosité rappelle celle de Liszt, les sonorités claires celles de Ravel, l’écriture martelée celle de Prokofiev, mais le second mouvement est un hommage à Jean-Sébastien Bach avec un choral qui ne se déguise pas, et dans le troisième, une fugue rappelle à nouveau cette filiation. est époustouflant de précision dans ses traits, dans ses volées d’octaves, mais aussi de clarté, dans l’énoncé du choral par exemple. Il emporte l’adhésion avec une sorte de fougue dans laquelle n’entre nul pathos ; ainsi tout semble évident et facile pour lui alors que cette partition dense ne souffre aucun temps mort. L’orchestre est pour cette œuvre un partenaire parfait, qui sait dialoguer et soutenir sans écraser.

Il est dommage de ne proposer au public que cette symphonie de Dvořak si souvent jouée mais que l’on redemande toujours ; on sent que l’Orchestre de Lille connait cette œuvre sur le bout des doigts et que son chef a envie qu’elle emporte l’adhésion comme d’habitude. Le danger (pas toujours évité) est de tomber dans la lourdeur et une sorte de brutalité dans les effets. , qui a fait ses preuves comme grand chef d’orchestre, pourrait sans doute tirer un peu sur la bride du cheval de course qu’est l’, et lui apprendre un peu plus de finesse, d’autant plus que ce dernier en est capable.

Crédit photographique : Marco Borggreve

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