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Ondřej Adámek, nouvelle tête d’affiche de 2e2m

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, Auditorium Marcel Landowski du CRR de Paris. 12-I-2012. Martin Matalon (né en 1958) : Trame X pour accordéon et ensemble (CM). Martin Smolka (né en 1959) : Die Seele auf dem Esel pour petit ensemble. Ondřej Adámek (né en 1979) : Rapid Eye Movements pour quatuor à cordes et électronique ; B-low Up pour ensemble instrumental. Leoš Janáček (1854-1928) : Capriccio pour piano et ensemble à vent. Max Bonnay accordéon ; Véronique Briel, piano ; Ensemble 2e2m, direction : Pierre Roullier

est la tête d’affiche 2012 de l’, un jeune compositeur tchèque (à peine 32 ans) dont le parcours déjà fulgurant ne laisse d’impressionner. Invité par les plus grandes phalanges internationales qui lui ont passé commande (Académie de Lucerne, Intercontemporain, Klangforum Wien…), Adámek a l’âme voyageuse (Paris, Madrid, Kyoto et aujourd’hui Berlin) et la curiosité à l’affût, qui le pousse vers l’expérimentation tout azimut autant que vers le dépaysement sonore. En témoignent les deux pièces qui étaient au programme du concert d’ouverture de la saison, dans les locaux du CRR de Paris où 2e2m est en résidence.

Au préalable, dirigeait en création mondiale Trame X s’inscrivant dans la série des pièces pour soliste et ensemble de qui mettait ce soir en vedette l’accordéon de Max Bonnay. L’œuvre en quatre mouvements instaure un jeu d’alternance entre fugacité temporelle et lent déploiement des sonorités toujours chatoyantes chez ce fin coloriste; le dernier mouvement fascine, avec ses alliages subtils de timbre faisant naître les sons paradoxaux d’une source électronique imaginaire.

De Adámek cette fois, Rapid Eye Movement pour quatre cordes et électronique est une des premières pièces de son catalogue, créée alors qu’il était encore étudiant au CNSM de Paris. La composition fait appel à des techniques de jeu très spécifiques sur les cordes aux sonorités bruitées qui interagissent avec l’électronique dans le mouvement effréné d’une pulsation s’accélérant à mesure: défendue « plectres et ongles » par les quatre cordes de l’, cette musique fantasque et onirique pointe d’emblée la sensibilité hors norme de son concepteur. B-low Up (2009-2010) dont nous écoutions la création française n’est pas moins surprenante, qui intègre au dispositif instrumental deux aspirateurs « préparés » (des gaines annelées placées à l’entrée d’air des aspirateurs): une trouvaille d’un humour à la Cage, sorte de « musique concrète électrique » ainsi définie par Adámek qui en fait son miel; c’est l’impulsion énergétique et la lente dépression sonore, lorsqu’on allume et éteint rapidement l’aspirateur, qui deviennent « les gestes-moteur » d’une partition aventureuse mais bien conduite, sollicitant nombre de modes de jeu atypiques: friction d’un verre sur les cordes du piano, glissandi de harpe avec un tube de métal laissant ça et là émerger des résonances de sho ou de chamissen japonais … autant d’actions sur l’instrument pour en modifier le caractère et les couleurs dans une exploration minutieuse du son proche des techniques de studio que Adámek a lui-même pratiquées au sein de ses études parisiennes.

Si la pièce, étrange autant que captivante, de son compatriote Martin Smolka, Die Seele auf dem Esel (L’âme sur l’âne) dont nous entendions trois courtes séquences, laissait sa trace singulière sur la toile du temps, il manquait au Capriccio de Leos Jánaček, qui venait compléter un programme aux couleurs résolument tchèques, l’énergie du son et la réactivité des vents (une flûte orpheline et sept cuivres) pour servir les exigences rythmiques d’une écriture si singulière. Janáček confronte, dans un dialogue à part égale, huit instruments à vent à une partie de piano très rapsode – vaillante Véronique Briel – écrite en 1926 pour la main gauche du pianiste Otaka Hollmann blessé à la guerre. L’équilibre improbable entre les deux univers instrumentaux et la conception originale d’une texture sonore qui peinait ce soir à s’instaurer profilent la dernière manière du maître tchèque.

Crédit photographique : © E. Schneider

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