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A Montréal, les sortilèges d’Il trovatore

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Montréal. Opéra de Montréal. 21-01-2012. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Il Trovatore, opéra en quatre parties sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Bardare, d’après El Trovador d’Antonio Garcia Gutierrez. Mise en scène : Oriol Tomas. Décors & Costumes : Opéra de Montréal. Éclairages : Anne-Catherine Simard-Deraspe. Chorégraphe : Lucie Vigneault. Avec : Hiromi Omura, Leonora ; Dongwon Shin, Manrico ; Gregory Dahl, Le Comte de Luna ; Laura Brioli, Azucena ; Ernesto Morillo, Ferrando ; Karine Boucher, Inez ; Riccardo Iannello, Ruiz ; Jean-Michel Richer, Un Gitan ; Gaétan Sauvageau, Un Messager. Chœur de l’Opéra de Montréal. Chef de chœur : Claude Webster. Pianiste-répétitrice : Marie-Ève Scarfone. Orchestre symphonique de Montréal. Direction : Francesco Maria Colombo

Verdi ne fait pas dans la dentelle dans Il Trovatore. Mais il y a une telle puissance dramatique, malgré un livret jugé médiocre et invraisemblable, une telle richesse dans les grands airs et les ensembles, un tel feu d’artifice déployé à l’orchestre, qu’il est difficile de ne pas succomber sous ses charmes. L’Opéra de Montréal a réuni un quatuor vocal de bonne tenue, rendant justice à l’un des opéras les plus problématiques à distribuer. Une honorable production dans un contexte de restrictions budgétaires.

La mise en scène d’Oriol Tomas est traditionnelle et sans grand éclat. Heureusement, les différents tableaux qui composent l’œuvre donnent une dimension autre sous les éclairages souvent efficaces d’Anne-Catherine Simard-Deraspe. Entre autres, le dernier tableau est sublime, avec les braises d’un bûcher que ravive la haine de la fille de la gitane. Les costumes d’époque sont conformes et s’adossent au caractère propre des personnages. Mais, on l’aura compris, ce qui fait la force et la richesse d’Il Trovatore se retrouve ailleurs.

ne déçoit pas. Il serait tentant de mesurer sa Leonora à l’aune de Cio-Cio San, incarnation incandescente dans Butterfly avec l’Opéra de Montréal il y a quelques années. Les aigus sont parfois tendus voire laborieux, mais la soprano nippone tire son épingle du jeu en proposant une Leonora fort crédible et fragile. Certes, le rôle de Leonora requiert des qualités autres. Et si dans Tacea la notte, la voix se fait légère, un peu en retrait et sans grande virtuosité, le Di Tale amor nous convaincra de la justesse de son jeu et de la passion qui l’anime. La flamboyante Azucena, de la mezzo-soprano , est une ensorcelante gitane de feu et de sang. Voix impressionnante dans le Stride la vampa, malgré une tendance à poitriner mais capable d’émouvoir dans le Giornipoveri vivea.

Le ténor coréen Dongwon Shin, dans le costume de Manrico, en remplacement du Britannique , parvient à composer un personnage aux gestes véloces à défaut d’être vraiment inspiré. Voix ample, lyrique, qui convient au rôle, on pourrait lui reprocher de surfer à la périphérie du personnage. Il omet le contre-ut à la fin de Di quella pira, tout en donnant l’impression de le faire, – il est vrai, non écrit par Verdi, mais imposé par la tradition. On ne peut lui en vouloir. Sa prestation est honnête mais sans attraits particuliers.

Le baryton canadien est un peu perdu dans les habits surdimensionnés du Comte de Luna. Il lui manque la stature et la force de caractère que requiert le rôle du « méchant frère ». Mais vocalement, il tient promesse et on ne peut lui faire de reproches.

Les chœurs sont homogènes. en tire la substantifique moelle. Les seconds rôles sont bien tenus. Mention particulière au capitaine Ferrando d’ à la voix solide et ample, une bête de scène. Avec une entrée remarquée au premier tableau, son récit ponctué par le chœur d’hommes n’en prend que plus de valeur.

S’il y a de la sorcellerie dans cette production montréalaise d’Il Trovatore, nous ne la devons pas explicitement au chef d’orchestre, qui à l’instar d’une mise en scène traditionnelle, donne une lecture sans beaucoup de dynamisme et sans panache. Attentif aux chanteurs-comédiens, il leur ménage souvent les passages jugés trop lourds sans jamais obstruer les voix, mais au prix d’une palette orchestrale manquant cruellement de force. Au moins, garde-t-il toujours l’œil ouvert sur ce qui se passe dans la fosse tout en soutenant admirablement les chanteurs.

Mais personne ne sera déçu. Il s’agit d’une excellente production de l’Opéra de Montréal. Et cela vaut le déplacement.

Crédits photographiques : © Yves Renaud; © Yves Renaud

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Montréal. Opéra de Montréal. 21-01-2012. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Il Trovatore, opéra en quatre parties sur un livret de Salvatore Cammarano et Leone Bardare, d’après El Trovador d’Antonio Garcia Gutierrez. Mise en scène : Oriol Tomas. Décors & Costumes : Opéra de Montréal. Éclairages : Anne-Catherine Simard-Deraspe. Chorégraphe : Lucie Vigneault. Avec : Hiromi Omura, Leonora ; Dongwon Shin, Manrico ; Gregory Dahl, Le Comte de Luna ; Laura Brioli, Azucena ; Ernesto Morillo, Ferrando ; Karine Boucher, Inez ; Riccardo Iannello, Ruiz ; Jean-Michel Richer, Un Gitan ; Gaétan Sauvageau, Un Messager. Chœur de l’Opéra de Montréal. Chef de chœur : Claude Webster. Pianiste-répétitrice : Marie-Ève Scarfone. Orchestre symphonique de Montréal. Direction : Francesco Maria Colombo

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