Concerts, La Scène, Musique symphonique

Cycle Salonen-Bartok avec Christian Tetzlaff

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 27-I-2012. Béla Bartók (1881-1945) : Suite de danses Sz.77 ; Concerto pour violon n°2 ; Le Mandarin Merveilleux, suite op.19 Sz.73. Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après-midi d’un faune. Christian Tetzlaff, violon. Philharmonia Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen

Cette deuxième levée du cycle d’ à la tête du introduisait pour la première fois un concerto, celui pour violon, moins fréquemment joué que les concertos pour piano, dont le troisième sera interprété par Nikolaï Lugansky en juin 2012 lors d’un prochain concert de ce cycle. Le programme du soir, assez copieux, comprenait en tout quatre œuvres, dont une intruse, puisque le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy était invité à se mêler à la fête bartokienne.

Aux deux extrémités du concert se trouvaient donc la Suite de danses et la suite extraite du ballet Le Mandarin Merveilleux, deux œuvres n’excédant pas les vingt minutes et d’inspiration thématique par moment ressemblante. Il nous a néanmoins semblé que la seconde, avec son programme clairement explicite, avait plus nettement inspiré le chef que la Suite de danses où on eu le sentiment de retrouver le Salonen précis et rigoureux mais un peu neutre, qui ne donne pas toute l’expressivité attendue lorsque le texte ne se suffit pas à lui seul, ce qui arriva dans les passages lents à modérés et plus mélodiques que rythmiques. D’où un léger déficit d’atmosphère donné à ces six danses (en incluant le Finale), accentué sans doute par des choix de tempi relativement modéré et peut-être un Philharmonia encore un peu sur la réserve, qui se libérera plus franchement par la suite. Car à l’autre bout de la soirée nous attendait un Mandarin Merveilleux nettement plus coloré, vigoureux, vivant, où le sentiment de violence (dès l’introduction) voire de sauvagerie (la fin) fut admirablement rendu, alors que les quelques passages plus sensuels ne l’étaient pas plus que ça, pudeur classique chez ce chef, mais au moins étaient-ils réalisés sans la moindre trace de vulgarité. Le Philharmonia s’y montra exemplaire et fit littéralement trembler l’échine des auditeurs lors d’un final échevelé qui surpassa en intensité tout ce qu’on avait entendu jusqu’ici, ce qui est exactement ce qui doit se passer à ce moment-là.

Juste avant ce mémorable Mandarin, chef et orchestre nous offrirent une récréation debussyste, voulant marquer par là l’admiration et l’intérêt que portait le hongrois au travail du français. Le choix du Prélude à l’après-midi d’un faune pouvait toutefois surprendre tant cette pièce s’avère en rupture stylistique franche avec le reste du programme. Il fallait donc le prendre comme une respiration, un moment tout en légèreté et subtilité dans ce déluge bartokien, qui n’était pas pour autant éthéré ou abstrait car le chef, qui pour le coup abandonna sa baguette, y maintint une animation constante.

L’autre grand moment de ce concert fut l’interprétation en tout point admirable que nous offrit du pourtant très difficile Concerto pour violon n°2 de Bartok, Dès sa première intervention, après une très courte introduction orchestrale, il captura l’attention de l’auditeur et sut la maintenir jusqu’au bout. Le premier mouvement, pièce maitresse de l’œuvre, mini concerto à lui tout seul avec son alternance de passages lents, modérés et vifs, fut une grande réussite où on admira, certes une technique sans faille, mais surtout une conduite du discours d’une rare intelligence, sans esbroufe, toujours parfaitement lisible, qui réussit la gageure de respecter la variété des séquences successives sans jamais rompre la continuité, mariant en un seul geste sobriété et imagination, bel exploit à mettre au crédit du soliste mais aussi du chef, que peu on réussit à ce point. Les deux mouvements suivants restèrent sur les mêmes hauteurs, parachevant ainsi une interprétation dense et intense, musicalement d’une rare complétude. Si le bis de Christian Teztlaff fut on ne peut plus classique puisque extrait de la première Partita de Bach, le Galop de Stravinski qui acheva la soirée fut plus original mais bien moins passionnant.

Crédits photographiques : © Alexandra Vosding ; © Clive Barda

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 27-I-2012. Béla Bartók (1881-1945) : Suite de danses Sz.77 ; Concerto pour violon n°2 ; Le Mandarin Merveilleux, suite op.19 Sz.73. Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après-midi d’un faune. Christian Tetzlaff, violon. Philharmonia Orchestra, direction : Esa-Pekka Salonen

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