Le roi Lorin Maazel et Ravel

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 2-II-2012. Maurice Ravel (1875-1937) : Ma Mère l’Oye, suite orchestrale ; Tzigane ; Rapsodie espagnole ; La Valse. Paul Dukas (1875-1935) : L’Apprenti sorcier. Philippe Aïche, violon. Orchestre de Paris, direction : Lorin Maazel.

Il faut croire que la salle Pleyel a décidé d’honorer plus particulièrement en ce mois de février puisque ce concert de à la tête de l’ succédait tout juste au concert Barenboïm-Scala en attendant Riccardo Chailly dans trois petites semaines avec le même orchestre que son confrère américain. Sans préjuger de ce que donnera la vision de l’italien, il n’étonnera personne que nous avons déjà avec les deux premiers nommés deux réalisations assez différentes, voire même à 180° sur certains points.

Car dès la suite de Ma Mère l’Oye, et plus encore dans la Rapsodie espagnole qui allait venir un peu plus tard, le jeu quelque peu direct orienté vers un plaisir immédiat et le son « gonflé » entendu chez Barenboïm cédait la place à des sonorités bien plus raffinées, travaillées, équilibrées, ainsi qu’à une dynamique orchestrale contrôlée au millimètre, le tout dirigé avec l’économie de gestes habituelle de ce chef. Ainsi entendait-on bien plus de richesses harmoniques, de variétés de couleurs et de climats, sous la baguette de que quelques jours plus tôt, sans compter la réalisation, une fois de plus très remarquable, de l’, très en forme en ce moment. Mais il n’y avait pas que le travail purement symphonique à être plus sophistiqué, le discours musical s’était lui aussi enrichi, souvent pour le meilleur, mais on y retrouva aussi la manière toute « maazelienne » de jouer avec un tempo de base très modéré, son Tzigane en pâtira sans doute un peu plus nettement que le reste du programme tout en ne facilitant pas la tâche de son soliste, et des changements de tempos aussi francs et larges que parfois inattendus, nous en faisant percevoir certains à rebours du flux musical, le plus souvent par un fort ralentissement là où, instinctivement ou par la force de l’habitude, un resserrement du temps paraissait plus naturel. Reconnaissons que, même si in fine certains de ces choix ne nous ont pas convaincus, ils n’étaient jamais gratuits et apportaient toujours quelque chose qui intéressait l’oreille, souvent dans l’équilibre des voix, dans la mise en valeur des contrechants, et dans la couleur orchestrale. Le tout donna quand même un ton très (trop ?) sérieux voire sombre et dramatique aux cinq œuvres jouées ce soir, amenuisant l’aspect joyeux et féérique de certains passages, comme les fins de la suite de Ma Mère l’Oye et de la Rapsodie espagnole (avec une Feria sous contrôle) et certains passages de La Valse tellement sérieux qu’ils en faisaient presque peur. On s’en doute l’œuvre qui fut la plus expressivement étirée fut L’Apprenti sorcier où il sembla que le chef voulut éviter tout sentiment de précipitation, donnant la sensation de retenir le tempo, y compris dans le moment de panique paroxystique en plein cœur de l’œuvre, le marquant d’un aussi puissant que surprenant élargissement du tempo. Ainsi joué, ce Scherzo symphonique était moins littéral, ludique et premier degré que d’habitude, un peu plus abstrait et symphonique que scherzo si on veut le résumer en une formule.

Ce concert, d’une qualité technique impressionnante de la part de l’orchestre, portait donc l’incontestable patte de Lorin Maazel tant on pouvait y reconnaitre son style actuel tout en précision, contrôle et clarté orchestrale, au détriment d’un certain naturel et on peut avoir l’impression qu’il frise parfois le décorticage de la partition. On a entendu tout cela ce soir, jusque dans le bis, pratique assez inhabituel dans les concerts d’abonnement, puisqu’on nous offrit une Farandole extraite de l’Arlésienne de Bizet très ralentie au début, brutalement accélérée ensuite et très symphoniquement exécutée sans vraiment faire ressentir l’esprit festif de cette pièce.

Crédit photographique : Lorin Maazel/Bill Bernstein

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