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De Mahler à Mantovani, des « bruits de nature » à Pleyel

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Salle Pleyel. 18-II-2012. Bruno Mantovani (né en 1974) : Jeux d’eau pour violon et orchestre. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°1 en ré majeur « Titan ». Renaud Capuçon, violon. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Philippe Jordan

« Je pense que le violon est plus proche de la réalité de l’eau que le piano » déclare qui n’hésite pas à intituler sa nouvelle pièce pour violon solo et orchestre Jeux d’eau. L’œuvre est une commande de Pierre Bergé pour l’Opéra national de Paris et son chef qui investissaient la scène de Pleyel aux côtés du violoniste . Conçue en un seul mouvement d’une vingtaine de minutes, la pièce ne renie pas le geste puissant et efficace d’une écriture toute mantovanienne aux sonorités éruptives et aux nervures toniques ; mais l’énergie est ici contenue par la présence du violon qui, dès le début, tisse avec les bois en relais un faisceau d’arabesques microtonales du plus bel effet. Si la manière forte le rattrape, qui écarte toute velléité de plein air, Mantovani concède alors au soliste une cadence médiane plutôt insolite où les bariolages et autres figures très/trop violonistiques étonnent et déçoivent toute à la fois. Tout à son aise, y déploie un jeu virtuose et très maîtrisé mais sans réelle séduction sonore. La relance orchestrale, sur le fond bruissant d’une percussion délicate, évoque ici plus précisément l’onde ravélienne, dans la science des alliages de timbres plus que dans la veine impressionniste, Mantovani gorgeant à mesure ses textures sonores d’une énergie souveraine qui porte l’œuvre jusqu’à un final spectaculaire, sorte de vrille sonore éclaboussante et réverbérée à laquelle , non moins sidérant, donne une singulière élégance.

Irréprochable et superbement investi, l’ amorçait la Symphonie n°1 « Titan » de dans une concentration et une poésie de l’écoute qui faisaient vibrer et scintiller les « bruits de nature ». Amoureux du son, Philippe Jordan dirige sans partition, avec une précision quasi analytique, mais jamais froide, qui laisse apprécier toutes les subtilités de timbre et les hardiesses de la polyphonie mahlérienne; l’orchestre est somptueux, charnu dans la texture des cordes, émouvant dans ses solos respectifs – la contrebasse de Daniel Marillier, la harpe d’… – , impressionnant par la cohérence de ses pupitres. Surtout lorsque Philippe Jordan lâche la bride dans le dernier mouvement (Dall’inferno avait noté au préalable Mahler) et fait sonner les pupitres dans une plénitude sonore qui n’oblitère jamais les composantes de l’écriture orchestrale. Saluons l’endurance du pupitre des cuivres, celle des huit cors qui, selon la prescription d’un compositeur soucieux de projection dans l’espace, terminaient debout et en héros cette « Première » de Mahler dans une effervescence de sons et une puissance qui resteront dans les mémoires.

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