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Cycle Bruckner des plus homogènes par Barenboim à Chicago

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Anton Bruckner (1824-1896) : 10 Symphonies ; Psaume 150 en ut majeur pour soprano, chœur et orchestre, WAB 38 ; Te Deum en ut majeur pour solistes, chœur et orchestre, WAB 45 ; Helgoland en sol mineur pour chœur d’hommes et orchestre, WAB 71. Jessye Norman, Ruth Welting, sopranos ; Yvonne Minton, mezzo-soprano ; David Rendall, ténor ; Samuel Ramey, basse. Chicago Symphony Chorus (chef de chœur : Margaret Hillis). Chicago Symphony Orchestra, direction : Daniel Barenboim. 10 CD Deutsche Grammophon 4779803. Code barre : 028947798033. Enregistré entre novembre 1972 et mars 1981 au Medinah Temple et à l’Orchestra Hall de Chicago. ADD/DDD. Notices succinctes et textes des œuvres chorales trilingues (anglais, allemand, français). Durée : 11 h 9 min

 

Chronologiquement, cette première intégrale brucknérienne de (novembre 1972 à mars 1981) se situe après la première d’Eugen Jochum (février 1958 à janvier 1967) et commence avant celle d’Herbert von Karajan (janvier 1975 à janvier 1981) pour s’achever peu après elle, toutes trois chez Deutsche Grammophon. Le fait que la réalisation de Barenboim chevauche dans le temps celle de Karajan chez le même label montre à suffisance le succès foudroyant du compositeur autrichien au disque, mais en même temps la volonté de Karajan de ne pas être en reste.

On sait que , de l’admirable pianiste et chambriste qu’il a toujours été, est devenu un non moins admirable chef d’orchestre : il suffit d’écouter, chez EMI, ses interprétations mozartiennes ou beethoveniennes, soit au piano, soit à la direction de l’English Chamber Orchestra, pour en être convaincu ; et depuis, jusqu’à nos jours, sa carrière n’a connu aucune solution de continuité.

Lorsque la Deutsche Grammophon envisage de graver une nouvelle intégrale des symphonies de Bruckner, elle avait déjà à son catalogue la toute première parue mondialement, celle maintenant légendaire d’Eugen Jochum qui a toujours été une sommité brucknérienne, et à qui il était impossible de confier la nouvelle tâche, vu que sous contrat EMI il allait entamer de son côté sa propre nouvelle intégrale avec la Staatskapelle Dresden.

La célèbre étiquette au logo jaune devait donc se tourner vers un autre musicien, mais lequel ? Il est étonnant que Karajan ne fut pas l’élu d’emblée, mais quoi qu’il en soit, le choix de Daniel Barenboim fut un éclair de génie, car le jeune chef israélien allait se révéler l’égal de Jochum, son prédécesseur, et même le surpasser (notamment dans le choix des éditions) : à la tête de cette Rolls-Royce instrumentale qu’est le , il allait nous offrir le cadeau d’une intégrale moderne des plus satisfaisantes et homogènes des symphonies de Bruckner. Sa jeunesse allait lui permettre d’avoir un regard neuf et frais en dépoussiérant les textes et faisant fi de traditions suspectes, notamment de certaines éditions contestables de Leopold Nowak où le terme « Originalfassung » n’a parfois plus guère de sens…

Barenboim utilise ainsi les remarquables éditions Robert Haas des années 30 pour les Symphonies n°2 (1877), n°4 (1881) et n°8 (1887/90), ainsi que l’excellente édition Oeser de la version 1878 pour la Symphonie n°3. Pour les autres symphonies, n°0 (1869), n°1 (version de Linz, 1877), n°5 (1878), n°6 (1881), n°7 (1885) et n°9 (1894), posant moins de problèmes, les éditions Nowak sont satisfaisantes et alors adoptées ici, comme d’ailleurs par la plupart des chefs. Si l’on excepte celle d’Eliahu Inbal (Teldec) qui exécute les tout premiers jets des Symphonies n°3 (1873) et n°4 (1874) au point qu’il s’agit parfois d’œuvres totalement différentes, l’intégrale Barenboim est la seule qui remonte le plus aux sources primitives ; mais cela serait démarche stérile si l’interprétation n’était à la hauteur, et assurément, elle l’est, et de manière péremptoire ! On ressent constamment son engagement et son affection envers la musique de Bruckner qu’il défend avec conviction et sans la moindre grandiloquence. Que n’a-t-il enregistré en plus la Symphonie en fa mineur n°00 dite également Étude symphonique, et l’Ouverture en sol mineur WAB 98 pour une intégrale orchestrale vraiment complète !… On est étonné de la profondeur de pensée, de la spiritualité méditative de Barenboim, alors seulement âgé de 30 ans lorsqu’il entame cette suprême intégrale de l’œuvre symphonique de ce naïf mais génial campagnard qui dialogue à l’infini avec Dieu…

Une particularité de cette intégrale est qu’elle rassemble des gravures analogiques (Symphonies n°0, n°4, n°5, n°6, n°7, n°9, Psaume 150, Helgoland) et numériques (Symphonies n°1, n°2, n°3, n°8, Te Deum), toutefois sans la moindre différence sonore appréciable.
Réitérant son ouvrage vingt années plus tard, de 1990 à 1997, avec les Berliner Philharmoniker en « live » (sauf pour la Symphonie n°7 en studio), mais sans les compléments indispensables de la Symphonie n°0, le Psaume 150 et le Te Deum (Teldec – Warner Classics), Barenboim ne fera pas mieux.

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Anton Bruckner (1824-1896) : 10 Symphonies ; Psaume 150 en ut majeur pour soprano, chœur et orchestre, WAB 38 ; Te Deum en ut majeur pour solistes, chœur et orchestre, WAB 45 ; Helgoland en sol mineur pour chœur d’hommes et orchestre, WAB 71. Jessye Norman, Ruth Welting, sopranos ; Yvonne Minton, mezzo-soprano ; David Rendall, ténor ; Samuel Ramey, basse. Chicago Symphony Chorus (chef de chœur : Margaret Hillis). Chicago Symphony Orchestra, direction : Daniel Barenboim. 10 CD Deutsche Grammophon 4779803. Code barre : 028947798033. Enregistré entre novembre 1972 et mars 1981 au Medinah Temple et à l’Orchestra Hall de Chicago. ADD/DDD. Notices succinctes et textes des œuvres chorales trilingues (anglais, allemand, français). Durée : 11 h 9 min

 
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