La Scène, Opéra, Opéras

Création du second opéra de Bruno Giner à la MPAA

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Paris, MPAA. 07-III-2012. Bruno Giner (né en 1960) : Pion prend tour en D9, opéra en un prologue, six scènes et un épilogue sur une nouvelle d’Hervé Le Tellier. Mise en espace : Benoit Richter. Avec : Michel Hecquet, Monzieur Z ; Nicolas Lefèvre, Le Commandant ; Lionel Gontier, Franz Z ; Laura Muller, Olga 1 ; Jeanne Dumat, Olga 2 ; Théa-chœur (chef de chœur : Emmanuelle Dubost) ; ensemble instrumental de musiciens amateurs appartenant à l’association Unis-sons, direction Philippe Nahon

Commande de la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, Pion prend tour en D9 est un ouvrage lyrique conçu pour et crée par un ensemble de musiciens amateurs, chanteurs et instrumentistes confondus: un challenge qui n’est sans déplaire à un compositeur comme qui fait une large place dans son catalogue aux « musiques pour l’apprentissage », sans jamais galvauder ni son écriture ni son art. Depuis plusieurs années il s’intéresse au thème de l’exil – celui des compositeurs juifs dans l’Allemagne fasciste des années 30 – qui l’amène à écrire deux ouvrages littéraires d’importance sur ce sujet ainsi que sa fable musicale Charlie, opéra de chambre d’après la nouvelle de Franck Pavloff, Matin brun. Creusant une fois encore ce sujet qui l’habite, Giner adapte lui-même la nouvelle d’Hervé Le Tellier Pion prend tour en D9 qui raconte une partie d’échecs un peu particulière, celle qui oppose le commandant A d’un camp de concentration à un général SS. Ils jouent par téléphone, un coup chacun, matin et soir. L’action débute au moment où une voix dans un haut-parleur convoque un détenu juif, Franz Z, célèbre joueur d’échecs, appelé, moyennant quelques rations alimentaires en plus, à conduire la partie du commandant. Mais ce dernier se trompe de prisonnier… s’engage alors une partie à trois dans laquelle chaque mouvement de pions sur l’échiquier engage la survie des deux prisonniers; Franz Z n’est pas long à comprendre que le général a aussi son « juif  » joueur d’échec, Stéphane K, intermédiaire zélé de son propre bourreau ; c’est la fin de la partie qui nous le dit.

Sur le plateau, un piano et sept instrumentistes sont à cour et font face au chœur dont se détachent deux personnages féminins, Olga1 et Olga2 assurant, tel le coryphée antique, la narration et les commentaires de l’action. Un jeu d’échec côté jardin sera l’unique élément scénique du spectacle mis en espace par Benoit Richter. Comme il l’avait fait dans Charlie, fait passer le texte à travers différents degrés de vocalité, du parlé au chanté en passant par le chuchoté du chœur – vaillant Théa-chœur préparé par Emmanuèle Dubost – et la scansion rythmique voire mécanique des paroles dont s’emparent à plusieurs reprises les instrumentistes. Laura Muller (Olga1) et Jeanne Dumat (Olga2) se distinguent par la fraicheur de leur voix en duo et l’émotion qui s’en dégage. Michel Hecquet, Nicolas Lefèbvre et Lionel Gontier assument vaillamment leurs rôles solistes même si les voix sont parfois fragilisées par une partie chantée un rien risquée et peut-être trop exigeante. L’idée du mélodrame de la scène 4 où la clarinette de Marianne Bertrand et le violon d’Anne-Laure Méry sonorisent le dialogue parlé des deux détenus est une option dramaturgique beaucoup plus convaincante. La partie instrumentale, sous le geste investi de , impose d’emblée, par ses couleurs et l’économie du geste, la tension dramaturgique : chocs mats du piano, intervention cinglante de la percussion dans un prologue très suggestif. Avec la radicalité qui lui est propre et un impact percussif saisissant, Giner règle les énergies et ménage les contrastes, entre mouvements pendulaires de tierces suspensives et salves colorées de cuivres en fanfare : une manière objective et frontale qu’il aime adopter pour aborder son sujet, en évitant tout pathos et pléonasme.

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Paris, MPAA. 07-III-2012. Bruno Giner (né en 1960) : Pion prend tour en D9, opéra en un prologue, six scènes et un épilogue sur une nouvelle d’Hervé Le Tellier. Mise en espace : Benoit Richter. Avec : Michel Hecquet, Monzieur Z ; Nicolas Lefèvre, Le Commandant ; Lionel Gontier, Franz Z ; Laura Muller, Olga 1 ; Jeanne Dumat, Olga 2 ; Théa-chœur (chef de chœur : Emmanuelle Dubost) ; ensemble instrumental de musiciens amateurs appartenant à l’association Unis-sons, direction Philippe Nahon

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