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La Princesse jaune, l’audace est payante

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Rennes. Opéra. 10-III-2012. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : La Princesse jaune, opéra comique en 1 acte sur un livret de Louis Gallet. Mise en espace : Vincent Tavernier. Scénographie : Claire Niquet. Costumes : Erick Plaza Cochet. Lumières : Carlos Perez. Avec : Bénédicte Tauran, Léna ; Jean-François Borras, Kornélis. Orchestre Symphonique de Bretagne, direction : Claude Schnitzler

L’Opéra de Rennes confirme, au fil des saisons, que l’on peut disposer de moyens financiers limités et proposer des saisons de haute qualité. Après la version originale reconstituée de Jenufa en première française, après un jubilatoire Mariage secret offert pour les fêtes de fin d’année, après un Tour d’écrou illuminé par la prise de rôle de la captivante en Miss Jessel, voici le tour de la Princesse jaune de , opéra en un acte créé à l’Opéra Comique en 1872. Œuvre majeure du répertoire ? Assurément pas. L’intrigue est aussi mince qu’une feuille de papier à cigarettes et, par-delà l’inspiration mélodique et la recherche de timbres originaux, le commentaire orchestral sort rarement de son quant-à-soi. Mais l’investissement de tous les protagonistes de cette nouvelle production nous permet de passer une soirée délicieuse.

En guise de hors d’œuvre, nous entendons la Suite algérienne, op.60 en autre mouvements du même compositeur, une œuvre délicieuse de verve rythmique et d’originalité d’orchestration, riche en touches subtiles jusqu’au dernier tableau, la Marche militaire française parodiquement pompeuse. Puis vient l’heure de cette mystérieuse Princesse jaune, rêvée jusqu’à l’obsession par Kornélis qui mettra tout de même beaucoup de temps à réaliser que le bonheur est à sa porte, en la personne de sa cousine Léna, et non dans un Extrême-Orient construit au rythme des lectures .

C’est d’ailleurs le livre que a placé au cœur de sa mise en espace. Tandis que l’orchestre est surélevé, l’avant-scène présente un enchevêtrement de livres au cœur duquel évoluent les deux personnages. La réalisation repose sur une direction d’acteurs précise et sur l’engagement interprétatif des deux protagonistes, hormis l’illustration du délire de Kornélis pendant lequel Léna se transforme en Ming au moyen d’un kimono descendu des cintres. Tout cela est suffisant pour s’intéresser à une œuvre au livret aussi invraisemblable.

La partition exige deux voix alliant virtuosité et musicalité, et nous sommes ici parfaitement servis. Bénédicte Taurin campe avec une parfaite musicalité une Léna particulièrement touchante, fragile et résolue, d’une sincérité irrésistible. Elle s’accorde parfaitement avec l’étonnant , doté d’un ténor puissant mais capable de se plier aux plus fines nuances, et qui trouve dans ce répertoire un véritable terrain d’élection. Il a les moyens et le style d’un Mylio, d’un Gérald ou d’un Alain de Grisélidis d’exception.

A la baguette, , qui connaît bien ce répertoire, apporte science et conviction aux deux ouvrages et met en valeur les superbes sonorités d’un Orchestre de Bretagne qui confirme, s’il en était besoin, son remarquable niveau et individuel et collectif qui l’installe parmi les meilleures phalanges de l’hexagone. L’accueil d’un public formé à l’éclectisme est, une nouvelle fois, des plus enthousiastes.

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Rennes. Opéra. 10-III-2012. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : La Princesse jaune, opéra comique en 1 acte sur un livret de Louis Gallet. Mise en espace : Vincent Tavernier. Scénographie : Claire Niquet. Costumes : Erick Plaza Cochet. Lumières : Carlos Perez. Avec : Bénédicte Tauran, Léna ; Jean-François Borras, Kornélis. Orchestre Symphonique de Bretagne, direction : Claude Schnitzler

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