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A Genève, pas de Maréchale, pas de Sophie pour Octavian

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Genève. Grand Théâtre. 29-III-2012. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier, opéra en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Otto Schenk. Décors et costumes : Jürgen Rose. Lumières : Michael Bauer. Avec : Soile Isokoski, La Maréchale ; Alfred Reiter, Le Baron Ochs de Lerchenau ; Alice Coote, Octavian ; Lionel Lhote, Faninal ; Kerstin Avemo, Sophie ; Margaret Chalker, La Duègne ; Doris Lamprecht, Annina ; Paul Kaufmann, Valzacchi ; Michail Milanov, Le Commissaire de Police ; Wolfgang Barta, Le Notaire ; Bisser Terziyski, Le Majordome de la Maréchale ; Fabrice Farina, Le Majordome de Faninal ; Manfred Fink, Un aubergiste ; Attala Ayan, Le chanteur italien ; Dimitri Tikhonov, Leopold. Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Ching-Lien Wu). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Niksa Bareza

Tout de même très touchant de voir ce petit homme de quatre-vingt-deux ans venir saluer le public après le spectacle qu’il vient de diriger. Depuis plus de quarante ans, promène sa mythique mise en scène du Rosenkavalier sur les plus grandes scènes du monde. Ici, il aurait pu y envoyer un de ses assistants mais, il a préféré être présent. Diriger lui-même les chanteurs que la distribution lui réservait.

Y est-il parvenu ? En partie car, s’il a su raconter l’intrigue avec une clarté scénique exemplaire, sa direction d’acteurs pouvait laisser croire qu’il ne maîtrisait pas totalement le problème. Mais comment faire avec une Maréchale qui a la voix du personnage sans la sensualité, avec une Sophie qui a le physique du personnage mais n’en a pas la voix et un Baron Ochs qui n’a ni l’un ni l’autre ? Et quand de la fosse sortent les sons d’un bruyant, couvrant souvent les voix des chanteurs, brouillon à l’envi donnant l’impression de jouer la partition de Strauss en lecture à vue, on comprendra pourquoi à la reprise du second acte quelques sièges du parterre se retrouvent inoccupés et qu’après le second entracte, d’autres spectateurs désertaient le Grand Théâtre.

En effet, déjà aux premières notes de l’ouverture, les décalages entre les pupitres de l’orchestre dérangent la ligne musicale straussienne. On se dit que, c’est la première, on se chauffe, et que tout va bientôt s’arranger. Las ! Tout l’orchestre est entraîné dans des tutti tonitruants par les grandes brassées imprécises du chef tchèque (en remplacement du chef Jiri Kout prévu à l’affiche !) Un malaise mis plus en relief encore dans les intermèdes musicaux et les ouvertures des deuxième et troisième actes que lors de l’accompagnement des solistes.

Au lever de rideau, on découvre l’émouvant décor de , inspiré des salons du Château de Nymphenburg de Munich. Décor chargé d’ornementations baroques jusqu’aux plâtres des plafonds. C’est donc dans l’ambiance de la moitié du dix-huitième siècle que se déroule l’action de ce Rosenkavalier. Etendus sur le lit, la Maréchale () et Octavian () se réveillent après une nuit d’amour. Pourtant empreint d’une musique sublimement écrite par , le duo des chanteuses peine à convaincre de leur passion nocturne. Particulièrement du côté de qui, quoique magnifique vocalement, ne dégage aucune impression de la plénitude amoureuse dans laquelle elle se trouve. Elle manque de ce « je-ne-sais-quoi » d’érotisme, de voluptueux qui aurait éclairé le propos amoureux. De son côté, ne ménage pas son talent pour entrer dans son personnage transis d’amour. Elle y est parfaite. Théâtralement et vocalement. Mais, la sauce ne prend pas. Et petit à petit, l’ennui gagne. Décidément, il ne se passe rien sur cette scène !

L’entrée du baryton (Le Baron Ochs) n’y changera rien. Bien au contraire. Il confirme l’embarras ressentit jusqu’ici. Le baryton allemand a perdu sa voix. A peine si on l’entend. Et théâtralement, il est trop retenu pour personnifier le goujat attendu. Il faut attendre la venue du ténor brésilien Atalla Ayan (Le chanteur italien) pour que de sa superbe voix, il fasse passer un frisson d’émotion sur le plateau.

Des personnages principaux, seule la mezzo soprano (Octavian) est à la hauteur de son rôle. Sa présence, son engagement tout au long de la soirée font merveille. Très habitée, sa scène de la présentation de la Rose et de la conversation galante avec Sophie est superbe de simplicité vocale et admirablement juste de geste. Physiquement, la soprano suédoise (Sophie) serait le personnage idéal de la jeune promise, malheureusement, sa voix manque de legato dans les aigus et les notes de passage et son volume du registre grave est trop faible pour qu’on y trouve l’authenticité du rôle.

Hormis les rôles secondaires qui s’avèrent à la hauteur de la tâche et un Chœur du Grand Théâtre parfaitement préparé comme à son habitude, une distribution des protagonistes souvent mal choisie et un chef peu musicien inscrivent cette production dans la banalité musicale la plus totale. Lorsqu’on feuillette le programme de la soirée, et qu’on voit les images des précédentes productions genevoises du Rosenkavalier avec Elisabeth Schwarzkopf et Teresa Stich-Randall en 1964, Elisabeth Söderström et Patricia Wise en 1973, et Sylvia Lindenstrand en 1981, , Angelina Kirschlager et Elisabeth Norberg-Schulz en 1997, on comprend mal que le Grand Théâtre de Genève ne se préoccupe pas plus de mettre en scène une distribution digne de la réputation de cette maison. Pourtant, pour cet opéra, les voix idéales existent aujourd’hui comme hier !

Crédit photographique : Soile Isokoski (La Maréchale) ; (La Duègne), (Sophie), Alice Coote (Octavian) © GTG/Vincent Lepresle.

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Genève. Grand Théâtre. 29-III-2012. Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier, opéra en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Otto Schenk. Décors et costumes : Jürgen Rose. Lumières : Michael Bauer. Avec : Soile Isokoski, La Maréchale ; Alfred Reiter, Le Baron Ochs de Lerchenau ; Alice Coote, Octavian ; Lionel Lhote, Faninal ; Kerstin Avemo, Sophie ; Margaret Chalker, La Duègne ; Doris Lamprecht, Annina ; Paul Kaufmann, Valzacchi ; Michail Milanov, Le Commissaire de Police ; Wolfgang Barta, Le Notaire ; Bisser Terziyski, Le Majordome de la Maréchale ; Fabrice Farina, Le Majordome de Faninal ; Manfred Fink, Un aubergiste ; Attala Ayan, Le chanteur italien ; Dimitri Tikhonov, Leopold. Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Ching-Lien Wu). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Niksa Bareza

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