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Depuis 16 ans, le festival Beethoven de Varsovie anime le début du printemps européen. Sous la direction d’Elżbieta Penderecka, l’affiche de cette édition 2012, programmée du 25 mars au 6 avril dans la capitale polonaise, offre un beau mélange entre des concerts de prestige, des raretés, de la musique contemporaine, de la musique symphonique, de l’opéra et de la musique de chambre. Le thème retenu pour cette édition est la guerre et la paix. Ainsi une sélection de partitions marquées par les conflits est proposée au public, de l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski au Requiem Polonais de Penderecki en passant par le Trio n°2 de Chostakovitch.

 

propose, dans la grande salle de la Philharmonie nationale, un concert intégralement russe à la tête de son . En introduction, l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski  sonne avec l’efficacité requise, même si le chef refuse de trop faire sonner une orchestration qui ne ménage pas ses effets.  Lauréat du concours de Zurich, Alexei Volodin affronte le redoutable Concerto n°3 de Rachmaninov.  Malheureusement, le pianiste se limite à une lecture très linéaire, gâchée par des effets appuyés et tonitruants. De son côté, Gergiev cherche à ne pas en rajouter mais l’auditeur ne peut que  pointer une inadéquation entre le pianiste et le chef.

Changement radical d’ambiance avec la Cantate Alexandre Nevsky de Serge Prokofiev. Dès les premières mesures, Gergiev fait sonner avec grandeur et puissance son orchestre du Mariinsky qui avance caréné, martial et vombrissant. Le chef convoque la dimension épique de l’épopée et le sens du drame. Le virtuose des pupitres impose une lecture incandescente et grandiose de cette partition de démonstration qui semble taillée sur mesure pour l’acoustique généreuse de la Philharmonie de Varsovie. La verdeur de l’orchestration et la force des effets se conjuguent dans cette interprétation instrumentalement et musicalement inoubliable. La célèbre « bataille sur la glace » est évidemment un très grand moment de symphonisme acéré et puissant. L’orchestre russe était accompagné d’un chœur issu des forces de l’opéra de Podlaskie et de la philharmonie de Bialystok (région située à l’est de la Pologne près des frontières lituaniennes et biélorusses). La puissance, les couleurs et l’homogénéité de ces voix forcent l’admiration et elles se hissent au niveau de l’orchestre, se mêlant à ce magma instrumental en fusion. Quant à la mezzo-soprano  , elle atteint des sommets d’émotion dans l’évocation désespérée des victimes du « Chant des morts ». L’accompagnement orchestral, décharné et glacé de Gergiev, devient lunaire. Un triomphe vient naturellement récompenser les artistes.

Le festival Beethoven mobilise également les forces polonaises, ainsi le vaillant octogénaire , français d’adoption et parisien de cœur, se produisait au pupitre de l’ dans un programme Beethoven-Mahler des plus classiques. Dans le Concerto pour piano n°2 de Beethoven, le chef est rejoint par le pianiste finlandais . Ce dernier séduit par son assurance technique et sa hauteur de vue. Loin des effets de manche d’un Volodin, il parvient à allier la beauté des phrasés et une grande variété de touchers. L’orchestre sonne avec un classicisme très élégant sous la baguette un peu retenue du chef. On retrouve cette retenue dans une Symphonie n°1 de Mahler que le chef, patient architecte, envisage sur la longueur. Ainsi le premier mouvement prend son temps dans l’évocation du réveil de la nature, alors que Semkow privilégie la clarté et la logique de la construction. Les mouvements centraux sont traités avec le même respect du matériau musical et iI ne s’agit pas d’une version analytique, mais d’une lecture très musicale et élaborée par une battue hautement expérimentée. Il faut attendre le dernier mouvement pour que le chef lâche la bride de ses troupes. L’orchestre fait alors valoir sa cohésion, la haute homogénéité de ses pupitres et se montre à la hauteur du brio requis par ce finale qui sonnait avec générosité dans l’acoustique ample de la Philharmonie nationale.

Plus grand compositeur polonais vivant et lauréat du prix pour l’ensemble de la carrière des International Classical Music Awards 2012, ne pouvait pas être absent du festival. Le choix s’est porté sur l’un des grands chefs d’œuvres de la musique du XXème siècle : le Requiem Polonais. Composé, principalement entre 1980 et 1984, alors que le pays du compositeur était la proie de la Loi martiale, le Requiem rend hommage à des figures et à des évènements de l’Histoire de la Pologne : le Cardinal Wyszynski, le père Maximilian Koble ou l’insurrection de Varsovie pendant la Seconde guerre mondiale. La première version de la partition a été créée, en septembre 1984, sous la baguette de Rostropovitch. En 1993, un Sanctus a été ajouté, et, en 2005, une Chaconne à la mémoire de Jean-Paul II. En deux heures, cette pièce intense offre un parcours musical et émotionnel uniques, digne du War Requiem de Britten. Toutes les souffrances du peuple polonais et des convulsions de l’Histoire résonnent dans cette musique sombre, massive mais portée par une force intrinsèque vertigineuse jusqu’à un final granitique mais ouvert sur l’avenir.  Galvanisée par l’enjeu et par les échos de leur tragédie historique, les forces polonaises réunies par le Festival ont montré un engagement hors du commun, sous la direction du chef d’orchestre  Jacek Kaspszyk. Ce dernier a su électriser l’orchestre de la radio polonaise de Katowice et le chœur de la philharmonie Szymanowski de Cracovie. Les solistes vocaux ont été extraordinaires : Izabela Matula (soprano), (mezzo-soprano), Rafał Bartmiński (ténor) et Robert Jezierski (basse). Ce concert restera longtemps gravé dans les mémoires du public et l’on espère, un jour, le retrouver au disque chez Dux ou Accord, labels polonais très actifs dans la diffusion de la musique de Penderecki.

En matinées, le Festival Beethoven organise également des concerts de musique de chambre dans la petite salle de la Philharmonie nationale ou dans la salle principale du Château royal. Le public s’était rendu massivement écouter les deux concerts de ce week-end pré-pascal. Le récital de sonates de Beethoven par le violoniste et le pianiste n’a pas convaincu. On cherchait, en vain, une entente entre les deux musiciens, alors que le violoniste, visiblement dans « un jour sans », accumulait les imprécisions. Le lendemain, une belle brochette de musiciens (, clarinette ; Kaja Danczowska, violon ; et , violoncelles ; Yeol Eum Son, piano et le quatuor Artis)  offrait un long mais beau programme : la Sonate pour violoncelle et piano, Op.102 de Beethoven ; la Suite de concert de l’Histoire du soldat de Stravinsky, le Quatuor pour la fin du temps d’, pour finir le Trio avec piano n°2 et le Quatuor n°8 de Chostakovitch. L’attention du public et l’engagement des musiciens fut exceptionnel dans cette succession de chefs d’œuvres marqués, pour nombre d’entre eux, par les souffrances.

Le festival Beethoven développe aussi d’autres activités comme une série de classes de maître avec, cette année, le professeur Igor Petrushevski, de la Royal Academy de Londres. Certains concerts de musique de chambre sont également dédoublés dans certaines villes polonaises.

En moins de quinze jours, la capitale polonaise peut s’enorgueillir d’une affiche à faire pâlir la plupart des scènes musicales hexagonales. Le cap sera bientôt mis sur l’édition 2013 qui coïncidera avec les 80 ans de Penderecki.

Crédits photographiques : (Julia Wesely), (Sasha Gusov), Mariinski Orchestra et (V.Baranovsky), K.Penderecki (DR) et (Kirkko).

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Depuis 16 ans, le festival Beethoven de Varsovie anime le début du printemps européen. Sous la direction d’Elżbieta Penderecka, l’affiche de cette édition 2012, programmée du 25 mars au 6 avril dans la capitale polonaise, offre un beau mélange entre des concerts de prestige, des raretés, de la musique contemporaine, de la musique symphonique, de l’opéra et de la musique de chambre. Le thème retenu pour cette édition est la guerre et la paix. Ainsi une sélection de partitions marquées par les conflits est proposée au public, de l’Ouverture 1812 de Tchaïkovski au Requiem Polonais de Penderecki en passant par le Trio n°2 de Chostakovitch.

 
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