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Rafael Kubelík, poète de l’orchestre

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Rafael Kubelík (1914-1996) – RAFAEL KUBELÍK CONDUCTS GREAT SYMPHONIES. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonies n°35 « Haffner » K. 385 ; n°36 « Linz » K. 425 ; n°38 « Prague » K. 504 ; n°39 K. 543 ; n°40 K. 550 ; n°41 « Jupiter » K. 551. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonies n°1 en si bémol majeur « Le Printemps » op. 38 ; n°2 en ut majeur op. 61 ; n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 97 ; n°4 en ré mineur op. 120 ; Manfred, ouverture op. 115. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n°3 en ré mineur WAB 103 ; n°4 en mi bémol majeur « Romantique » WAB 104. Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried Idyll. Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Rafael Kubelík. 1 coffret 7 CD Sony Classical 88697884112. Code barre : 886978841124. Enregistré entre 1978 et 1980 à la Herkulessaal, München. ADD/DDD. Pas de notices. Durée : 7 h 42 min

 

Dans sa belle série Masters qui nous a déjà valu de superbes rééditions d’interprétations légendaires, dont de remarquables Charles Munch, Sony Classical vient de republier en un élégant petit coffret les enregistrements que (1914-1996) a accompli pour la CBS, après avoir été un artiste EMI puis Deutsche Grammophon. Et cette réédition nous comble de joie, car Kubelík était un musicien, un artiste parmi les purs, qui contrairement à d’autres, se souciait nullement d’une quelconque gloriole, mais accomplissait son devoir et sa destinée de chef d’orchestre en noble artisan qu’il était.

Sa bonté, sa gentillesse et sa patience étaient légendaires, et il s’effaçait devant l’œuvre qu’il servait. En cela, il rappelle assurément Bruno Walter, et il n’est donc guère étonnant que le cycle des dernières symphonies de Mozart rayonne de sa part de cette même chaleur humaine qui caractérisait son prédécesseur mais évidemment avec une prise de son nettement supérieure. Tout paraît d’un naturel confondant : les tempos sont idéaux, et si les parties rapides ont la fermeté et précision rythmiques nécessaires, les mouvements lents sont de véritables oasis de poésie, et il suffit d’écouter ceux de la Symphonie « Haffner » ou « Prague » pour en être imprégné. Tout en trouvant le ton juste de chacune des personnalités de ces chefs-d’œuvre, Kubelík sait constamment faire chanter la musique avec une fraîcheur réjouissante, ce qui n’est pas donné à tout le monde !…

Les symphonies de Schumann ont toujours été un des domaines de prédilection du chef tchèque, et on se souvient de sa somptueuse version de l’intégrale légendaire chez Deutsche Grammophon dans les années 60 avec les Berliner Philharmoniker. Auprès de George Szell et Leonard Bernstein, il fut en effet le premier à accomplir cet ensemble de manière homogène, complété par les ouvertures Manfred et Genoveva. Toutefois, succédant à Eugen Jochum comme chef permanent de l’Orchestre Symphonique de la Radiodiffusion Bavaroise de 1961 à 1979, se devait de nous offrir une intégrale plus récente de ces chefs-d’œuvre du romantisme allemand, et il le fit à la fin de son long mandat avec cette phalange qui n’avait plus de secret pour lui.

Les critiques n’ont pas toujours été tendres envers cette nouvelle version, et on se demande bien pourquoi. Pour notre part, nous estimons qu’elle surclasse la première en naturel et en l’expression approfondie du plus pur lyrisme schumannien, avec une transparence et une plénitude orchestrales mettant admirablement en évidence la ferveur exaltée du compositeur. Le seul regret est que Kubelík, par rapport à sa première mouture, ait omis d’enregistrer la très belle ouverture Genoveva.

Si Rafael Kubelík nous a laissé une intégrale des symphonies de Mahler (Deutsche Grammophon), ce n’est hélas pas le cas des symphonies de Bruckner. Hélas en effet, car à l’audition de ces deux témoignages offerts ici, on constate qu’il est un brucknérien des plus remarquables, ce qui n’est guère étonnant vu la personnalité romantique et méditative de ce chef-poète, toute d’humilité vis-à-vis de son art. Pour la Symphonie n°3 en ré mineur, il bénéficie de l’avantage non négligeable d’adopter l’excellente édition Oeser de la version 1878, celle-là même que Daniel Barenboim a choisie pour son admirable intégrale chez Deutsche Grammophon. Par ailleurs, Kubelík a choisi pour la Symphonie n°4 « Romantique » la version Leopold Nowak éditée en 1953, sans doute moins proche du premier jet de Bruckner que celle de Robert Haas, mais au moins est-elle sans coupures…

L’, par l’héritage de son fondateur Eugen Jochum, s’exprime tout naturellement et avec chaleur dans le langage brucknérien, tandis que Kubelík, guidé par son tempérament de poète lyrique, met particulièrement en valeur les aspects schubertiens de ces deux partitions dont il nous donne des exécutions exemplaires.

À l’époque du vinyle, il était coutumier de coupler l’une ou l’autre symphonie de Bruckner en deux disques avec une œuvre de Wagner, souvent la Siegfried Idyll que l’on retrouve ici avec joie, d’autant que Kubelík a su préserver, malgré l’ampleur de sa phalange, le caractère d’intimité et d’infinie tendresse de ce témoignage musical d’amour d’un géant envers Cosima et leur petit enfant Siegfried Wagner.

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Rafael Kubelík (1914-1996) – RAFAEL KUBELÍK CONDUCTS GREAT SYMPHONIES. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonies n°35 « Haffner » K. 385 ; n°36 « Linz » K. 425 ; n°38 « Prague » K. 504 ; n°39 K. 543 ; n°40 K. 550 ; n°41 « Jupiter » K. 551. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonies n°1 en si bémol majeur « Le Printemps » op. 38 ; n°2 en ut majeur op. 61 ; n°3 en mi bémol majeur « Rhénane » op. 97 ; n°4 en ré mineur op. 120 ; Manfred, ouverture op. 115. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n°3 en ré mineur WAB 103 ; n°4 en mi bémol majeur « Romantique » WAB 104. Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried Idyll. Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise, direction : Rafael Kubelík. 1 coffret 7 CD Sony Classical 88697884112. Code barre : 886978841124. Enregistré entre 1978 et 1980 à la Herkulessaal, München. ADD/DDD. Pas de notices. Durée : 7 h 42 min

 
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