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András Schiff et Orchestre de Chambre d’Europe : un juste équilibre

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Dijon. Auditorium. 20-IV-2012. Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n° 49 en fa mineur, « La Passione » (1768). Franz Schubert (1797-1828), Symphonie n° 2 en si bémol majeur, D. 125 (1815). Robert Schumann (1810-1856), Conerto pour piano en la mineur, op. 54 (1845). Chamber Orchestra of Europe ; direction musicale et piano : András Schiff

La carrière éblouissante du pianiste a démontré ses qualités de musicien à la fois subtil et original : ce sont celles-là même que l’on retrouve dans ce concert. Le choix du répertoire permet à l’Orchestre de Chambre d’Europe de faire preuve de sa malléabilité et de sa réactivité toute en finesse dans ce programme qui passe de l’expression la plus tendue à la fougue juvénile, du lyrisme romantique le plus sincère à la virtuosité la plus convenue. On peut ressentir dans tous les cas une sorte de sincérité dans l’interprétation de ces trois œuvres, parsemée de trouvailles qui la rendent attachante.

La symphonie surprenante de débute par un mouvement lent dramatique tout en questionnements, en silences qui n’y donnent aucune réponse, en répétitions de motifs : tout cela donne une impression de religiosité assez oppressante. Il a fallu visiblement un temps d’adaptation, court il est vrai, à l’orchestre pour se plonger dans cette atmosphère tendue : le chef se refuse visiblement à grossir les effets avec facilité. En revanche, on ne peut qu’admirer la souplesse avec laquelle s’enchaînent les motifs entre les deux pupitres de violons dans le second mouvement : l’effet stéréophonique est étonnant, on dirait qu’une tresse sans fin se déroule… On est séduit par le menuet pesant et le final conclusif interprété avec brio et sans efforts.

L’orchestre est visiblement très à l’aise pour interpréter la symphonie de ; les cordes ont une maîtrise absolue de l’archet pour dévider les redoutables traits du premier mouvement et du dernier ; la fougue dont les musiciens font preuve convient à cette œuvre de jeunesse, et fait passer comme une lettre à la poste les longueurs inévitables des premières symphonies du compositeur. On se régale des variations du second mouvement, qui mettent à l’honneur des solistes, notamment des vents qui jouent avec une grâce toute viennoise !

On a beau avoir entendu le concerto de Schumann maintes et maintes fois, c’est presque une redécouverte lorsque celui-ci est joué par . En effet, il sait ménager des surprises par des nuances qui donnent à l’ensemble une cohérence nouvelle. Le thème principal est présenté avec une conviction virile alors que souvent on l’entend comme une rêverie ; en revanche lorsqu’il réapparait dans un tempo plus alangui en la bémol, il dialogue avec une émotion poignante avec la clarinette. La fin de ce mouvement perd son caractère martial pour devenir une cavalcade mystérieuse très proche de celle du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn. Le second mouvement se présente avec une fraîcheur enfantine qui cède le pas à la fougue enthousiaste du dernier ; celui-ci, grâce à la musicalité du pianiste, ne souffre d’aucune longueur, alors que souvent on soupire après une fin qui tarde à venir.

Deux « bis » tout en contrastes comme le programme de ce concert, viennent clore cette soirée : un intermezzo de donne une note amoureuse, et le Rondo alla Ungarese de Haydn évoque les csárdás impétueuses du pays natal du chef d’orchestre.

Crédit photographique : © Mario Proença

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