David et Igor Oïstrakh : le père et le fils

À emporter, CD, Musique symphonique

Edouard Lalo (1823-1892) : Symphonie espagnole ; Hector Berlioz (1803-1869) : Harold en Italie ; Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon et orchestre op.77, Symphonie n°2 op.73. Igor Oïstrakh (violon), Rudolf Barshai (alto), Orchestre Philharmonique de Moscou, Orchestre Symphonique de la Radio de Moscou, David Oïstrakh (direction). 2 CD Melodyia. Référence MEL CD 1001955. Code barre : 460017119554. Enregistré en 1960, 1963, 1964. Notice bilingue (anglais, russe). Durée : 152’22’’

 

Que soit l’un des plus grands violonistes de l’ère du disque n’est un secret pour personne. En revanche, la reconnaissance du talent de son fils Igor est largement moins commentée, tout comme le fait que le « roi David » ait également manié la baguette avec bonheur. Sachons donc gré au label Melodiya de nous offrir ce double album de grand intérêt

Examinons d’abord la collaboration père-fils, dont on connaît surtout quelques gravures publiées sous l’étiquette jaune de la Deutsche Grammophon –mis à part les duos de Wienawski et Navarra de Sarasate, les autres ont malheureusement assez mal vieilli. En l’occurrence, David dirige deux partitions d’essence très différentes : la Symphonie espagnole de Lalo et le Concerto pour violon de . Dans la première, fait montre d’une virtuosité incendiaire qui nous permet presque d’oublier les faiblesses de la partition (on ne trouvera dans cette version aucun moment de flottement comme c’est malheureusement souvent le cas sous d’autres archets –dans le Rondo final, en général). Malgré le haut niveau de l’interprétation, on est toutefois tenté de passer rapidement sur cette pièce pour s’intéresser à l’autre concerto, génial celui-là. Igor aurait pu trouver dans cet affrontement entre soliste et orchestre une occasion de « tuer le père », mais il n’en est rien. Tout comme dans la Symphonie espagnole, la direction est tirée au cordeau et maîtrise parfaitement son sujet –écoutez la dramatisation et les articulations parfois violentes de l’introduction du premier mouvement ! Incandescent, Igor s’engage totalement dans le « combat », avec poigne et sans complexe, mais l’on est surtout frappé par le véritable dialogue qui s’établit entre le violoniste et le chef dans l’Adagio central ! Voilà probablement une version « historique » à classer aux côtés des plus grandes (qui, par ailleurs, ne manquent pas). En terme d’intensité –et bien que totalement différent- cet enregistrement est quasiment l’égal du mythique Menhuin/Furtwängler (EMI) enregistré 11 ans plus tôt.

Autre beau moment de ce double album, la version d’Harold en Italie avec . Sans détrôner Primrose/Beecham (Sony), notre version de cœur, la collaboration entre les deux artistes donne également lieu à une rencontre au sommet. Oïstrakh n’a aucun mal à faire tantôt frémir tantôt rugir l’orchestre de Berlioz (même si, dans ce cas, il ne dispose pas d’une phalange de premier ordre) tandis que Barshaï « chante » avec volupté, ampleur et générosité une partition qui lui va bien (il suffit d’entendre son entrée rêveuse dans l’Allegro ma non troppo initial pour comprendre que l’on se trouve face à un grand cru). Avec le même orchestre (le Philharmonique de Moscou), Oïstrakh insuffle une belle intensité à une Symphonie n°2 de Brahms que l’on pourra quand même trouver parfois un peu « brutale » ou manquant de liant. Elle n’en est pas moins pleine de bonnes intentions et déçoit surtout à cause des conditions techniques dans lesquelles elle est enregistrée (l’orchestre est le même que celui d’ « Harold » et le concert de toux provenant de la salle (puisqu’il s’agit d’une captation live) est parfois insupportable). Qu’à cela ne tienne, on (re)découvre aujourd’hui un grand musicien dont les talents de violoniste ont occulté une remarquable polyvalence.

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