Théodore Dubois au Paradis

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Théodore Dubois (1837-1924) : Le Paradis perdu, drame-oratorio en quatre parties sur un livret d’Édouard Blau (orchestration d’Olivier Schmitt). Jennifer Borghi, L’archange ; Cyrille Dubois, Uriel / Le fils ; Mathias Vidal, Adam ; Chantal Santon, Ève ; Alain Buet, Satan ; Elias Benito, Molock ; Sorin Dimutrascu, Bélial. Aurélien Richard, piano ; Les cris de Paris ; Les solistes des Siècles, direction : Geoffroy Jourdain. 2 CD Aparté AP030. Code barre : 3149028006728. Enregistré du 5 au 7 septembre 2011 au Temple du Saint-Esprit, à Paris. Notice bilingue (français, anglais), texte chanté en français, traduit en anglais. Durée : 96’ 56’’

 

Comme l’expose la notice de , Le Paradis perdu fut destiné à un concours d’oratorio organisé par la Ville de Paris en 1878. Le choix d’adapter la monumentale épopée de Milton révèle chez Dubois une originalité que l’on retrouve dans son œuvre. Le plus étonnant est d’ailleurs la coexistence d’une audace presque naïve et d’éléments plus conventionnels. La figure de Satan emprunte certains traits au Bertram de Robert le Diable, mais on reste évidemment loin de la puissante incarnation de Meyerbeer, et plus encore de la figure tragique de Milton. Le Jardin d’Éden est le moment le plus réussi, car la chute originelle s’accomplit dans une atmosphère pastorale et discrètement sensuelle, fidèle au poème : c’est pour partager le sort d’une femme qu’il aime tendrement qu’Adam se décide à manger lui aussi le fruit défendu. Les passages du chœur peuvent sembler plus scolaires, mais ils ne sont jamais médiocres, et toujours séduisants. Seuls les rois de l’Enfer, qui ont l’air de provenir d’un opéra-comique, convainquent moins. En somme, on aurait tort de passer à côté d’une œuvre attachante, d’un compositeur moins académique qu’on ne le pense, et d’un genre, l’oratorio romantique français, qu’on a trop tendance à reléguer au rayon des vieilleries.

On ne peut que remercier les artisans de cette exhumation, et ses excellents Cris de Paris. Et quelle belle distribution ! est un Adam d’une suavité charmante, Chantal Santon sait rendre les sentiments qui troublent la première femme, et impressionne, Satan fourbe et rugueux. Il est vrai que, malgré la direction attentionnée du chef, la qualité des instrumentistes et l’habileté de l’arrangement dû à Olivier Schmitt, la reconstitution sonne incomplète. L’ensemble instrumental réduit à un quintette à cordes, un quintette à vents et un piano ne peut évidemment que suggérer de manière hypothétique l’orchestration originale, sans doute plus pompeuse et peut-être pas aussi colorée. Mais enfin, il ne faut pas se plaindre, puisque la perte des parties orchestrales semble apparemment irrémédiable : jamais redonné depuis sa création, Le Paradis perdu est sorti de l’oubli !

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