Macbeth à Tours : brillante fin de saison

La Scène, Opéra, Opéras

Tours. Grand Théâtre. 11-V-2012. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei. Mise en scène : Gilles Bouillon. Décors : Nathalie Holt. Costumes : Marc Anselmi. Lumières : Michel Theuil. Avec : Jana Dolezilkova, Lady Macbeth ; Julie Pasturaud, Dame de Lady Macbeth ; Enrico Marrucci, Macbeth ; Luca Lombardo, Macduff ; Jean Teitgen, Banquo ; Christophe Berry, Malcolm. Chœurs de l’Opéra de Tours (direction : Emmanuel Trenque), Orchestre Symphonique Région Centre-Tours, direction : Jean-Yves Ossonce

Pour cette nouvelle production de Macbeth présentée en conclusion de la saison tourangelle, reste fidéle à ses principes : un cadre scénique épuré auquel quelques accessoires donnent sens, un souci d’intemporalité en convouant toutes les époques pour n’en caractériser aucune, un travail minutieux de mise en évidence des ressorts dramatiques de l’ouvrage, une direction d’acteurs assez conventionnelle mais toujours précise. Il souligne en particulier le caractère profondément nocturne et la composante fantastique de l’ouvrage. Sa mise en scène, sans chercher l’effet, offre plusieurs éclairages intéressants. Elle conjugue clarté, cohérence et fluidité, et fonctionne sans accroc tout au long des quatre actes avec des points d’orgue tels que l’époustouflant final du premier acte. Les lumières, réglées par Michel Theuil, jouent un rôle important dans cette réussite.

L’Opéra de Tours a le nez fin en matière de soprano verdienne : un an après nous avoir fait découvrir l’épatante Lianna Haroutounian dans Simon Boccanegra, il confie le redoutable rôle de Lady Macbeth à la jeune slovaque qui impose une voix séduisante si l’on excepte un peu de métal dans l’aigu, un beau physique de tragédienne et un tempérament scénique enflammé. S’appuyant sur un registre grave solide, elle s’impose dans les passages dramatiques mais elle assure avec la même aisance la part virtuose du rôle, de la cabalette de Vieni t’affretta au brindisi.

Dans le rôle titre, lui offre une valeureuse réplique. D’une voix solide, claire et bien timbrée, il vient à bout de toutes les difficultés du rôle jusqu’à une conclusion d’autant plus convaincante que l’acteur engagé sait traduire les tourments du personnage. Le temps lui permettra d’approfondir encore son approche vocale mais le résultat est déjà digne d’éloges. est un luxe dans Macduff et ne fait qu’une remarquable bouchée de Ah, la paterna mano. impressionne par son autorité vocale en Banquo et complète une distribution de très bon niveau.

Le succès de la soirée doit naturellement beaucoup à , dont les affinités verdiennes ne sont plus à démontrer. D’entrée, il impose une lecture colorée et contrastée, hautement dramatique, d’une grande précision dynamique et rythmique, et sait fait rutiler l’orchestre tout en restant attentif aux chanteurs. Les musiciens de l’Orchestre Symphonique Région Centre Tours confirment pour leur part leur très haut niveau de préparation individuelle, leur discipline collective et leur homogénéité au sein de chaque pupitre. La connivence avec le chef, forgée depuis 1995, est évidente et fructueuse. Les chœurs, remarquablement préparés par , ne sont pas en reste, avec mention pour les femmes dans le chœur des sorcières.

Ce spectacle sans nuages fait honneur à l’Opéra de Tours et pourrait certainement faire envie à quelques scènes mieux dotées. L’accueil spectaculaire du public récompense le travail de toute une maison qui, sans esbrouffe, nous offre saison après saison des productions de haute tenue.

Crédit photographique : (Lady Macbeth) (Macbeth) © François Berthon

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