Faust à Montréal, de père en fils

La Scène, Opéra, Opéras

Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place-des-Arts. 19-V-2012. Charles Gounod (1819-1893) : Faust, opéra en cinq actes, livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Alain Gauthier. Décors : Olivier Landreville. Costumes : Dominique Guindon – Opéra de Montréal. Éclairages : Martin Labrecque. Avec : Guy Bélanger, Faust vieux ; Antoine Bélanger, Faust jeune ; Mary Dunleavy, Marguerite ; Alexander Vinogradov, Méphistophélès ; Étienne Dupuis, Valentin ; Emma Parkinson, Siébel ; Noëlla Huet, Dame Marthe ; Philip Kalmanovitch, Wagner. Chœur de l’Opéra de Montréal (chef de chœur : Claude Webster). Orchestre Métropolitain. Direction : Emmanuel Plasson


La nouvelle production de l’Opéra de Montréal du chef-d’œuvre de Gounod a voulu ouvrir un créneau, privilégiant la dimension gémellaire du héros goethéen. Le tour de force étant de convaincre que cette gémellité – Faust âgé et Faust dans la force de l’âge – est une seule et unique personne. Nous avions déjà été confronté à cette thématique du double, Faust et Méphisto formant un couple avec toutes les nuances de clair-obscur que cela comporte. Si l’idée était bonne de faire rencontrer sur les planches, le père et le fils dans le même rôle, force est de constater que les deux Faust perdent en force dramatique, l’un surveillant l’autre, l’œil critique l’emportant trop souvent sur l’action. Le père et le fils ont pourtant la même tessiture et leur voix peuvent faire illusion.

Une bibliothèque monumentale composée de colonnes hautes de huit mètres et demi, constitue le seul décor, signé Olivier Landreville. Ces panneaux amovibles sont censés illustrer les différents tableaux de l’œuvre. Il faut un peu d’imagination pour se représenter la scène de l’église ou celle de la prison et le spectateur risque de se perdre dans ce fouillis de « colonnes à roulettes » qui n’en finissent jamais de  bouger sans raison. Ce « mur de connaissances » aux dires du metteur en scène qui « symbolise Faust », semble bien instable. Cela devient simple artifice et agace plus qu’il ne campe une scène malgré les éclairages souvent judicieux de .

Nous suivons le metteur en scène jusqu’à la toute fin du premier acte. Par la suite, il arrive trop souvent que l’un des deux Faust fasse le pied de grue et que sa présence devienne inutile voire encombrante. Il eut été préférable de laisser le vieux Faust à la fin du premier acte, quitte à revenir à lui à la fin de l’opéra. La compréhension en aurait été meilleure. Et surtout, vocalement, Faust l’aîné peine dans certains passages de l’œuvre. À quelle époque se réfère-t-on ? Les personnages de Faust, Marguerite et Méphisto ont des costumes qui rappellent vaguement une époque lointaine, tandis que Valentin et les soldats portent casquettes et costumes militaires. Le chœur est d’une autre dimension : énergique, sautillant en costumes bigarrés ; parfois il incarne le peuple, ou encore semble à l’écart de l’action.

Enfin, ce qui a retenu notre attention, c’est d’une part le véritable travail d’acteurs et l’émotion qui se dégage des personnages et d’autre part, la qualité de certaines voix – essentiellement Marguerite et Méphisto – qui rendent cette production plus qu’intéressante. Dès le Prélude, accompagné d’une cohorte de démons, le Méphisto d’ donne une vive impression. Et nous ne serons pas déçus. La voix de la basse russe incarne à merveille le diable. Présence captivante sur scène, sa performance atteint des sommets dans ses deux airs, dont celui  du Veau d’or. Il ne lui manque rien, pas même l’odeur de soufre qui sied au démon. Une diction correcte, un bon phrasé, une grande voix mais souple, ample et capable de nuances. Il a toutes les qualités requises pour tenir les rôles diaboliques. La soprano se situe presqu’au même diapason. C’est une merveilleuse Marguerite. Elle a la voix mais aussi le physique du rôle. Belle présence sur scène, très impliquée, elle vit son personnage. campe un Valentin tout en bois brut, voix solide, tempérament de feu. Le timbre de mezzo d’ dans le rôle de Siébel est fort agréable. Tous les seconds rôles sont corrects. Dame Marthe de mérite une mention. Les chœurs de L’Opéra de Montréal, sont excellents, menés par . , le fils de Michel Plasson, marche dans les pas de son père – spécialiste de l’ouvrage – et mène l’orchestre de main de maître.

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