À emporter, CD, Musique symphonique

Soprano au bord de la crise de nerfs

Plus de détails

Arnold Schoenberg (1874-1951) : Pelleas und Melisande, op. 5 ; Erwartung, op. 17. Jeanne-Michèle Charbonnet, soprano. Orchestre symphonique de la WDR de Cologne, direction : Jukka-Pekka Saraste. 1 CD Profil PH12021. Code barre : 8 81488 12021 9. Enregistré à la Philharmonie de Cologne en 2011. Livret bilingue (allemand, anglais). Durée totale : 64’36 ».

 

Pour marquer ses débuts en tant que directeur musical de la phalange de Cologne, le chef finlandais a visiblement choisi de s’attaquer à des répertoires exigeants ; après un disque consacré à la Neuvième Symphonie de Mahler en 2009 notamment, voilà qu’il s’attaque au toujours très controversé . Deux oeuvres ont retenu son attention, le très post-romantique poème symphonique Pelleas und Melisande, rare au disque, et le monodrame halluciné sur un livret de Marie Pappenheim, Erwartung. Six ans seulement séparent ces deux oeuvres, et c’est merveille de constater une évolution aussi rapide et radicale dans la manière d’un compositeur.

Alors que Pelleas und Melisande est une sorte d’hommage à Wagner et au grands poèmes symphoniques de Strauss, qui partage avec ses modèles l’emploi de leitmotivs assez clairement identifiables aux personnages ou à l’action dépeints, un orchestre très dense et des effets harmoniques et instrumentaux originaux, Erwartung se présente comme un long récitatif volontiers décousu, dont la musique et la ligne de chant suivent le flux de conscience d’une femme au bord de la crise de nerf, dans un style atonal libre.

Du point de vue de l’interprétation de Saraste, le poème symphonique nous ravi tant le chef en propose une lecture attentive, qui permet de suivre les diverses étapes de l’action. L’orchestre déploie une palette d’expressions tout à fait appropriées, se faisant tour à tour caressant, âpre et mystérieux. Voilà une interprétation qui comble utilement le vide discographique.

Le constat n’est pas le même au sujet d’Erwartung, sans doute aussi parce que les points de comparaison sont plus nombreux. L’orchestre est toujours impeccable, mais éprouve visiblement les plus grandes difficultés à interpréter sa partie, certes exigeante. Elle semble, plusieurs fois, complètement dominée par la partition, sa diction est très souvent approximative, ses aigus poussifs, et son vibrato proprement dérangeant. Elle ne parvient pas à rendre de façon plausible les brusques sautes d’humeur de son personnage, notamment le fameux « Ist hier jemand ? … Nichts » (Est-ce qu’il y a quelqu’un ? … Non, rien).

Un autre regret, plus anecdotique, le fait que les oeuvres ne soient pas divisées en plusieurs plages correspondantes aux scènes, surtout pour Pelleas und Melisande, dont le livret ne renseigne pas même des étapes de l’action. Cela laisse certes toute sa place à l’imagination de l’auditeur, mis on n’aurait pas boudés quelques points de repères dans cette oeuvre de quarante minutes !

Plus de détails

Arnold Schoenberg (1874-1951) : Pelleas und Melisande, op. 5 ; Erwartung, op. 17. Jeanne-Michèle Charbonnet, soprano. Orchestre symphonique de la WDR de Cologne, direction : Jukka-Pekka Saraste. 1 CD Profil PH12021. Code barre : 8 81488 12021 9. Enregistré à la Philharmonie de Cologne en 2011. Livret bilingue (allemand, anglais). Durée totale : 64’36 ».

 
Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.