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Le quatuor Terpsycordes, d’une fervente sobriété

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Cully. Temple. 29-VI-2012. Joseph Haydn (1732-1809) : Les Sept dernières Paroles du Christ en croix op. 51. Quatuor Terpsycordes. Avec Girolamo Bottiglieri, premier violon ; Raya Raytcheva, second violon ; Caroline Cohen-Adad, alto ; François Grin, violoncelle.

Dans la chaleur moite du temple de Cully, c’est au recueillement que conviaient les Terpsycordes. Invité du Cully Classique, le quatuor genevois interprétait vendredi les Sept paroles du Christ en Croix de Haydn, œuvre d’inspiration liturgique dont les musiciens ont livré au disque une lecture à la cohérence remarquée en 2009. Cette fresque musicale, rarement exécutée, ne se laisse appréhender qu’avec une circonspection nécessaire. En effet, comme le soulignait alors le compositeur en réaction à la commande de cette œuvre par un chanoine espagnol, « la tâche consistant à faire se succéder sans lasser l’auditeur sept adagios n’était pas des plus faciles ». L’interprétation en est d’autant plus délicate que, malgré leur architecture identique, les sept méditations centrales doivent laisser transparaître la progression dans la dramaturgie qui sous-tend l’œuvre.

Cependant, point de lassitude. Mis en valeur par un éclairage de scène subtil, variant au gré des climats, les musiciens, emmenés par l’archet aéré de Girolamo Bottiglieri, parviennent à informer le flux musical au service de cette dimension presque opératique de l’œuvre, tendue vers le trépas du Christ. Leur entente musicale impressionne, et la sonorité sobre qu’ils développent au vibrato parcimonieux voire absent – confère aux différents timbres une cohésion subtile et bienvenue, servant le discours parfois austère de la partition.

Les Terpsycordes épurent, laissent les résonnances se déployer puis s’étioler dans l’acoustique généreuse du lieu ; les silences qu’ils ménagent sont des pauses méditatives. Tandis que la cantilène nostalgique du « En vérité je vous le dis » déploie des lignes mélodiques amples et élégantes, où les pans d’ombre et de lumière sont traversés avec finesse, la plainte intense du « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » se départit enfin de la réserve respectueuse qui caractérisait jusque là l’interprétation : la densité puissante du discours se morcelle et laisse apparaître la lamentation fervente d’un premier violon comme libéré. Les sourdines méditatives de la dernière parole déploient alors l’intensité nécessaire à l’évocation de la mort du Christ, que vient ponctuer l’impressionnant tremblement de terre musical (Terremoto) final, d’une éloquence fulgurante et débridée. Un déploiement d’énergie brute qu’on aurait aimé parfois voir imprégner la retenue jusqu’ici toute religieuse de l’interprétation.

Crédit photographique : © bulp.ch / Patrick Bühler

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Cully. Temple. 29-VI-2012. Joseph Haydn (1732-1809) : Les Sept dernières Paroles du Christ en croix op. 51. Quatuor Terpsycordes. Avec Girolamo Bottiglieri, premier violon ; Raya Raytcheva, second violon ; Caroline Cohen-Adad, alto ; François Grin, violoncelle.

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