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Un War Requiem peu inspiré

À emporter, CD, Musique symphonique

Benjamin Britten (1913-1976) : War Requiem, op.66. Sabina Cvilak, soprano ; Ian Bostridge, ténor ; Simon Keenlyside, baryton. London Symphony Chorus (chef de chœur : Joseph Cullen), Choir of Eltham College (chef de chœur  : Alastair Tighe). London Symphony Orchestra. Direction musicale : Gianandrea Noseda. Enregistré en public les 9 et 11 octobre 2011 au Barbican Center de Londres. 2 SACD LSO Live 0719. Code barre 8 22231 17192 8. Notice en anglais, français et allemand. Livret en latin et anglais. Durée : 1h 23’ 48’’

 

Bras droit de Valery Gergiev à Saint-Pétersbourg, a fait ses classes avec succès. Aujourd’hui, il se retrouve à la tête du , l’orchestre londonien de son maître, pour une œuvre complexe et maintes fois enregistrée.

Le War Requiem de a été composé pour la consécration et l’inauguration de la cathédrale de Coventry quelque vingt-deux ans après son bombardement et la destruction de la ville par l’aviation allemande en novembre 1940. Un événement resté profondément inscrit dans l’âme du peuple britannique. Pour exacerber l’esprit de son œuvre, la partition du compositeur se conjugue presque plus dans une mise en scène d’opéra que dans une œuvre strictement religieuse. Ténor et baryton chantent des poèmes de Wilfried Owen, écrivain décédé sur le front de la Première Guerre Mondiale, accompagnés par un orchestre de chambre. La soprano, avec le chœur et le grand orchestre, est la voix de la célébration du deuil. Le chœur des enfants et l’orgue placés en arrière de l’ensemble se veulent la voix de la pureté, de l’innocence.

Un placement « géographique » parfaitement réalisé dans l’enregistrement de 1963 sous la direction du compositeur (Decca). Les effets spatiaux y sont admirablement exprimés. Une sensation vivante que la version qui est proposée aujourd’hui ne transcrit pas. S’il ne fait aucun doute que le placement des intervenants, tel que l’avait conçu Britten, a été respecté lors des concerts faisant l’objet de ce nouvel enregistrement, la prise de son, plus plate, ne transcrit cependant pas les ambiances recherchées. Sans que l’on puisse considérer ce nouvel enregistrement comme étant une trahison de l’œuvre originale, on ne peut vraiment la recommander au regard de la version originale de . (D’autant plus que l’album Decca offre près de cinquante minutes de répétitions et commentaires captés durant les séances d’enregistrement).

« A défaut de grives, on mange des merles » affirme un populaire dicton. Si dirige avec beaucoup de sensibilité et d’énergie toute cette partition, s’il peut compter sur l’excellence du (déjà dans l’enregistrement Decca), il ne peut malheureusement que s’appuyer sur les solistes qu’offre la scène actuelle. Et c’est là aussi que le bât blesse. En effet, quelle grandeur de son peut offrir un pourtant très bon devant l’imposante évidence de Dietrich Fischer-Dieskau ? Et quel engagement et quelle sensibilité peut opposer la soprano slovène face à l’inspiration naturelle d’une Galina Vishnevskaya touchée par la grâce ? Tout juste si on peut préférer ici le ténor au préféré de Britten, Peter Pears.

Aurait-il fallu pour autant renoncer à donner cette œuvre au souvenir rénové des citoyens britanniques ? Certainement pas, mais de là à investir des moyens techniques pour cet enregistrement…

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