Dimitri Kitaenko met la Pathétique en conserve

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Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°6 « Pathétique ». Orchestre du Gürzenich de Cologne, Dimitri Kitaenko (direction). 1 CD Oehms Classics. Référence 0C666. Code barre 4260034866669. Enregistré à la Probensaal der Stadt (Cologne) en janvier 2010. Notice en anglais. Durée 51’09’’

 

Toute nouvelle gravure d’une œuvre aussi rabâchée que la Symphonie n°6 de
doit être motivée par la volonté d’apporter quelque chose de neuf à notre perception de la partition. Voilà ce qui fait malheureusement défaut à la vision de qui, pour ne pas franchement démériter, n’entre pas dans la catégorie des indispensables.

A la tête de l’excellent  – dont on regrettera néanmoins la couleur peu idiomatique des bois, également coupables de quelques petits ratés– Kitaenko propose une lecture assez lente (bien qu’elle compte quand même sept minutes de moins que le « record » de Bernstein avec le New York Philharmonic (DGG)) mais dont la dramaturgie d’ensemble est plutôt intelligemment conduite. Le chef varie les éclairages, évite habilement emphase et pompiérisme, réussit quelques effets surprenants dans le développement de l’Adagio- Allegro non troppo initial, est élégant mais peu facétieux dans l’Allegro con grazia (dont il ne tire pas complètement profit de l’irrégulière métrique à 5/4) et maintient parfaitement l’influx musico-dramatique dans les deux derniers mouvements (le finale contient des passages saisissants).

Que manque-t-il dès lors à cette version pour se hisser sur le podium d’une discographie pléthorique ? Un peu plus d’engagement et de risque(s) qui nous mèneraient au bord du précipice à la manière de Mravinsky (DGG, pour la stéréo), les couleurs que Gergiev tirait de l’orchestre du Kirov en 1995 (Phillips) et une prise de son plus naturelle. En effet, celle de ce SACD est très travaillée mais manque de basses, voire de profondeur, et donne un goût de plat industriel à une symphonie que l’on aimerait plus caractérisée. Car si Tchaïkovski est le plus « occidentalisé » des compositeurs russes de son temps (avec Rubinstein), on regrette que Kitaenko bride les traits de caractères de l’âme slave du musicien –qui devrait également être la sienne. Eviter la caricature est une chose (ce que ne réussit peut-être pas cette dernière remarque, soit dit en passant) mais sa direction n’est peut-être pas suffisamment relevée pour laisser un souvenir impérissable.

En somme, malgré ses incontestables qualités, le résultat final semble trop léché et pâti d’une concurrence trop riche. C’eût été parfait en concert mais pas assez singulier et personnel pour le studio. L’expérience paraîtra certainement plus intense à qui pourra se détacher de toutes ses références et coups de cœurs précédents. Est-ce bien acceptable dès lors qu’il s’agit de l’énième enregistrement d’un pareil « tube » ? Poser la question est évidemment  y répondre…

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