Bronislaw Gimpel, virtuose « old school »

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Jean Sibelius (1865-1957) : Concerto pour violon op.47 ; Karol Szymanowski (1882-1937) : Concerto pour violon n°2 op.61 ; Henryk Wienawski (1835-1880) : Concerto pour violon n°2 op.22 ; Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour violon et piano D. 574 ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Sonate pour violon et piano op.4 ; Robert Schuman (1810-1856) : Sonate pour violon et piano n°1 op.105 ; Leoš Janáček (1854-1928) : Sonate pour violon et piano ; Guiseppe Tartini (1692-1770) Sonate pour violon et clavier op.1, n°10 « Didone abbandonata » ; Karol Rathaus (1895-1954) : Pastorale et Danse op.39. Bronislaw Gimpel (violon), Martin Krause (piano), RIAS-Symphonie-Orchester, Fritz Lehmann (direction), Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, Arthur Rother (direction), Alfred Gohlke (direction). 3 CD Audite. Référence 21.418. Code barre 4022143214188. Enregistré à Berlin (Studio Lankwitz, Jesus-Christus-Kirche, RIAS Funkhaus) les 24-25 juin 1955, 1 avril 1957, 26 février 1954, 15 avril 1955, 16 avril 1955, 4 février 1955, 28 juin 1955 et 3 février 1955. Notice bilingue (allemand, anglais). Durée : 73’44 (CD1), 59’50’’ (CD2), 47’47’’ (CD3)

 

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L’art de certains violonistes du passé est intemporel. D’autres se démodent plus irrémédiablement. Né en 1911 à Lviv, dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine et disparu en 1979 à Los Angeles où il s’était établit l’année précédente, appartient indubitablement à la seconde catégorie. Il est pourtant fort à parier que le charme vintage de ces enregistrements berlinois de 1954-1957 en séduira quelques-uns.

Ce n’est malheureusement pas la captation live du Concerto de Sibelius avec Jochum qui nous est offerte ici (heureusement disponible chez Tahra) mais une gravure de studio, plus prosaïque et moins intense, avec . L’affrontement entre les deux hommes est viril et ils semblent, dans l’Allegro moderato, se livrer à quelques exercices de musculation pour les besoins desquels les cordes de l’orchestre sont artificiellement gonflées. Si la manière dont Gimpel tente de passer en force dans le finale ne convainc pas outre mesure, le mouvement central montre toute l’intensité lyrique dont il est capable –son art troublant du vibrato n’y est pas étranger.

De la même manière, le Concerto n°2 de lui offre de belles occasions de chanter une ligne mélodique qu’il veut incandescente et lui permet de prouver l’autorité dont son bras droit est capable. La prise de son accusant son âge, l’image de l’orchestre dirigé par n’est pas toujours bien définie. La valeur testimoniale du document n’en n’est cependant pas moins importante. Pour en finir avec le volet concertant du coffret, la partition de Wieniawski, à prendre pour ce qu’elle est, est délicieuse de longueur d’archet et de virtuosité ludique. Les interprétations des œuvres chambristes qui composent le programme des deux autres disques ont quant à elles un côté gentiment désuet. Style daté et prise de son d’une autre époque donnent à ces gravures une patine assez singulière. Les pièces sont abordées avec une lenteur que personne ne se permettrait plus aujourd’hui mais si d’aucuns trouveront par exemple le temps schumannien très long, Gimpel atteints néanmoins quelques sommets du haut desquels la vue vaut le déplacement. De son côté, la Sonate op.4 de Mendelssohn (1825) est celle d’un jeune homme trop sage et est rendue avec un côté scolaire qui ne nous sauve pas d’un certain ennui tandis que la manière « classicisante » dont est joué le petit bijou schubertien D. 574 n’exploite pas tous les contrastes possibles, loin s’en faut. Toujours focalisés sur le violon, les micros faussent souvent la perspective.

L’intensité lyrique (encore elle !) déployée dans la Sonate de Janáček remplace l’urgence dramatique qui fait cruellement défaut à cette version. Malgré tout, l’interprétation déstabilise : entendez l’ « étrangeté » qui émane de la Ballada tandis que le thème faussement populaire de l’Allegretto est lancé piano par Martin Krause là où le compositeur demande un mezzo-forte et, implicitement, une articulation devant induire un relief plus prononcé (grâce aux notes répétées) que ce que l’on entend ici. Vous avez dit bizarre ? Bien évidemment, la Didone abbandonata de Tartini est hors style mais pas dépourvue de noblesse tandis que la Pastorale et danse de Rathaus apparaît comme un intéressant bonus totalement maîtrisé (techniquement et musicalement).

En somme, ces gravures sexagénaires dressent de Gimpel le portrait d’un virtuose « old school » à replacer à sa juste place dans la grande histoire du violon enregistré. Ledit coffret s’adresse donc en priorité aux mélomanes conscients d’effectuer un voyage dans le temps sans tenter de prendre ces versions au premier degré.

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