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Tremplin-Cursus 2 au Centre Pompidou

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Centre Pompidou. 4-X-2012. Tremplin/Cursus 2. Anthony Cheung (né en 1982): Dystemporal pour ensemble; Einar Torfi Einarsson (né en 1980): Desiring-Machines pour ensemble; Magnus Lindberg (né en 1958): Tendenza pour ensemble; Rune Glerup (né en 1981): Examples of Dust pour ensemble et électronique; Lu Wang (né en 1982): Past Beyond pour ensemble. Réalisation informatique IRCAM/ Rune Glerup; Ensemble Intercontemporain; direction Susanna Mälkki.

Autour de choisi par l’ comme compositeur référent – même si l’oeuvre entendue, Tendenza, est écrite à l’âge de 24 ans! – gravitait la jeune scène internationale de la composition que les membres de l’EIC dirigés par Susanna Mällki servaient avec un soin et une qualité exemplaires. Parmi les cinq compositeurs à l’affiche, trois d’entre eux avaient été sélectionnés par le comité de lecture des Concerts Tremplin, un projet initié en 2004 permettant au jeune créateur de collaborer une année durant avec les solistes de l’Intercontemporain qui joueront in fine sa composition. L’oeuvre avec électronique du danois bouclait ses deux années de Cursus à l’.

Originaire de la côte ouest des Etats Unis, dit composer depuis l’âge de sept ans. Attiré par ces figures éclectiques que furent Ives, Nancarow et Partch, il ira étudier à la Columbia University à New York avec . Toutes ces influences semblent converger dans sa pièce un rien boulimique Dystemporal. Travaillant sur la microtonalité (un instrument sur deux, dans chaque pupitre, est désaccordé), la superposition des strates temporelles, l’énergie du jazz et la stratégie des processus, fait naître une texture extrêmement dense et complexe qui maintient une certaine tension de l’écoute en même temps qu’elle la neutralise par excès d’informations.

Aux antipodes de la précédente, la pièce de l’islandais , Desiring-Machines, exige une toute autre écoute, « non linéaire » précise le compositeur qui dit rechercher un effet tactile du son. Cette pièce « à bas voltage » est fascinante à plus d’un titre. Elle instaure au sein de l’ensemble une rumeur bruiteuse et finement différenciée où l’énergie, si discrète soit-elle, va circuler d’une zone sonore à l’autre. Ces micro-variations parfois plus visibles qu’audibles, à la faveur des « gestes sons » des instrumentistes – ceux du violoncelliste Eric-Maria Couturier très théâtraux! – sont décidées par le chef dans l’instant de la performance, selon le concept de l’ « oeuvre ouverte » revendiqué par Torfi Einarsson: une manière d’instaurer une relation particulière entre le chef et les instrumentistes et une certaine fragilité qui participe de l’étrangeté de cet univers.

Avec Tendenza de , l’auditeur était confronté à un matériau sonore compact, aux arêtes vives, que le compositeur taille dans la masse d’un geste d’une violence inouïe. Cette première manière de Lindberg, radicale et sauvage, dont Susanna Mällki accusait l’éclat incisif, laisse apprécier le cheminement d’une pensée compositionnelle, aujourd’hui ô combien assagie et consensuelle.

Sorti des studios de l’, Examples of Dust – un lointain hommage à Duchamp et Man Ray – du danois , met à l’oeuvre le dispositif électronique en temps réel. Six instrumentistes, au sein d’un ensemble à deux pianos où vents et cordes s’affrontent, sont équipés de micros captant le son pour être traité et réinjecté en temps réel dans les haut-parleurs. Jouant sur l’ambiguïté subtile des sources sonores, écrit une oeuvre solidement charpentée, modelée sur un temps discontinu et une pulsation très énergétique. La palette crue des couleurs – les stridences de sont inouïes! – et les sinuosités de la trajectoire maintiennent en permanence l’intérêt de l’écoute.

La cinquième et dernière oeuvre renouvelait d’autant les horizons. Past Beyond de la compositrice chinoise relève d’un travail singulier sur la linguistique et les sonorités des langues dont elle nourrit son matériau compositionnel. Ainsi entend-on « parler » les violons sur le modèle des langues à ton asiatiques au début de Past Beyond et résonner les gongs ou cloches issus de quelque rituel traditionnel. Les cuivres très graves et les grandes cymbales évoquent également le rituel tibétain que la jeune compositrice parvient à intégrer assez habilement dans une syntaxe toute personnelle et particulièrement émouvante.

Crédit photographique : Rune Glerup © Lars Svankjaer

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Centre Pompidou. 4-X-2012. Tremplin/Cursus 2. Anthony Cheung (né en 1982): Dystemporal pour ensemble; Einar Torfi Einarsson (né en 1980): Desiring-Machines pour ensemble; Magnus Lindberg (né en 1958): Tendenza pour ensemble; Rune Glerup (né en 1981): Examples of Dust pour ensemble et électronique; Lu Wang (né en 1982): Past Beyond pour ensemble. Réalisation informatique IRCAM/ Rune Glerup; Ensemble Intercontemporain; direction Susanna Mälkki.

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