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Don Giovanni version Nézet-Séguin, un rendez-vous presque manqué

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni. Ildebrando d’Arcangelo (Don Giovanni) ; Luca Pisaroni (Leporello) ; Joyce DiDonato (Donna Elvira) ; Diana Damrau (Donna Anna) ; Rolando Villazón (Don Ottavio) ; Mojca Erdmann (Zerlina) ; Konstantin Wolff (Masetto) ; Vitalij Kowaljow (le Commandeur). Vocalensemble Rastatt (chef de chœur : Holger Speck), Mahler Chamber Orchestra, direction : Yannick Nézet-Séguin. Enregistré en concert entre le 18 et le 24 juillet 2011 au Festspielhaus de Baden-Baden. 3 CDs DGG 477 9878. Code barre 0 28947 79878 1. Notice en français, anglais et allemand. Livret en italien, français, anglais et allemand. Durée : 2h 54’ 45’’

 

En juillet dernier, notre collaborateur assistait au concert en direct de ce Don Giovanni. Comme il le soulignait, tiré de ces trois concerts, Deutsche Grammophon se proposait d’éditer un album du chef d’œuvre de Mozart dont la dernière version proposée au disque datait déjà de 2006 (René Jacobs) et l’ultime enregistrement du géant jaune de 1998 (Claudio Abbado).

En réunissant sur le plateau l’une des plus prestigieuses distributions actuelles, on pouvait craindre que tant d’individualités nuiraient à l’esprit de l’œuvre. A l’écoute, l’impression première n’est pas celle qu’on pouvait redouter. Chaque acteur, chaque chanteur se fond dans son personnage avec tout le talent qu’il porte à ce rendez-vous théâtral (et discographique). Chaque caractère de l’intrigue est dans son rôle. Ou du moins dans celui qu’il pense être le sien. Ainsi, hormis Don Ottavio, Masetto et le Commandeur qui sont naturellement pris dans un rôle empreint de sérieux, tous les autres protagonistes sont dans la comédie. On joue, on se moque, on rit, on ironise. Un parti pris qu’on aurait pu admettre si le chef Yannick Nézet-Séguin avait choisi cette option. Or, dès les premières mesures de l’ouverture, on réalise que le chef tient à souligner le drame noir et tragique. Malheureusement, il n’arrive pas à concrétiser son choix théâtral dans la longueur. Avalée l’ouverture, la personnalité des chanteurs fait basculer le drame dans la comédie. S’ensuit bien évidemment un déséquilibre entre l’orchestre et les chanteurs. Et c’est bien dommage parce que l’idée dramatique du chef québécois était intéressante et pouvait donner à cet opéra une couleur que l’on n’avait plus entendue depuis les vieux enregistrements riches de théâtre qu’avait dirigés Fritz Busch.

En passant à côté d’une nouvelle version de référence, on se régale toutefois aux prestations vocales des protagonistes. A commencer par celle de Luca Pisaroni (Leporello) qui s’affirme comme l’un des meilleurs interprètes du rôle depuis longtemps. Son abattage fait merveille et l’on décèle à travers ses innombrables couleurs vocales, l’homme de la situation. Remarquable aussi, le baryton Konstantin Wolff (Masetto) qui fait resurgir un personnage autrement plus fort de caractère que celui, stupide et fade qu’on montre généralement.

Le Don Ottavio de Rolando Villazón est la surprise de cet album. Le ténor mexicain plus habitué à se produire dans des œuvres du bel canto aborde ici un compositeur pour lui nouveau. Si dans le contexte de ce Don Giovanni, sa prestation révèle un personnage plus trempé que le veule amant généralement brossé dans cet opéra, la (nouvelle) voix de Villazon surprend par son timbre aujourd’hui terni. Si la technique vocale, les vocalises restent présentes, la brillance qui caractérisait son instrument a disparu. C’est bien malheureux !

Aujourd’hui, peut-on rêver de meilleures interprètes de Donna Anna et Donna Elvira qu’une Diana Damrau et une Joyce DiDonato ? On se régalera donc à leurs brillantes interventions. Derrière ces deux monstres sacrés de la scène lyrique, on se plait à souligner l’excellence de la soprano Mojca Erdmann (Zerlina) dont la fraîcheur vocale fait merveille.

Et le Don Giovanni ? Ildebrando d’Arcangelo (quel nom poétique !) n’a certes pas la carrure et le charisme des Samuel Ramey ou des Ruggero Raimondi qui l’ont précédé mais il offre un personnage à l’autorité joueuse intéressante. Vocalement à l’aise, il est toujours juste dans l’expressivité même s’il reste constamment retenu. Plus sympathique qu’enjôleur, plus poli que sarcastique, son Don Giovanni respire la noblesse de son rang plutôt que la toute puissance du séducteur.

Avec un tel plateau, des solistes d’une telle expérience, d’un tel talent, on ne regrettera que leur incapacité à suivre l’idée première du chef d’orchestre qui finalement a fait de cet enregistrement que l’édition d’un « autre » Don Giovanni à rajouter à la discographie. Somme toute, un rendez-vous discographique presque manqué !

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni. Ildebrando d’Arcangelo (Don Giovanni) ; Luca Pisaroni (Leporello) ; Joyce DiDonato (Donna Elvira) ; Diana Damrau (Donna Anna) ; Rolando Villazón (Don Ottavio) ; Mojca Erdmann (Zerlina) ; Konstantin Wolff (Masetto) ; Vitalij Kowaljow (le Commandeur). Vocalensemble Rastatt (chef de chœur : Holger Speck), Mahler Chamber Orchestra, direction : Yannick Nézet-Séguin. Enregistré en concert entre le 18 et le 24 juillet 2011 au Festspielhaus de Baden-Baden. 3 CDs DGG 477 9878. Code barre 0 28947 79878 1. Notice en français, anglais et allemand. Livret en italien, français, anglais et allemand. Durée : 2h 54’ 45’’

 
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