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Jean Sibelius donne l’impression d’avoir vécu plusieurs vies tant son parcours est riche de rencontres et de voyages. Aujourd’hui admiré dans le monde entier et considéré comme une icône dans son pays natal, la Finlande, Jean Sibelius fait naturellement l’objet d’un dossier sur ResMusica. Pour accéder au dossier complet : Jean Sibelius

 

En 2009, la publication d’un travail dû au musicologue américain Timothy L. Jackson de l’université du Texas du Nord réouvrit une polémique que l’on croyait épuisée et classée. Sur la base des dossiers qu’il avait analysés, essentiellement des documents allemands, il avançait que Sibelius avait pour le moins été complaisant avec l’Allemagne d’Hitler et pourquoi pas quasiment un nazi. Réouverture de la chasse aux sorcières, recherche d’un buzz médiatique ou véritable révélation ?

Il faut se souvenir des réalités historiques indiscutables concernant à la fois le parcours humain et artistique du Finlandais et la carrière politique terrifiante d’Adolf Hitler afin d’éviter en priorité tout amalgame et toute provocation.

Les deux personnages ont donc vécu à la même époque. Le musicien est âgé de  vingt-quatre ans lorsque naît le futur tyran en 1889 et lui survit une douzaine d’années après son suicide dans les ruines de Berlin assiégée par les forces soviétiques fin 1945.

Tout au long de son parcours de compositeur,   (1865-1957) souhaita ardemment rencontrer un franc succès en Allemagne. Il vouait à la culture germanique une admiration sincère, d’ailleurs il parlait et écrivait très correctement l’allemand, depuis l’époque de ses séjours de perfectionnement à Berlin et à Vienne, et sûrement bien avant, du temps de son séjour de quatre années à l’Institut de musique d’Helsinki (la future Académie Sibelius) dirigé par un fervent wagnérien, Martin Wegelius. Peu après, il fréquenta le chef d’orchestre lui aussi fasciné par la culture germanique. L’immense marche en avant de Sibelius propulsa sa musique si singulière dans toutes les directions, notamment vers les pays anglo-saxons, moins en France on le sait, bien qu’aujourd’hui il soit considéré partout comme un créateur exceptionnel et à vrai dire incontournable comme le prouvent les programmations de concerts, les diffusions radiophoniques et les enregistrements, tant en France que sur les autres continents musicaux.

Adolf  Hitler (1889-1945) dont on suppose connues les grandes dates de sa vie a toujours affiché un grand intérêt pour la musique. D’abord celle de mais plus encore celles des opérettes de Franz Lehar par exemple. L’étudiant désœuvré et anonyme tout comme le chancelier du Reich mondialement observé aimait se rendre à l’Opéra et se perdre dans les brumes des légendes nordiques et de la gloire de la Germanie. « Quand le bourreau s’ennuie, il devient dangereux », a écrit le poète suédois Thomas Tranströmer. Risque mortel exacerbé par la confusion entre le rêve et la réalité, entre le ressentiment et la mégalomanie, entre la peur de la mort et la recherche de la gloire éternelle.

Lorsqu’Hitler se hissa au pouvoir à Berlin le 30 janvier 1933, le compositeur Sibelius s’était déjà retiré dans la profonde solitude de sa propriété de Järvenpää et l’ensemble de son catalogue avait diffusé dans le monde entier depuis de nombreuses années. Il semble bien que les deux hommes ne se soient jamais physiquement rencontrés.

Mais alors pourquoi ce titre associant deux personnages n’offrant aucune analogie sérieuse ?

L’Allemagne éternelle avait donné au monde tant de penseurs, de littérateurs, de musiciens, de peintres, d’artistes, de savants, tous  exceptionnels, que l’héritage de ce patrimoine s’était répandu sur le monde entier et sans limite de temps. Le nazisme, après avoir éliminé sans nuances tout ce qui lui paraissait impur, conservait et souhaitait faire fructifier ce qui honorait au mieux la culture germanique. A l’occasion, si cela pouvait accroître sa renommée culturelle, il n’hésitait pas à se rapprocher, voire à s’approprier, les œuvres de non allemands pour peu qu’il put en tirer quelque avantage politique. C’est ainsi que la figure de Sibelius, sa personnalité, sa musique basée en partie sur les légendes populaires du Kalevala et du Kanteletar, son art orchestral d’immense stature, son impact immense sur le monde entier, son admiration pour les arts allemands, affichait des critères compatibles avec les diktats d’Hitler et de Joseph Goebbels, son ministre de la propagande.

Le ministère nazi  de la culture avec l’aval des plus hautes autorités considéra que l’œuvre de Sibelius méritait d’être acceptée dans son giron. Pour autant ce dernier ne manifesta jamais son adhésion ni sa sympathie au nazisme. A la culture allemande, oui, assurément. A l’image d’une certaine autorité et à l’attachement à la société européenne représentative de ses croyances, très probablement.

Erik Levi indique que pour la période 1919-1933, donc avant l’arrivée au pourvoir de Hitler, qu’en ce qui concerne la musique orchestrale, les compositeurs  allemands les plus souvent joués étaient , Gustav Mahler, Max Reger, Max von Schillings et Siegfried Wagner. Les créateurs étrangers retenus se nommaient Stravinski et Busoni. Avant cette date de 1919 on fêtait principalement Johannes Brahms et Anton Bruckner.

A partir de janvier 1933 on jouait abondamment Strauss, Hans Pfitzner, Reger, Paul Graener, Georg Schumann, Emil Nikolaus von Reznicek, Max Trapp et Schillings. Pour les non allemands, Sibelius venait en tête, deux fois plus joué qu’Ottorino  Respighi, Claude Debussy, Maurice Ravel et Stravinski. La palme revenait encore et sans conteste aux œuvres de Brahms et de Bruckner.

Indépendamment de sa volonté Sibelius était devenu le musicien étranger le plus souvent inscrit aux programmes symphoniques des orchestres allemands, tant à Berlin que dans les différentes provinces du Reich (à quelques exceptions près). Durant la saison 1943-1944, l’Allemagne à l’agonie, en recul sur tous les fronts, bombardée chaque jour, proposa au moins 23 concerts reposant en partie sur la musique du Finlandais pratiquement octogénaire. Sans entrer dans les détails il paraît raisonnable de mettre ce choix en partie sur le compte des relations « complexes » entre  la Finlande et le Reich. Les compositeurs issus de pays en guerre bien évidement  disparurent pratiquement des programmes.

Plusieurs artistes reçurent le Prix Goethe dont Jean Sibelius en 1935 (Médaille pour la Science et les Arts).  Hitler  justifiait cette grande distinction en « reconnaissance de l’amour de la patrie qui caractérise ses compositions symboliques. » Le New York Times titra alors le 9 décembre : « Hitler récompense Sibelius avec la Médaille pour compositeur ».

Mais avant cela, le 1er juin 1935, la ville de Hambourg lui attribua la Médaille Brahms habituellement offerte à des personnalités s’étant illustrées en faveur de la grande cité du Nord et en particulier à des personnalités allemandes. Sibelius ne correspondait nullement à ce profil mais le ministère de Goebbels était intervenu.  Furtwängler avait proposé le Suédois (1887-1974), le Français (1869-1937), l’Italien  Lualdi (1885-1971) et enfin Jean Sibelius. On ajouta en dernier ressort le Britannique Herbert Bedford (1867-1945). Tous faisaient partie depuis plus ou moins de temps du Conseil permanent pour la coopération internationale des compositeurs destiné à faire contrepoids à la Société internationale de musique contemporaine (S.I.M.C.) On montrait ainsi la grande ouverture d’esprit de l’Allemagne contemporaine face aux autres nations occidentales. Sibelius n’avait en rien participé au fonctionnement de ce festival et l’on se contenta de faire entendre sa Suite Karelia. Quatre musiciens allemands reçurent aussi la médaille Brahms : Hans Pfitzner, Siegmund von Hausegger, Emil Nikolaus von Reznicek ainsi que le musicologue Robert Hass (un spécialiste de la musique d’Anton Bruckner). Un autre  Finlandais sympathisant du régime nazi, Yrjö Kilpinen (1892-1959), en  était le délégué permanent très actif, tandis que Sibelius avait été désigné à  la vice-présidence. Il fut le seul des récipiendaires à ne pas se rendre à Hambourg. Et il reçut sa médaille des mains de l’ambassadeur d’Allemagne en Finlande.

En  juin de la même année Sibelius fut invité au Festival de musique nordique de Lübeck organisé par la Nordische Gesellschaft. La présence de Sibelius, « le plus important compositeur du Nord », fut réclamée non sans insistance, mais en dépit de la médiation de son élève le compositeur  Leevi Madetoja, il ne fit pas le déplacement. Cette absence n’empêcha par Furtwängler de diriger sa Symphonie n°7  ainsi que les Variations sur un thème de Haydn de Brahms et la Symphonie n°  5 de Beethoven. Adolf Paul était venu assister à ce concert. « Enthousiasme indescriptible »,  écrivit-il à son ami Sibelius le 27 juin.

En vérité, passé les formules de politesse minimalistes, Sibelius ne manifesta jamais d’attirance pour ces manifestations et ces sociétés à soubassement politique manifeste. A l’opposé, les autorités nazies ne se lassaient pas de le flatter et d’essayer de l’attirer, en vain, dans leur sphère d’influence. En dépit de la froideur du Finlandais ils lui firent parvenir pour son 70e anniversaire son diplôme et firent jouer sa musique en divers endroits du Reich et notamment à Wiesbaden (avril-mai 1935) où l’on donna la Symphonie n° 7 et La Fille de Pohjola. Plusieurs partitions furent dirigées par un fervent musicien nazi nommé  Helmuth Thierfelder (1897-1966), chef principal à Wiesbaden entre 1934 et 1936. Ce même chef avait conduit à Leipzig dès 1922 le Cygne de Tuonela, le Concerto pour violon, des mélodies, la Symphonie n° 5. Plus tard, en 1931 et en 1936, il se rendit à Helsinki pour y diriger des musiques de son héraut et se vanter de son amitié. A l’occasion du 70e anniversaire du vieux maître solitaire il lui rendit un hommage dans l’Allegemeine Musikzeitung du 6 décembre 1935 avançant : « La jeune Allemagne vous félicite, et du fond du cœur ! Elle promet de réparer tout ce que dans le passé, cher septuagénaire, on a négligé en ce qui vous concerne… »

Toujours en 1935 Jean Sibelius reçut donc une des plus prestigieuses distinctions allemandes : le Médaille-Goethe pour les arts et les sciences. Prix créé depuis peu puisque c’est le président  Hindenburg qui l’inaugura en 1932 pour le centenaire de la mort de l’écrivain Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832). On l’attribua à la première année. Le 26 novembre 1935 Adolf Hitler apposa sa signature au texte suivant : « En reconnaissance de la haute signification de vos œuvres, toutes empreintes de l’amour que vous portez à votre patrie, je vous décerne la médaille Goethe pour les Sciences et les Arts créée par le président du Reich von Hindenburg. » Manifestement on ne savait pas en Allemagne que Sibelius était franc-maçon depuis plus d’une douzaine d’années. La médaille lui fut remise par l’ambassadeur d’Allemagne en Finlande, Wipert  von Blücher le 7 décembre, la veille de son 70e anniversaire. Il adressa  également une lettre personnelle au créateur finlandais. Sibelius se déclara fort honoré sans se risquer à quelque commentaire de nature politique.

Parmi les autres récipiendaires nous citerons : Reznicek (1934), Woyrsch (1936), Seiffer (1938), Sandberger et Stein (1940), Zilcher et Tietjen (1941). Par ces distinctions Hitler souhaitait en quelque sorte exalter la race nordique au sens  large du terme. Dans sa livraison du 7 décembre 1935, le Times de Londres écrivait : « Sibelius, comme n’importe qui d’autre, pourrait beaucoup apprendre de la grande tradition germanique, mais il est de son devoir d’en briser la domination. »

Comme l’intérêt nazi pour le Nord et sa mythologie intéressait davantage les autorités et certaines  éditions musicales, on fut amené à fêter et donner également bon accueil  à des artistes tels que le Suédois et le Finlandais Yrjö Kilpinen.

L’année suivante, 1936, encore courtisé par Hitler, Sibelius fut fait docteur honoris causa de l’université de Heidelberg, notoirement nazie, en même temps qu’une quarantaine d’autres personnalités. L’université fêtait son 550e anniversaire en présence de Goebbels. En l’occasion, comme l’année précédente, Sibelius fut considéré sans vérification comme d’ascendance aryenne et reconnu comme « la plus importante personnalité musicale des pays et des peuples du Nord… Il travaille dans le respect de la grandeur sans égal de la musique allemande, et s’en inspire tout en cherchant sa voie propre… Jan  (sic) Sibelius est un véritable ami de l’Allemagne. Il est en communication étroite avec l’Allemagne national-socialiste, comme pratiquement personne d’autres dans les grands pays amis » avança, non sans exagération appuyée, le vice-recteur de l’université. In fine, dans le texte officiel de la faculté on put lire plus nuancés, les propos suivants : « Le créateur et le chef de la musique finlandaise, qui chante en des musiques immortelles les mythes de son peuple. »

Logique avec son positionnement, une lettre du compositeur datée du 30 juin 1936 apprit qu’il ne viendrait pas sous des termes disons diplomatiques : « Pour moi, un voyage à l’étranger est maintenant tout à fait impossible ».

Une fois encore Sibelius conserva sa réserve polie et sa neutralité, une fois encore les nazis tentèrent de le fêter sans excessivement faire de lui un réel sympathisant qu’il n’était pas.

Les Journées musicales de Braunschweig 1936 organisées par la Jeunesse hitlérienne le convièrent comme invité d’honneur avec l’accord d’Alfred Rosenberg soulignant combien « son étoile s’était remise à briller en Allemagne ». Nouveau refus du musicien. Courrier non agressif : « Merci de tout cœur pour votre aimable lettre, avec l’invitation pour moi si flatteuse de la Hitler-Jugend. Etant malheureusement dans l’incapacité d’y donner suite maintenant, il ne me reste qu’à souhaiter par la présente aux Journées musicales de Braunschweig un brillant déroulement. » Refus non négociable, fermeté décidée, absence de justification détaillée, neutralité prudente, politesse minimale… loin toutefois de fâcher officiellement les autorités qui soulevèrent et insistèrent sur l’expression : « si flatteuse pour moi », reprise par exemple dans la revue Musik und Volk. Néanmoins aucune œuvre de Sibelius ne fut programmée pas davantage que lors de quatre autres Journées musicales (entre 1935 et 1939). Sibelius fut constant dans son refus de recevoir chez lui officiels et musiciens de passage à Helsinki.

Les officiels allemands appréciaient plus particulièrement le poème symphonique Finlandia avec son évident appel nationaliste. De même, ils s’approprièrent en 1934 en la republiant, l’œuvre chorale Gesang der Athener (Le Chant des Athéniens) sous un nouveau titre : Hymne des Wehrwillens. Sibelius avait composé au début du siècle cette partition somme toute secondaire mais très connue et aimée des mouvements nationalistes finlandais manifestant par ce biais leur opposition aux agressions russes menaçant l’indépendance du Duché de Finlande. La pièce fut jouée lors d’un des premiers festivals de l’Union des chanteurs allemands.

L’immense chef  d’orchestre maîtrisait un répertoire considérable  et bénéficiait d’une renommée universelle. Dès la saison 1922-1923 lors des premiers Concerts philharmoniques il mit à son programme des œuvres comme  Kätchen von Heilbronn (Hans Pfitzner), Concerto pour violon (Glazounov), Till l’espiègle (), Symphonie n° 2 (Max Trapp), Cinq Pièces pour orchestre op. 16 (Schönberg) et le poème symphonique  En Saga de Jean Sibelius.

Furwängler dirigea à Lubeck, le 26 juin 1935, son Orchestre philharmonique de Berlin avec un programme associant : les Variations sur un thème de Haydn de Johannes Brahms, la Symphonie n° 7 de Jean Sibelius et la Symphonie n° 5 de Beethoven. Les 25 et 26 novembre suivants,  à Berlin cette  fois, et à la tête de la même phalange, il programma : la Symphonie n° 7 de Sibelius, le Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski (avec en soliste Hugo Kolberg) et enfin la Symphonie n° 1 de Brahms.

Lors d’une tournée avec ses Berliner Philharmoniker,  il se rendit à Hanovre le 26 novembre 1936 avec un programme identique au précédent. Quatre jours plus tard, le 30 novembre au Queen’s Hall de Londres il proposa le Concerto grosso n° 5 de Haendel, la Symphonie n° 7 de Sibelius, l’Ouverture d’Eurianthe de Weber et la Symphonie n° 1 de Brahms. Le 13 décembre 1936, à Hambourg cette fois, on put entendre : le Concerto grosso n° 5 de Haendel, la Symphonie n° 7 de Sibelius et la Symphonie n° 4 de Tchaïkovski.

Les 5, 6, 7 et 8 janvier 1939, à Berlin, toujours avec son orchestre, il offrit à son public la Symphonie n° 2 de Sibelius, le Concerto pour violon de Dvorak et la Symphonie n° 1 de Beethoven.

Le 30 janvier 1941 Furtwängler gagna Copenhague et dirigea l’Orchestre royal de la ville avec un programme associant : En Saga de Sibelius, l’Ouverture Leonore II de Beethoven, la Symphonie n° 4 de Schumann et l’Ouverture de Tannhäuser de Wagner.

A Vienne cette fois, et avec l’Orchestre philharmonique de la capitale autrichienne, il proposa les 14 et 15 novembre 1942 En Saga de Sibelius, le Concerto pour piano n° 4 de Beethoven (avec Wilhelm Kampf en soliste) et la Symphonie n° 9 de Dvorak.

Le 2 décembre de la même année à la tête de l’Orchestre de Göteborg (Suède) il conduisit le Prélude des Maîtres chanteurs de Nuremberg (Wagner), En Saga (Sibelius) et la Symphonie n° 3 « Eroïca » (Beethoven).

Le grand et l’Orchestre symphonique de Berlin se manifestèrent lors du 75e anniversaire de Richard Strauss en 1939 mais aussi lors des 75 ans de Sibelius en 1941. En fait le concert pour Sibelius eut lieu le 19 mars 1941.

Les 7, 8, 9 et 10 février 1943 à Berlin (Berliner Filarmoniker) il donne des œuvres de Sibelius (En Saga et Concerto pour violon et orchestre avec la participation de Georg Kulenkampf) et Brahms (Symphonie n° 2).

Enfin, mais sans prétendre être complet, ce concert du 21 août 1943 à Zürich avec l’orchestre du Tonhalle : Mozart : Sérénade n° 13, Sibelius : En Saga et Dvorak : Symphonie n° 9.

Cette Allemagne aimait indéniablement les œuvres de Beethoven, Wagner, Bruckner, Strauss, sans toutefois dédaigner les liens politiques susceptibles de montrer au monde son ouverture d’esprit et d’y engager sa notoriété. C’est dans cette optique que l’on retrouve la présence de quelques compositeurs étrangers certes mais porteurs de valeurs ou d’esthétiques possiblement acceptables par l’idéologie nazie.

Il convient de préciser sans circonvolution que la Finlande n’a jamais souscri à l’antisémitisme du IIIe Reich. Elle accueillit d’ailleurs sur son territoire de nombreux réfugiés juifs et même en engagea comme militaires dans son armée.

Pour les rares observateurs ayant avancé que Sibelius affichait des sympathies nazies, il est un argument qui probablement l’aura desservi. On pense ici au comportement et aux choix politiques de son ami Adolf Paul (1883-1943). Il s’était lié à cet élève de piano de Busoni à Helsinki à l’époque du conservatoire qui allait bientôt abandonner la musique et choisir une carrière littéraire. Il est l’auteur du texte le Roi Christian II une pièce créée au Théâtre suédois d’Helsinki le 24 février 1898 que Sibelius mit en musique et dont il tira une splendide suite orchestrale. Pour en finir avec cet écrivain né d’un père allemand et d’une mère suédoise, il nous suffira de préciser qu’il connut et écrivit sur August Strinberg avant de vivre le plus souvent à Berlin à partir de 1889 et ultérieurement de devenir un admirateur d’Hitler (et de Sibelius, dont le personnage inspira certains de ses romans, notamment un texte largement autobiographique intitulé Un livre sur un homme). Il signa un article dans le New York Times du 29 décembre 1935 titré « D’un ami de Sibelius » dans lequel il continue à manifester son admiration sincère pour le compositeur septuagénaire.

Paul publia dans le quotidien allemand nazi Völkischer Beobachter trois articles de souvenirs intitulés « Mon ami Sibelius » (janvier 1938), époque à laquelle (27 septembre) fut donnée pour la première fois en Allemagne (Berlin)  la Symphonie n° 6 de Sibelius sous la direction d’Herbert von Karajan à la tête de la Staatskapelle. Après le concert Paul écrivit à Sibelius : « … Souviens-toi du nom ‘Herbert von Karajan’. Malgré ses trente ans, c’est le chef le plus phénoménal que nous ayons ici. »

Karajan dirigera ensuite En Saga les 8 et 9 mars 1939 à Aix-la-Chapelle et les symphonies n° 1 et 4 (successivement, les 8 et 9 février 1939 et les 18 et 19 avril 1943).

Une autre relation fut susceptible de jeter un doute, à posteriori, lorsque Sibelius  fréquenta le célèbre écrivain norvégien Knut Hamsun (1859-1952) qui plus tard ne cachera pas son attirance pour Hitler et le national-socialisme. Ces liens entre le musicien et le littérateur se constituèrent  très antérieurement, soit en 1898-1899, lors du séjour prolongé du dernier à Helsinki.

Au cours de sa longue existence Sibelius se rendit plusieurs fois en terre germanique. On se souvient de ses passages en tant qu’étudiant en perfectionnement à Berlin en 1889-1890 et à Vienne en 1890-1891. Il alla à Bayreuth en 1894 découvrir des œuvres de (notamment Tristan et Isolde et Parsifal). Il retourna à Berlin en 1898  pour signer un contrat avec un grand éditeur allemand. On le retrouva au festival d’Heidelberg en 1901, à Berlin en 1899, à Berlin de nouveau  en 1905,1914, 1921, en 1928 et 1931… Mais il refusa de s’y présenter tout au long de la période nazie.

Relativement moins jouée en Allemagne sous la République de Weimar (années 1920) qu’avant le Premier Conflit mondial, la musique de Sibelius paraissait à beaucoup datée et dépourvue de logique dans un Berlin fier de son regard moderniste marqué envers les arts et la littérature (Nouvelle objectivité, nouveau théâtre, jazz…) et pour d’autres par un respect inamovible envers la grande tradition germanique. C’est plutôt dans les milieux conservateurs que se trouvaient les admirateurs de l’art sibélien en demande d’un puissant représentant de l’« âme nordique ». Dans ce cadre on exécuta de la musique de Sibelius à Lubeck (1921), Heidelberg (1924) et Kiel (1929). La recherche d’une grande figure nordique s’était un temps portée sur la personnalité et la musique de Grieg mais à partir de 1933 la stature de Sibelius fut retenue par certains milieux nationalistes. Au minimum, on appréciait Sibelius comme personnalité nationale très représentative de la communion entre un créateur et son peuple (proximité avec la nature, accueil des accents populaires, héroïsme, romantisme, amour de la langue, Kalevala…) La renommée de Jean Sibelius était  plus redevable de l’analyse et du commentaire musical que des élucubrations politico-racistes du milieu culturel national-socialiste. Il n’empêche que le régime nazi accorda à l’œuvre de Sibelius un intérêt majoré par rapport à la période politique précédente. D’abord dans le cadre de la pensée nordique et plus tard dans celui d’un élargissement des valeurs européennes… tandis que l’influence de l’Allemagne déclinait terriblement. Période où  la Finlande se rapprochait dangereusement, au plan politique, de son encombrant allié. C’est ainsi que les grands orchestres allemands jouèrent Sibelius plus que tout autre compositeur étranger (Respighi, Debussy, Ravel, Kodaly, Stravinsky, Busoni). On fêtait surtout Richard Strauss, Anton Bruckner, Hans Pfitzner et Max Reger.

Les partitions de Sibelius les plus jouées (comme le confirme la liste proposée ci-dessous pour l’Orchestre philharmonique de Berlin sous la baguette de Furtwängler) furent : Finlandia,  En Saga, Concerto pour violon et orchestre, Symphonie n° 1, Symphonie n° 2. Le Cygne de Tuonela était plus souvent donné qu’En Saga avant janvier 1933.

Sibelius séjourna à Berlin en 1928 et 1931, avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler,  sans se mêler de commenter la vie  politique d’Hitler, ni celle des autorités de Weimer,  sans jamais envisager non plus d’amoindrir ou d’annihiler son admiration envers la culture et la musique allemandes. Après 1933, il est bien évident qu’il eut rapidement vent de la situation plus que délicate des minorités, juives notamment dans la nouvelle Allemagne.

La haine impitoyable dont pouvait faire montre Adolf Hitler épargna la Finlande. En 1942, il donna l’ordre à ses sbires de traiter les finlandais avec « des gants de velours » (ordre 35 du 23 juillet). Il n’oubliait pas que Sibelius était considéré aussi bien en Finlande qu’en Allemagne comme un authentique symbole vivant de l’âme finnoise et plus largement du concept d’indépendance nationale et individuelle.

A l’été 1940, Hitler réclama le droit de faire  passer ses troupes à travers le pays et un an plus tard, le 22 juin 1941, une  nouvelle proclamation du Führer affirma que son armée stationnait avec les camarades finlandais (« Héros de la liberté »)  sur les côtes arctiques prêtes à fondre sur l’URSS pour défendre la Finlande. C’est alors que le New York Times, et d’autres journaux, publia un article intitulé : « Appel de Sibelius aux USA pour une compréhension du cas finlandais ». Les officiels et les milieux juifs n’apprécièrent guère cette intervention. Un auteur nommé Harold E. Johnson rapporta une visite du musicien aux troupes allemandes et les propos suivants : « Je souhaite de tout mon cœur que vous obtiendrez une rapide victoire ».

Certains, comme ce lecteur du New York Times du 20 octobre 1942, allèrent à ce moment jusqu’à proposer de bannir Finlandia, en tant qu’hymne national d’un pays luttant pratiquement contre les Etats-Unis.

Adolf Paul qui ne cachait pas ses sentiments d’extrême droite voulait-il entraîner dangereusement son ami lorsqu’il lui écrivit le 11 octobre 1935 : « De toute façon, Berlin a toujours été ton grand amour. Et l’Allemagne maintenant ! » Une chose est certaine : Sibelius n’adhérait pas à cet enthousiasme. Jamais il ne le fera même si l’on a bien remarqué qu’il se dispensa de toute critique frontale envers le nazisme. Sa position de plus célèbre finlandais l’obligeait sans doute, compte-tenu des réalités politico-militaires, à faire montre de prudence. Ainsi refusa-t-il de se rendre en Allemagne malgré plusieurs invitations officielles ou non, tout comme il ne correspondit pas avec les pontes du régime et fit montre d’une prudence polie voire glaciale lors des remerciements qu’imposaient plusieurs marques de reconnaissance artistique.

Le 75e anniversaire du créateur finlandais aurait pu fournir le motif de manifestations commémoratives mais en décembre 1940 le Pacte germano-soviétique en vigueur imposa le silence. Des contacts avec des acteurs non ou moins politiques eurent lieu sur un plan sensiblement plus artistique venant du chef de l’Orchestre Städtische de Berlin évoquant les souvenirs du temps ancien. Plus tôt dans l’année, en janvier, Furtwängler et l’Orchestre philharmonique de Berlin avaient exécuté sa Symphonie n° 2 à quatre reprises à guichets fermés.   Le chef allemand inscrivit dans ses carnets : « Sibelius est avec Tchaïkovski le seul non allemand à travailler en termes vraiment symphoniques. »

En février 1941, Adolf Paul malade à Berlin adressa un courrier à son vieil ami Sibelius dans lequel il voyant en Hitler le « soldat inconnu », le héros qui avait fait de son pays « une nation unie, forte et puissante » et lui signalait avoir été récemment distingué par Hitler lui-même. Il devait décéder en octobre 1943.

Au printemps 1942, en pleine guerre entre l’URSS et la Finlande, et non sans arrière-pensée politique, fut fondée la Société Sibelius (Sibelius-Gesellschaft) néanmoins dirigée par d’authentiques admirateurs allemands de l’art musical de Sibelius (sur fond d’opposition chronique  entre Alfred Rosenberg et Josef Goebbels). Là encore, absence  et silence de Sibelius (même si sa fille Katarina Ilves était présente au concert d’inauguration dirigé par Furtwängler le 9 avril 1942). Fritz Zaun (1893-1966) dirigea la Suite de Karelia, la Symphonie n° 1 et Finlandia. Sibelius envoya quand même un message, passé en direct sur les ondes, sans s’impliquer politiquement. « La grande sympathie pour ma patrie et l’intérêt pour ma musique, dont en ces temps de communauté de destin témoigne également la fondation de la « Deutsche Sibelius-Gesellschaft », me rendent fier et heureux. Des forêts finlandaises je salue l’Allemagne, le pays rayonnant de la musique. » La société, manifestement un outil de propagande nazie, arrêta ses activités en 1944 tandis qu’une seconde Sibelius-Gesellschaft allemande sera inaugurée en mars 1957 à Wiesbaden plus de douze ans après le suicide d’Hitler. Comme quoi l’attrait du monde germanique pour Sibelius dépassait largement les pragmatiques intentions du national-socialisme. Sibelius refusa d’en devenir le président tout en soulignant combien il en appréciait l’existence.

Aux Journées musicales finlandaises à Hanovre en mai 1942, à Wiesbaden plus tard la même année, à Marburg en août 1944, en 1943 encore…  on joua La Reine libérée, le Chant des Athéniens, la Suite de Lemminkäinen (en première allemande), la Symphonie n° 5, Rakastava, Luonnotar, Höstkväll.

La Radio allemande diffusa en décembre 1942-juin 1943 plusieurs concerts où l’on retrouvait des œuvres de Sibelius. Les chefs étaient Toivo Haapanen, Eugen Jochum, Wilhelm Furtwängler et les œuvres étaient les suivantes : En Saga, Concerto pour violon (avec Georg Kulenkampff), la Symphonie n° 7. Furtwängler dirigea à quatre reprises du 7 au 10 février 1943 son programme devant 2000 auditeurs.

Poliment sourd et distant vis-à-vis des multiples tentatives allemandes visant à gagner son concours et sa sympathie  – politique bien plus qu’artistique –  Jean Sibelius sût conserver un grand et noble sang-froid et une sage prudence indispensables pour ne pas provoquer la fureur d’Adolf Hitler qui n’aurait sûrement pas hésiter à se débarrasser de quiconque l’aurait heurté de front. L’intégrité intellectuelle et morale habitait ce personnage hors du commun qui à bien des égards mérite présentement encore  de demeurer un modèle et un exemple comme compositeur et comme individu.

Sibelius condamna franchement le national-socialisme et surtout ses doctrines racistes dans son journal intime, notamment en septembre 1943.

On pourrait donc croire le sujet épuisé et classé. Pour autant, il n’en est rien avec la publication d’un travail dû au musicologue américain Timothy L. Jackson de l’université du Texas du Nord : Sibelius dans l’ancien monde et le nouveau monde : aspects de sa musique, son interprétation et sa réception.  D’après les dossiers qu’il a analysés (2009), essentiellement des documents allemands, il avance que Sibelius fut pour le moins complaisant avec l’Allemagne d’Hitler et pourquoi pas quasiment un nazi ? Qu’avait-il découvert ?

Ses revenus en provenance d’Allemagne ? Les revenus financiers de Sibelius de tous temps étaient liés à ses contrats avec des maisons d’éditions allemandes et, guerre ou pas, il lui fallait bien vivre et de toute manière toucher l’argent qui lui revenait de droit. Les arrangements contractuels qui le liaient à Breitkopf & Härtel par exemple n’avaient rien à voir avec les régimes politiques, République de Weimar ou Etat national-socialiste.

On lui a bassement reproché de n’avoir pas prêté attention aux appels à l’aide d’un musicien désargenté au début des années 1930, un juif, se plait à insister l’auteur du réquisitoire. L’homme réclamait sa protection et surtout son intercession auprès de Goebbels pour qu’il puisse conserver son poste de professeur en Allemagne. Or, Sibelius, personnalité la plus connue de toute la Finlande, voire de tous les états nordiques, recevait chaque année des centaines de demandes de toute nature : soutien artistique, aide financière, recommandations… Son caractère, son âge avancé, ses déficiences physiques patentes, sa solitude réclamée, son retrait de la vie musicale quotidienne n’avaient rien de compatibles avec les mondanités et les multiples contacts parasites. De fait,  il garda le silence. Le fait que cette personne fut juive ne fait absolument pas de Sibelius un antisémite ni un raciste. Tout le monde le sait bien. Certes les honneurs venus de l’Allemagne d’Hitler pouvaient déranger les occidentaux, surtout ceux qui n’avaient ou n’ont encore aucune idée précise de l’histoire contemporaine de la Finlande. C’est manifeste. Ces « découvertes » réalisées dans les dossiers ensevelis sous la poussière ne collent pas avec la réalité historique et combien même, mais on le savait déjà depuis fort longtemps, les désirs de rapprochement des nazis ne convertirent jamais Jean Sibelius à l’idéologie nationale-socialiste. Certes, les diverses flatteries de la propagande allemande jetèrent une ombre négative durable sur l’image du compositeur dans l’immédiat après-guerre.

Le reproche de versement financier allemand  à partir de 1941 et l’interview accordé chez lui au milieu de l’année 1942 à un allemand aux activités douteuses, Anton Kloss (un reporter de guerre SS ? coupable d’exactions ?) dénotent un attrait évident mais non coupable pour l’argent et la méconnaissance des méandres de la vie politique allemande complexe de l’époque.

Pour faire vendre, il faut titrer en violence, en outrance, en approximation,  en bêtise. La chasse aux sorcières attire encore aux Etats-Unis. C’est ce qu’a fait le professeur  Jackson  en quête de « buzz ».

Heureusement, des musicologues finlandais de la classe et de la probité de Veijo Murtomaki et Vera Sirén redressèrent les grossières assertions  de Jackson et conclurent que Sibelius ne fut jamais un soutien du régime nazi. Dont acte !

Reste donc intacte, ou presque,  l’image d’un génial créateur et d’un patriote et humaniste finlandais de tout premier plan que des recherches mal intentionnées effectuées dans des archives exclusivement nazies ne parviennent nullement à faire disparaitre. Heureusement !

 

Pour en savoir davantage

Misha ASTER. Sous la baguette du Reich. Le Philharmonique de Berlin et le national-socialisme. Editions Héloïse d’Ormesson. 2007.

Michel CABOURET. La Finlande. Karthala. 2005.

Andrew BARNETT. Sibelius. Yale University Press. 2007.

Jean-Luc CARON. Jean Sibelius. L’Age d’Homme. 1997.

Glenda Dawn GOSS. Jean Sibelius and Olin Downes. Music, Friendship, Criticism.  Northeastern University Press. 1995.

Glenda Dawn GOSS. The Sibelius Companion. Greenwood Press. 1996.

Daniel M. GRIMLEY. Sibelius. Cambridge University Press. 2004.

Greg JOHNSON. Sibelius & the Nazis : Anatomy of a Smear.  The Occidental Quartely. 11 décembre 2009.

André LAMA. Hitler et la musique. Pardès. 2007.

Erik LEVI. Music in the Third Reich. MacMillan Press Ltd. 1994.

Peter MONAGHAN. A Composer’s Ties to Nazi Germany Come Under New Scrutiny.  The Chronicle Review of Higher Education. 2012.

Vesa SIRĖN. Plusieurs articles parus dans Helsingin Sanomat. 2000-2001.

Citons : American professor apparently alone in theories of Jean Sieblius’s Nazi connections ; Theodor Adorno vs Jean Sibelius-seconds out for the final round ? ; The Nazis and a certain Violin Concerto…

Françoise THIBAUT. La Finlande, politique intérieure et neutralité active. L.G.D.J. 1990.

Marc VIGNAL. Jean Sibelius. Fayard. 2004.

Le IIIe Reich et la musique. Collectif. Musée de la musique/Fayard. 2004.

Plus de détails

Jean Sibelius donne l’impression d’avoir vécu plusieurs vies tant son parcours est riche de rencontres et de voyages. Aujourd’hui admiré dans le monde entier et considéré comme une icône dans son pays natal, la Finlande, Jean Sibelius fait naturellement l’objet d’un dossier sur ResMusica. Pour accéder au dossier complet : Jean Sibelius

 
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