Biographie de Cosima Wagner : volonté et destin

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Oliver Hilmes : Cosima Wagner, la maîtresse de la colline. Traduction de l’allemand par Olivier Mannoni. Perrin. ISBN : 978-2-262-03508-2. Dépôt légal : octobre 2012. 378 pages.

 

Lorsque Cosima sortit de l’état de prostration qui l’avait saisie à la mort de , en 1883, et entreprit de faire du Festival de Bayreuth l’institution florissante qu’il est encore aujourd’hui, elle assura un rôle que personne, pas même Wagner, n’avait prévu pour elle. George Bernard Shaw ne lui accordait, en 1889, « aucune fonction à remplir, hormis celle, illégitime, de commémoratrice en chef ». Pour faire aboutir la mission qu’elle s’était fixée, Cosima fit montre d’une vive intelligence politique et d’une volonté de fer, une force de caractère qui lui permit de résister aux personnalités écrasantes de Liszt, son père, et de Wagner, et qui contraste avec les esprits veules de ses proches (son fils Siegfried, ou von Bülow, son premier époux). Le plus frappant reste que ces qualités furent, dans un geste d’anéantissement de la volonté on ne peut plus « wagnéro-chrétien », totalement dévouées à un homme, puis à son œuvre.

Oliver Hilmes affirme produire ici la première biographie appuyée sur les riches fonds d’archives de la Fondation , en particulier une abondante correspondance. D’après l’auteur, les précédents biographes n’avaient pas exploité ces sources, ce qui disqualifie leur travail. Des lettres inédites ont pourtant déjà été publiées, notamment par Geoffrey Skelton, éditeur en anglais du Journal de Cosima. Oliver Hilmes a également exploité des sources annexes, comme les archives du procès Beidler (qui opposa Cosima à l’une de ses filles du premier lit, déshéritée au profit de Siegfried) ou des dossiers médicaux. Il a toutefois tendance à présenter les événements d’un seul point de vue : la mort de Liszt à Bayreuth est ainsi relatée uniquement d’après un pamphlet d’une élève du compositeur, ennemie jurée de Cosima, laquelle est accusée d’avoir laissé mourir sans soins son père pour ne pas troubler les mondanités du Festival. Le jugement moral que l’auteur se croit autorisé à porter sur le personnage, ici et en d’autres occasions, semble vain et hors de propos.

C’est d’ailleurs le principal reproche que l’on peut faire à cet ouvrage : les prétentions scientifiques de l’avant-propos, qui pourraient être celle d’un ouvrage universitaire, s’accommodent mal des libertés d’une biographie journalistique. On s’agace ainsi de l’étalage de faits « à sensation », qui n’ont pas vraiment d’intérêt pour le sujet, comme la goujaterie de Wagner avec ses bienfaiteurs, ou la sexualité de Guillaume II. On regrette également l’absence de photographies, de notules biographiques pour des personnages peu connus (Maximilian Harden, le Comte Kessler), voire parfaitement obscurs (Rosalie Brauny Artaria), et on note des inexactitudes qui semblent plutôt du fait de la traduction (des erreurs sur les noms de personnes, des passages « choraux », la « résidence munichoise » de Louis II au lieu du Palais de la Résidence). Néanmoins, il s’agit d’une lecture captivante, l’histoire d’un destin exceptionnel, qui se confond, pour le meilleur et pour le pire, avec l’histoire de l’Allemagne.

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