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Mariss Jansons s’approprie la Turangalîla-Symphonie

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 12-I-2013. Olivier Messiaen (1908-1992) : Turangalîla-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre. Jean-Yves Thibaudet, piano. Cynthia Millar, ondes Martenot. Symphonieorchester Des Bayerischen Rundfunk, direction : Mariss Jansons.

S’il est un concert original par son contenu et ses interprètes c’était bien celui-ci au programme duquel figurait la grande, sinon démesurée, symphonie d’, servie par un orchestre bavarois rompu aux sonorités wagnériennes plus qu’au style typique du compositeur français, dirigé par un chef de grande classe dont la vision de l’œuvre de Messiaen ne pouvait qu’aiguiser la curiosité du mélomane.

Dès l’Introduction nous eûmes une idée du style qu’allaient donner le chef et son orchestre à cette œuvre mi symphonie mi double concerto où le piano et les Ondes Martenot y jouent un rôle quasi soliste, ils en occupaient d’ailleurs la position sur scène. La densité et la tension mise par le chef dans les phrasés comme la profondeur de la sonorité de l’orchestre reposant sur un fabuleux tapis de cuivres, nous indiquaient que les Bavarois n’allait pas chanter contre nature et que le jeu tension – climax – détente allaient remettre Messiaen dans la droite ligne des grands classiques. L’absence du subtil swing qui traverse les passages les plus exubérants, qu’on imagine sans peine plus accentué lors de la création sous la direction de Leonard Bernstein à Boston, renforçait encore le caractère classique et intemporelle de l’interprétation de . Mais le chef réussit par ailleurs la pas si facile gageure de donner une forte cohérence aux dix parties de cette symphonies, qui sous d’autres baguettes peuvent paraître disparates, sans y introduire de la monotonie. Le compositeur ayant le plus souvent demandé un tempo modéré voire même bien modéré, voyait ses indications respectées à la lettre par le chef qui jamais n’essaya de presser le pas pour éviter la fameuse monotonie. Le contraste avec les mouvements vifs était parfait et l’animation interne de chaque mouvement, toujours musicalement conduite, était particulièrement soignée.

Tout cela nous donna une interprétation assez impressionnante, rigoureuse voire rigoriste, tenue d’une poigne de fer, d’un très haut niveau instrumental, où seuls peut-être les bois, points forts classiques des orchestres français, manquaient d’un rien d’idiome (le basson y était un fagott) mais pas de virtuosité ni d’engagement, et les cordes, et encore plus les cuivres, s’y montrèrent fabuleux au point de nous faire un instant regretter que Messiaen n’ait pas introduit le tuba wagnérien dans sa riche orchestration, ce qui aurait encore mieux mis en valeur les instrumentistes bavarois. Cette version d’une solidité toute germanique avait sans doute l’avantage d’être plus facile d’accès pour ceux, sans doute nombreux dans l’assistance, qui découvraient l’œuvre. Le public présent au Théâtre des Champs-Élysées lui fit d’ailleurs un net et franc succès. Mais ce qu’elle gagnait en dramatisme, cohérence, évidence et confort sonore, elle le perdait peut-être en caractérisation toute « messiaenesque ». Ainsi était-elle, pour une œuvre centrée sur la transcendance de l’amour, celui unissant en l’occurrence Tristan et Yseult, « reflet du seul véritable amour, l’amour divin », finalement assez peu divine et si l’extase était bien présente (dans les derniers mouvements), elle était plus nettement orgasmique qu’extatique. Si certains pouvaient y ressentir un début de contresens, reconnaissons qu’il était quand même défendu avec panache et conviction par les interprètes de cette soirée, avec un niveau d’exécution difficilement égalable.

, qui connait parfaitement l’œuvre pour l’avoir déjà enregistrée, s’y montra fort convaincant particulièrement dans ses passages solistes. Et s’il manqua parfois d’un peu de puissance pour résister à l’orchestre, ce n’est rien comparé à la bien trop grande discrétion de aux ondes Martenot qui nous a laissé plus que réservés et qui constituait le vrai problème de ce concert. Reconnaissons qu’elle fut peut-être victime du positionnement des haut-parleurs de son instrument, placés au raz du sol à l’avant-scène, endroit possiblement peu propice à la diffusion du son vers le haut de la salle, donc au premier balcon où nos oreilles étaient placés, endroit habituellement plutôt favorable acoustiquement. Impression qui sera peut-être corrigée lors de la diffusion de ce concert puisqu’il fut enregistré pour France Musique.

Crédit photographique : Bayerrischer Rundfunk

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 12-I-2013. Olivier Messiaen (1908-1992) : Turangalîla-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre. Jean-Yves Thibaudet, piano. Cynthia Millar, ondes Martenot. Symphonieorchester Des Bayerischen Rundfunk, direction : Mariss Jansons.

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