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Festival de Música de Gran Canaries 2013

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Las Palmas. Auditorio Alfredo Kraus. 20-I-2013. Nino Díaz : Concerto pour clarinette nº2 (création). Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano nº1 en si bémol mineur op.23. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 en mi mineur op.93. Cristo Barrios, clarinette ; Alexei Volodin : piano. Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Valery Gergiev.

Las Palmas. Teatro Pérez Galdós. 21-I-2013. Antonin Dvořák (1916-1983) : Quatuor à cordes n°9 en ré mineur op.34. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n°12 en ré bémol majeur op.133. Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor à cordes en la majeur op.41 n°3. Quatuor Emerson : Eugene Drucker, violon ; Philip Setzer, violon ; Lawrence Dutton, alto ; David Finckel, violoncelle.

Le Festival de Música de Gran Canaries organisait cette année sa vingt-neuvième édition, avec, comme à l’accoutumée, un brillant panel de stars internationales et d’interprètes locaux mais néanmoins de haut niveau, pour des œuvres alliant créations, d’autres d’origine hispanique et du grand répertoire classique. Ainsi avons nous pu assister à la création du Concerto pour clarinette n°2 de (à vrai dire sa deuxième exécution, la première ayant eu lieu la veille à Tenerife par les mêmes interprètes dans le cadre du Festival) lors d’un concert dirigé par , où Tchaïkovski et Chostakovitch complétaient le programme, et le lendemain à un concert du .

Si le Festival de Música de Gran Canaries est maintenant bien ancré dans la tradition locale et même « péninsulaire » comme on dit là-bas quand on veut parler de l’Espagne continentale, ce n’est pas seulement par la douceur de son climat en plein cœur de l’hiver, mais parce que la tradition musicale y est authentique et fort ancienne. C’est en effet dans ces îles que fut créée en 1845 la toute première société philharmonique d’Espagne dont aujourd’hui l’Orquesta Filarmónica de Gran Canaria est l’émanation, précédant également de peu et dans un tout autre domaine l’instauration du premier golf ibérique. Rappelons également que Camille Saint-Saens qui s’y rendit une première fois entre fin 1889 et avril 1890 et y revint à sept reprises pour des saisons entières, s’intégra complètement à la vie musicale locale, au point d’être nommé Président d’honneur de la Société Philharmonique de Las Palmas et d’y être aussi connu sinon même plus qu’en France. A l’évidence l’éloignement de la métropole n’a nullement entravé le dynamisme de l’archipel, sa soif de culture y est tenace comme le montre les nombreux musées aux intéressantes collections. L’image d’îles réservées aux vacances et au farniente que peut avoir le touriste distrait est donc plus qu’usurpée et on ne s’étonne pas que le festival ait réussi à attirer certaines des plus belles figures du monde musical international comme les chefs Claudio Abbado, Riccardo Muti, Zubin Mehta, Esa-Pekka Salonen, John Eliot Gardiner, ou aujourd’hui Vladimir Jurowski et (lui-même récidiviste) et côté solistes Anna Netrebko, Anne Sophie von Otter, Vladimir Ashkenazy, Isaac Stern, Midori, Shlomo Mintz, Yo Yo Ma, Mitsuko Uchida, les sœurs Labèque, Murray Perahia, Ivo Pogorelich. En plus de ces prestigieux invités, le festival s’appuie sur les deux formations symphoniques de l’archipel, le Philharmonique de Gran Canaria à Las Palmas et le Symphonique de Tenerife à Santa Cruz de Tenerife. Les deux capitales avec leurs auditoriums dépassant les 1500 places et leurs théâtres autour de 1000 places sont les principaux lieux d’une manifestation qui n’oublie pas ses iîles plus modestes, amenant cette année le Quatuor Brentano, l’Orchestre de Chambre Tchèque et l’Europa Galante de Fabio Biondi dans six d’entre elles, jusqu’à la délicieusement nommée La Graciosa et ses quatre cents âmes dont la moitié se retrouve dans la petite église pour le concert du Festival, en l’occurrence Geminiani, Corelli et les inévitables Quatre Saisons de Vivaldi par l’Europa Galante.

Situé à l’extrémité d’une plage très fréquentée par les vacanciers et les surfeurs, l’Auditorio Alfredo Kraus qui fut inauguré le 5 décembre 1997 est un des éléments d’un vaste palais des congrès. D’une capacité de 1668 places, de forme hexagonale étirée dans l’axe de la scène, il a la particularité d’adosser celle-ci à une immense baie vitrée ouverte sur l’océan, laissant largement passer la lumière naturelle de jour, se transformant en quasi miroir de nuit. C’est sur cette vaste scène que prit place l’Orchestre du Mariinski et son omniprésent chef Valery Gergiev qui concluaient ainsi leur tournée espagnole commencée le 10 janvier à Barcelone avec Iolanta de Tchaïkovski suivi de différents programmes symphoniques et concertants. L’ouverture du concert était consacrée à la création du Concerto pour clarinette n°2 de , compositeur, chef d’orchestre et lui-même clarinettiste, originaire de Lanzarote, joué ce soir par un autre natif de l’archipel, de Tenerife cette fois, Cristo Barios. « Peut-on conjuguer la transcendance et le comique ? L’abyssale et léger ? » s’est demandé le compositeur, essayant de relever ce défi dans son concerto en quatre parties Moderato, Allegro, Andante, Vivace introduit par un ostinato de la clarinette dont le rôle soliste semblera moins mis en exergue par la suite au profit d’une sorte de concerto pour orchestre faisant appel en plus de l’instrumentation classique à quatre bidons utilisés comme des tambours métalliques. Le compositeur a-t-il réussi sa gageure ? En partie, car il y avait des moments cocasses, d’autres plus sérieux voire formels (une fugue), sans pour autant entièrement convaincre et donner une irrésistible envie de réécouter cette pièce.

Après avoir donné en début de tournée le même Concerto pour piano nº1 de Tchaïkovski avec Jorge Luis Prats, Valery Gergiev accompagnait cette fois-ci Alexei Volodin qui offrit une interprétation brillante mais fort peu émouvante, manquant de profondeur, finalement assez extérieure. On s’attendait donc à plus de conviction pour la Symphonie n°10 de Chostakovitch qui suivait, mais comme à Paris avec le LSO en 2011 le chef nous sembla toujours un peu en deçà du potentiel du grand Moderato initial, et peut-être fatigué à la fin d’une dense tournée, l’orchestre ne donna pas toute l’intensité attendue. Nous restâmes donc sur notre faim juste le temps de passer au bis, un superbe Prélude de l’acte I de Lohengrin, meilleur moment de la soirée, nous rappelant que Valery Gergiev est aussi, et peut-être avant tout, un chef d’opéra.

Le Teatro Pérez Galdós, situé à l’entrée du quartier historique de la ville, accueillait le lendemain le qui nous parut être de plus en plus convaincant au fil de la soirée. Jouant debout avec Eugene Drucker comme premier violon avant l’entracte et Philip Setzer au même poste pour Schuman, le quatuor américain commença par le Quatuor n°9 de Dvořák qu’ils eurent du mal à nous rendre passionnant même s’ils ne nous semblèrent pas démériter. Le Quatuor n°12 de Chostakovitch monta déjà d’un cran dans l’intensité et l’expressivité dès son premier mouvement Moderato mais captura encore plus l’attention dans son Allegretto où les Emerson nous parurent trouver immédiatement le ton juste. Mais le plus réussi de la soirée nous attendait après l’entracte avec le troisième des Quatuors op.41 de Schumann. Les quatre compères trouvèrent le parfait équilibre instrumental en même temps qu’ils réussirent à animer avec grande justesse expressive les quatre mouvements de l’œuvre, l’achevant dans un enthousiasmant Allegro molto vivace.

La chaleur de l’accueil, comme la clémence de la météo, la qualité et la diversité des lieux et des salles, la variété de la programmation et le niveau des interprètes devraient faire de ce festival une destination plus que recommandable pour nous autres européens du nord en nos froids mois d’hiver. Souhaitons que, malgré la rigueur de la crise et son lot de vilaines réductions budgétaires, les organisateurs puissent donner à leur trentième anniversaire tout l’éclat qu’il mérite.

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Las Palmas. Auditorio Alfredo Kraus. 20-I-2013. Nino Díaz : Concerto pour clarinette nº2 (création). Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano nº1 en si bémol mineur op.23. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 10 en mi mineur op.93. Cristo Barrios, clarinette ; Alexei Volodin : piano. Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Valery Gergiev.

Las Palmas. Teatro Pérez Galdós. 21-I-2013. Antonin Dvořák (1916-1983) : Quatuor à cordes n°9 en ré mineur op.34. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n°12 en ré bémol majeur op.133. Robert Schumann (1810-1856) : Quatuor à cordes en la majeur op.41 n°3. Quatuor Emerson : Eugene Drucker, violon ; Philip Setzer, violon ; Lawrence Dutton, alto ; David Finckel, violoncelle.

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