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Lutoslawski célébré par Krystian Zimerman

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 24-I-2013. Hommage à Witold Lutoslawski. Robert Schumann (1810-1856): Ouverture de Genoveva, op.81; Witold Lutoslawski (1913-1994): Concerto pour piano; Ludwig van Beethoven (1770-1827): Symphonie n°6 en fa Majeur, « Pastorale », op.68. Krystian Zimerman, piano; Orchestre de Paris; direction Paavo Järvi.

Les concerts jumelées des 24 et 25 janvier donnés à la Salle Pleyel par l’ lançaient la célébration du centenaire de la naissance de Witold Lutoslawski, compositeur et chef d’orchestre polonais mais citoyen du monde à la faveur d’une carrière internationale qui l’amène à travailler avec les plus grandes phalanges et interprètes d’aujourd’hui. Pour autant, le compositeur reste fidèle sa vie durant à sa ville natale, Varsovie, où il fonde avec ses compatriotes Tadeusz Baird et Kasimierz Serocki le festival « Automne de Varsovie ». Lors de cette année anniversaire, sa musique sera à l’affiche de six concerts prestigieux dans les salles parisiennes jusqu’à la fin 2013.

Cette première soirée donnait à entendre le Concerto pour piano et invitait son brillant dédicataire qui était encore très jeune lorsqu’il le créa au Festival de Salzbourg en août 1988, sous la direction du compositeur. Quelques mois plus tard, l’, toujours conduit par Lutoslawski, en accueillait la création française lors d’une soirée entièrement consacrée à la musique du Maitre polonais.

Sous la baguette de ce soir, le concert débutait plus traditionnellement par l’ouverture de Genoveva (Geneviève de Brabant), l’unique ouvrage lyrique de Robert Schumann. L’écriture sous tension de cette page orchestrale, après l’introduction lente, donne l’impression que Schumann veut concentrer toute la ferveur du sentiment et des couleurs du romantisme dans les quelques 7 minutes 40 de son ouverture : un défi certes difficile à relever en tout début de soirée! Sous le geste plus nerveux qu’énergique de , l’Orchestre de Paris est un peu à la peine pour faire jaillir tout à la fois l’urgence d’un tel discours et l’ampleur d’une sonorité à laquelle il manquait le souffle qui doit la traverser.

Le concerto pour piano de Witold Lutoslawski est une pièce très originale dont la singularité évoque par certains côtés Scriabine, avec une prédilection pour les registres aigus, la brillance de la digitalité et « le frisson métaphysique » qui traverse l’oeuvre, même si le compositeur dit avoir puisé chez Chopin l’élan de son inspiration et chez Debussy, Bartok et Stravinsky l’élaboration de ses textures. Le Concerto est conçu en quatre mouvements enchaînés au sein d’un univers sonore très diversifié où se renouvellent à mesure les modalités du discours entre le piano et l’orchestre. , éblouissant dans une partition qu’il a fait sienne, débute avec les bois dans des sonorités diaphanes d’une beauté qui nous assiège. Conducteur dans le premier mouvement, il est davantage soutenu par l’orchestre dans le second. Le pianisme généreux et la plénitude sonore d’un orchestre ici galvanisé par le soliste peuvent évoquer Chopin mais dans un temps et une matière toute autre. Le pianiste est totalement à découvert dans le début du troisième mouvement où il suspend notre écoute au fil d’une ligne épurée où se concentre toute l’émotion. Débutée par une contrebasse très énigmatique, le quatrième mouvement conçu comme une chaconne est plus spectaculaire; porté par le flux orchestral, l’interprète y exerce sa maîtrise souveraine du clavier avec une puissance et une digitalité qui restent l’apanage unique de cet immense pianiste.

Ainsi se refermait cette première partie, dans l’exaltation d’un moment privilégié que Krystian Zimerman prolongeait par un bis dont il n’est pas si coutumier. Dans l’élan de sa prestation, il attaquait le premier mouvement de la Sonate n°2 de Grazyna Bacewicz, une compositrice polonaise décédée en 1969 à Varsovie que le pianiste servait avec une fougue exceptionnelle.

Paavo Järvi dirigeait en seconde partie « la Pastorale » de Beethoven qui ne nous laissait pas sur ces mêmes hauteurs. Si le phrasé toujours souple et les tempi ajustés sont irréprochables, l’attention aux sonorités et à leur projection dans l’espace tel que l’envisage Beethoven pour sa musique « de plein air » est considérablement émoussée dans l’interprétation que nous livre le chef estonien, dirigeant un second mouvement particulièrement terne et qui confine à l’ennui. La « Réunion joyeuse de paysans » retrouve heureusement éclat et couleur et précède un orage d’une belle tonicité dont la tension de l’écoute n’est cependant guère soutenue dans un dernier mouvement beaucoup plus convenu.

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