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Dead Man Walking en création mondiale à Montréal

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Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place-des-Arts. 9-III-2013. Jake Heggie (né en 1961) : Dead Man Walking, opéra en 2 actes, livret de Terrence McNally (d’après le livre La dernière marche de soeur Helen Prejean et du film de Tim Robbins). Mise en scène: Alain Gauthier ; décors : Harry Frehner et Scot Reid ; costumes : Scot Reid ; éclairages : Éric W. Champoux. Avec : Allyson McHardy, Sister Helen Prejean ; Étienne Dupuis, Joseph De Rocher ; Kimberly Barber, Mrs Patrick De Rocher ; Chantale Nurse, Sister Rose ; Alain Coulombe, George Benton ; John Mac Master, Father Grenville ; Mariateresa Magisono, Kitty Hart ; Thomas Goerz, Owen Hart ; Mia Lennex-Williams, Jade Boucher ; Kurt Lehmann, Howard Boucher ; Philip Kalmanovitch, Un Policier en moto ; Aidan Ferguson, Sister Catherine ; Rachèle Tremblay, Sister Lilianne ; Patrick Mallette, 1er Gardien de prison ; Jeremy Bowes, 2ième Gardien de prison ; Olivier Bergeron, Le jeune frère de Joseph ; Aaron Sheppard, le plus vieux frère de Joseph ; Catherine B. Lavoie, Une Mère ; Valérie Bélanger, Mrs Charlton ; Gaétan Sauvageau, Geoffroy Salvas, Clermont Tremblay, Benoît Leblanc, Normand Richard, Les Prisonniers. Justin Tousignant, Un Enfant (rôle parlé) ; John Giffen, Huissier. Chœur de l’Opéra de Montréal (chef de chœur : Claude Webster). Orchestre Métropolitain. Direction : Wayne Marshall

On se doit de féliciter l’Opéra de Montréal qui a osé présenter une oeuvre contemporaine, forte, sur le sujet brûlant qu’est la peine de mort. Le livret de Terrence McNally, basé sur le livre de Soeur Helen Prejean est limpide et linéaire dans le déroulement de l’action, c’est surtout un plaidoyer sans détours contre la peine capitale. Bien entendu, on peut trouver au-delà la référence biblique et le fatras des prières conventionnelles – un Notre Père inévitable et autres bondieuseries – un sens plus profond ou un deuxième degré de lecture. La douloureuse marche aux supplices se transforme en une quête initiatique vécue par Joseph De Rocher. On peut voir dans cette expérience du couloir de la mort, la dernière marche qui mène vers Dieu. Ainsi, le couple formé par le meurtrier et Sister Helen Prejean prend alors tout son sens. C’est elle la conseillère spirituelle, celle qui lui donne la force d’affronter ses démons, de reconnaître enfin sa culpabilité avant son exécution. Cela nous apparaît comme une oeuvre sincère, poignante de vérité.

La déception vient du côté de la musique. On pourrait reprocher au compositeur , un matériau composite, un clin d’oeil du côté du gospel et un mélange de différentes tendances et d’époques. Cela se résume à des réminiscences pucciniennes sans l’attrait d’airs accrocheurs, une fluidité entre les nombreux tableaux et des phrases récurrentes qui rappellent Wagner. La palette orchestrale manque de variétés, trop souvent soumise au parlando, très vingtième siècle, à la manière de Menotti.

Le résultat pourrait se résumer en une pièce de théâtre accessible au plus grand nombre mais dont le « chant » devient un peu accessoire. Peu de fioritures, peu d’envolées lyriques, mais une densité à partir du texte, une intensité dans le jeu des personnages. C’est du bon théâtre. Mais c’est surtout Prima le parole, dopo la musica.

La mise en scène d’ est d’une grande efficacité. Il a su donner un caractère propre à tous les personnages et il sont nombreux sur scène. Ceux-ci nous paraissent tous authentiques, souvent avec une charge émotionnelle qui nous remue jusqu’au fond de l’âme. Aucun rôle, même parmi les plus petits, n’est sacrifié. Une très grande réussite au niveau de la direction d’acteurs et une dextérité phénoménale de donner corps à tous ces personnages dans des jeux scéniques efficaces et jamais gratuits qui se suivent ou s’opposent tout au long des trois heures que dure la pièce. Très beaux costumes de Scot Reid qui rappellent une époque pas si lointaine sous les éclairages d’Éric W. Champoux où alternent les différentes nuances d’ombres et de lumière. Les décors de Harry Frehner et Scot Reid sont réalistes. Les changements à vue se font à la vitesse de l’éclair et n’entravent jamais la bonne marche de l’opéra. Tout fonctionne merveilleusement bien.

C’est assurément, à ce jour, le rôle le plus important de la carrière du jeune baryton . Il est bouleversant de vérité. Il ne joue pas, il est son personnage. Il a marqué ce rôle au fer-rouge (ou n’est-ce pas ce rôle qui va le marquer au fer-rouge ?) il sera difficile d’oublier l’intensité avec laquelle il incarne le meurtrier Joseph De Rocher. Du grand art. est de la même trempe. Belle voix de mezzo, incandescente, elle s’investit totalement dans le rôle de Sister Prejean. Tous les autres rôles, à commencer par , émouvante dans le rôle de la mère du meurtrier  ou encore Thomas Goerz, le père de la fille assassinée  ou encore Chantale Nurse en Sister Rose et dans le rôle de George Benton. Bref, aucune faiblesse parmi ces acteurs-chanteurs.

Les choeurs de l’Opéra de Montréal, toujours soignés, sous la direction de , s’intègrent parfaitement à l’oeuvre. Dans la fosse d’orchestre, mène l’ de main de maître.

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Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place-des-Arts. 9-III-2013. Jake Heggie (né en 1961) : Dead Man Walking, opéra en 2 actes, livret de Terrence McNally (d’après le livre La dernière marche de soeur Helen Prejean et du film de Tim Robbins). Mise en scène: Alain Gauthier ; décors : Harry Frehner et Scot Reid ; costumes : Scot Reid ; éclairages : Éric W. Champoux. Avec : Allyson McHardy, Sister Helen Prejean ; Étienne Dupuis, Joseph De Rocher ; Kimberly Barber, Mrs Patrick De Rocher ; Chantale Nurse, Sister Rose ; Alain Coulombe, George Benton ; John Mac Master, Father Grenville ; Mariateresa Magisono, Kitty Hart ; Thomas Goerz, Owen Hart ; Mia Lennex-Williams, Jade Boucher ; Kurt Lehmann, Howard Boucher ; Philip Kalmanovitch, Un Policier en moto ; Aidan Ferguson, Sister Catherine ; Rachèle Tremblay, Sister Lilianne ; Patrick Mallette, 1er Gardien de prison ; Jeremy Bowes, 2ième Gardien de prison ; Olivier Bergeron, Le jeune frère de Joseph ; Aaron Sheppard, le plus vieux frère de Joseph ; Catherine B. Lavoie, Une Mère ; Valérie Bélanger, Mrs Charlton ; Gaétan Sauvageau, Geoffroy Salvas, Clermont Tremblay, Benoît Leblanc, Normand Richard, Les Prisonniers. Justin Tousignant, Un Enfant (rôle parlé) ; John Giffen, Huissier. Chœur de l’Opéra de Montréal (chef de chœur : Claude Webster). Orchestre Métropolitain. Direction : Wayne Marshall

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