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L’importance d’être constant : Création scénique mondiale à Nancy

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 17-III-2013. Gerald Barry (né en 1952) : The Importance of Being Earnest, opéra comique en trois actes sur un livret de Gerald Barry, d’après la pièce éponyme d’Oscar Wilde. Mise en scène : Sam Brown. Décors et costumes : Annemarie Woods. Lumières : D.M. Wood. Chorégraphie : Lorena Randi. Avec : Chad Shelton, John (Jack) Worthing ; Ida Falk Winland, Cecily Cardew ; Phillip Addis, Algernon Moncrieff ; Wendy Dawn Thompson, l’Honorable Gwendolen Fairfax ; Diana Montague, Miss Prism ; Alan Ewing, Lady Bracknell ; José Luis Barreto, Lane/Merriman ; Steven Beard, Révérend Canon Chasuble. Chœur des hommes de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Tito Muñoz.

Honorant son cahier des charges d’« Opéra national », l’Opéra de Lorraine fait œuvre de créateur en assurant la première représentation scénique du cinquième opéra de : The Importance of Being Earnest. Commande du Los Angeles Philharmonic et du Barbican Center de Londres, l’ouvrage n’y avait été donnée qu’en version de concert en 2012 et y avait rencontré un vif succès.

D’origine irlandaise (il est né le 28 avril 1952 à Clarescastle dans le Comté de Clare), ne pouvait échapper à la confrontation avec le chef d’œuvre théâtral de son compatriote Oscar Wilde. La pièce de ce dernier est en effet un véritable bijou. La trame en est de pure convention, où abondent quiproquos et coups de théâtre – telle la reconnaissance finale de Jack, l’enfant trouvé dans une consigne de la gare Victoria, comme le neveu de Lady Bracknell – et fait irrésistiblement penser au Beaumarchais du Mariage de Figaro. Les dialogues brillantissimes offrent un feu d’artifice permanent de jeux de mots, double sens et ironie, avec en filigrane une critique acerbe et volontiers cynique des travers de la haute société victorienne ; le moteur principal de l’intrigue joue ainsi sur l’homophonie de earnest/sérieux et du prénom Ernest.

Bien qu’ayant réduit le texte aux deux-tiers, Gerald Barry en a conservé l’essence, avec notamment l’importance accordée à la nourriture omniprésente. Son style basé sur une rythmique insistante et répétitive, des phrases musicales passant aux différents pupitres et aux chanteurs, une dislocation du chant et des registres vocaux en rupture assumée avec les conventions opératiques, colle au plus près du texte, quoique son débit rapide ne permette pas toujours d’en saisir toute la saveur, surtout pour un public non anglophone. L’âpreté de la partition renforce la noirceur et l’amertume voire la violence sous-jacentes à l’œuvre d’Oscar Wilde, d’allure pourtant beaucoup plus légère en surface. L’humour n’est néanmoins pas oublié avec le rôle de la rigide et hautaine Lady Bracknell, engoncée dans ses convictions de classe, confié ici à une basse bouffe. Comique également, la confrontation au deuxième acte de Cecily et Gwendolen par mégaphones interposés et bris de vaisselle imposée. Le recours à la langue allemande pour les accès de colère de Lady Bracknell et l’usage répété des trois stophes in extenso de l’Ode à la Joie de Schiller nous ont paru plus abscons et moins en situation. D’une manière générale, on notera chez Gerald Barry une certaine tendance à souligner les effets, à faire durer ses trouvailles sonores.

La mise en scène de déplace légèrement l’action dans les années 20, dans un décor unique qui représente un gigantesque serviteur muet – ce plat de présentation de gâteaux ou de desserts fait d’assiettes superposées de taille décroissante – posé sur un tout aussi énorme napperon, sur fond de papier peint victorien faisant la part belle au lion rugissant de l’Empire britannique. Les costumes d’Annemarie Woods sont parfaitement extravagants, comme il convient à cette société si préoccupée de son apparence. réussit plutôt bien la gageure d’animer cette succession de dialogues par essence statiques en rajoutant une armée de clones de Charlie Chaplin (les domestiques et le chœur), en variant les entrées et en diversifiant sa direction d’acteurs.

Confronté à une partition nouvelle et d’une grande difficulté, en particulier par l’allure erratique des lignes vocales et par les changements de registre avec usage abondant du falsetto, la distribution s’en sort remarquablement. est un Jack Worthing constamment digne et un dandy plus vrai que nature en Algernon Moncrieff. assure sans faillir les aigus stratosphériques de Cecily, quand paraît plus malmenée par l’étendue de la tessiture du rôle de Gwendolen. compose une hilarante Lady Bracknell haute en couleurs et une Miss Prism d’une grande probité et d’une touchante humanité.

Grand satisfecit aussi à l’, en formation quasi chambriste, et à son chef . Fruit d’un labeur en amont qu’on imagine gigantesque, ils magnifient la partition complexe et virtuose de Gerald Barry, qui expose particulièrement les pupitres de bois et de cuivres. La motricité rythmique est parfaite, les interventions solistes sans défaut et toujours éloquentes.

Crédits photographiques : Opéra national de Lorraine

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 17-III-2013. Gerald Barry (né en 1952) : The Importance of Being Earnest, opéra comique en trois actes sur un livret de Gerald Barry, d’après la pièce éponyme d’Oscar Wilde. Mise en scène : Sam Brown. Décors et costumes : Annemarie Woods. Lumières : D.M. Wood. Chorégraphie : Lorena Randi. Avec : Chad Shelton, John (Jack) Worthing ; Ida Falk Winland, Cecily Cardew ; Phillip Addis, Algernon Moncrieff ; Wendy Dawn Thompson, l’Honorable Gwendolen Fairfax ; Diana Montague, Miss Prism ; Alan Ewing, Lady Bracknell ; José Luis Barreto, Lane/Merriman ; Steven Beard, Révérend Canon Chasuble. Chœur des hommes de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Tito Muñoz.

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