Québec : Concert Poulenc au festival Classica

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Festival Classica de Saint-Lambert. Église St. Lambert United Church. 02-VI-2013. Francis Poulenc (1899-1963) : Florilège de mélodies de Francis Poulenc, dont les Quatre Chansons pour enfants (Jean Nohain) ; Le Bestiaire (Guillaume Apollinaire) ; Chanson de marin, extrait du film Le Voyage en Amérique ; Chansons villageoises (Maurice Fombeure) ; Les chemins de l’amour. Improvisation No. 15 « Hommage à Édith Piaf » ; Suite française pour piano d’après Claude Gervaise II-Pavane. Avec : Marc Boucher, baryton ; Julie Fuchs, soprano ; Pascale Beaudin, soprano ; François Le Roux, baryton. Piano : Olivier Godin.

Le Festival Classica en est seulement à sa troisième édition. C’est un gamin en pleine croissance, vigoureux, qui prend les bouchées doubles et se mêle aux grands de ce monde. Ce gavroche a su réserver une place de choix à un frère d’arme, mort il y a cinquante ans. Dans la ville champêtre de Saint-Lambert, par un bel après-midi de dimanche, tous les éléments étaient réunis pour rendre justice à la mémoire de l’un des compositeurs français les plus aimés du XXème siècle. fut et demeure le plus joué des musiciens du Groupe des Six. Son influence ne déclina jamais au gré du temps. C’est un peu, beaucoup, passionnément, la musique française d’une époque qui renaît avec lui, celle qui couvre les années 20 et qui culmine aux derniers chefs-d’oeuvre d’après-guerre : le Stabat Mater, Gloria, les Dialogues des Carmélites.

aurait apprécié ce récital parsemé de clins d’oeil, de pirouettes ubuesques et d’humour décapant. Il fut le chantre de la poésie surréaliste de Guillaume Apollinaire et Paul Éluard. Il a fait sienne cette poésie audacieuse, parfois sur des textes iconoclastes, où la veine légère le dispute à l’envi à l’esprit frondeur parisien. Mais pour le compositeur, il fallait que « la transposition musicale d’un poème soit un acte d’amour, jamais un mariage de raison. »

Il excellait à rendre limpide les mots aux sonorités incongrues qui composent le poème. Le reste repose sur l’interprétation. Ce qui n’est pas donné à tout le monde. Il faut des artistes aguerris à dire le mot et à déclamer la phrase. C’est un domaine qui ne se laisse pas apprivoiser facilement.

Parmi le florilège de mélodies qui composaient le programme, retenons quelques cycles, Quatre Chansons pour enfants, sur des poèmes de Jean Nohain, interprétées par . C’est l’art de la concision, de la clarté bien française, – on pense à Voltaire « je suis comme les ruisseaux : je suis clair parce que je ne suis pas profond » volontairement humoristiques, toujours rythmées, avec une harmonisation parfois hachurée, parfois délicate, jamais ennuyeuses.

Du lyrisme aussi, comme la mélodie qui donne son titre au récital. Les chemins de l’amour, sans doute l’une des pages les plus connues parmi les quelque 160 mélodies semées au gré du temps par Poulenc. Certaines trahissent l’influence de Satie, d’autres nous rappellent les chansons populaires interprétées par Yvonne Printemps. D’ailleurs, en fait foi, la mélodie inédite, Chanson de marin, extraite du film Le Voyage en Amérique, texte et musique reconstitués respectivement par Michel et . en donne une version convaincante. Les influences diverses s’interpellent, s’entrechoquent, se coudoient, se font dos. Mais toutes sont complètement assimilées.

Excellente interprétation du Bestiaire ou Cortège d’Orphée, six mélodies sur des poèmes d’Apollinaire, interprétées par le baryton . Celui-ci a su donner un rythme plus allègre après la marche un tantinet pesante et solennelle du Dromadaire. Le sourire de la Chèvre du Tibet prélude les sursauts de la Sauterelle ; la marche arrière de l’Écrevisse – il faut tendre l’oreille pour ses inversions pianistiques – succède aux plongeons du Dauphin, pour enfin se terminer sur un brin mélancolique de la Carpe. Le tout, un sourire nostalgique, presque… désenchanté.

Toréador est une bluette, une plaisanterie musicale d’un caractère espagnol débridé tandis que les Chansons villageoises sur des poèmes de Maurice Fombeure, bien que pimentées, relèvent presque d’un savoir épicurien. Le baryton , mélodiste émérite, fait alterner les ombres et lumières, véritable tour de force pour mener à bien ce cycle de six mélodies.

En plus d’être un accompagnateur de premier ordre, le pianiste impressionne par les variations pianistiques et les raffinements dans l’Improvisation No. 15, « Hommage à Édith Piaf » et la Suite française pour piano d’après Claude Gervaise II-Pavane.

Ce récital a été grandement apprécié par le public. Attendons patiemment l’intégrale des mélodies de Francis Poulenc, avec les mêmes artistes, qui devrait paraître cet automne chez Atma classique. L’affaire est à suivre.

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