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Grand succès du premier festival Palazzetto Bru Zane à Paris

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, théâtre des Bouffes du Nord, 8 et 9-VI-2013.
Concert 1 : Théodor Dubois (1837-1924) : Quintette pour piano et cordes en fa majeur ; Reynaldo Hahn (1874-1947) : Quintette pour piano et cordes en fa dièse mineur. Quatuor Ardeo, David Violi, piano.

Concert 2 : Cécile Chaminade (1857-1944) : Trio pour violon, violoncelle et paino n° 2 en la mineur op. 34 ; Ernest Chausson (1855-1899) : Trio pour violon, violoncelle et piano en sol mineur op. 3. Trio Chausson.

Concert 3 : Charles-Valentin Alkan (1813-1888) : Esquisses op. 63 ; Richard Wagner (1813-1883) : Fantaisie pour piano en fa dièse mineur ; Alfred Jaëll (1832-1882) : « Transcription », première des Drei Stücke aus Richard Wagner’s Tristant und Isolde ; Franz Liszt (1811-1886) / Richard Wagner : Isoldes Liebestod aus Tristan und Isolde S. 447 ; Hugo Wolf (1860-1903) / Richard Wagner : Paraphrase über Die Walküre. Wilhem Latchoumia, piano.

, le centre de musique romantique française, œuvre depuis quatre années pour la promotion de répertoires méconnus et oubliés de la musique française de la période du « grand XIXe siècle », allant de 1780 à 1920. Le public parisien attendait avec impatience une occasion d’entendre des pièces rares et précieuses de son patrimoine musical, parmi les meilleures retrouvailles du désormais incontournable Bru Zane. Cette occasion s’est enfin présentée, il a installé son quartier général pendant trois jours au Théâtre des Bouffes du Nord, réputé pour son acoustique idéale pour la musique de chambre. Le premier festival parisien est donc consacré à de petites formations ; piano solo et duo, trio et quintette avec piano.

Le concert inaugural, confié au et au pianiste suscite déjà un grand enthousiasme, par la beauté des deux œuvres jouées mais aussi par l’élan que les cinq musiciens portent dans leur interprétation. , professeur du contrepoint puis directeur du Conservatoire de Paris, était jusqu’alors connu surtout pour ses traités de contrepoint et d’harmonie. S’il a écrit plus de 500 œuvres notamment orchestrales, vocales et pour orgue (il succédait à Saint-Saëns pour occuper l’orgue de l’Eglise de la Madeleine), elles sont quasiment toutes reléguées aux oubliettes. Parmi elles, son quintette est ressuscité par nos interprètes qui le jouent depuis quelques temps. Chaque mouvement est d’une construction formelle extrêmement claire et équilibrée, à quoi s’ajoute la ligne mélodique fluide qui rappelle le premier romantisme dans une tradition de musique de chambre « pure ». Pour une composition de 1905, où la tendance était à la grandiloquence symphonique, elle doit briller de tout éclat pour son « romantisme classique » ! Le quintette de Hahn (1921) sort quelque peu de ce « classicisme » et déploie une élégance à la manière de Fauré et de la Belle Epoque. Deux œuvres d’esthétiques différentes mais d’une subtilité raffinée, que les cinq musiciens mettent en évidence. L’exécution est tout aussi passionnante que la musique elle-même, les instrumentistes à cordes maintiennent constamment entre elles, et encore plus avec le pianiste, une heureuse harmonie et une agréable tension. La partie du piano, extrêmement virtuose dans les deux partitions, aurait risqué de s’affirmer plus que nécessaire mais , en véritable chambriste, maîtrise admirablement l’art de mettre les cordes en avant sans jamais trop se retirer par rapport à l’ensemble. Ils créent ainsi un grand moment qui fait retenir le souffle.

Le deuxième concert, le dimanche matin, est également remarquable pour la qualité du programme et pour leur exécution. Certains se souviendront de partitions pour piano de trouvées dans les greniers de chez leur grand-mère, avec une couverture ornée de dessins plus ou moins naïfs, typiques de la fin du XIXe siècle. Mais contrairement à cette image, ce fut une compositrice d’envergure, « une femme qui faisait de la musique d’homme ». Son Trio le prouve : virile, techniquement exigeante, l’œuvre insiste sur un caractère français mais avec un peu d’influence germanique au dernier mouvement (qui aurait pu y échapper en 1887, l’année de sa composition ?). Le mouvement lent, ample, n’est aucunement sentimental. Le transmet avec clarté une certaine densité harmonique que recèle la pièce. Le premier mouvement du Trio de Chausson (1881), joué avec une gravité pathétique, rappelle son professeur César Franck. Comme la veille, la qualité d’interprétation est remarquable, chaque note et chaque phrase est merveilleusement soignée. Le finale du Deuxième Trio de Beethoven en bis est exécuté lui aussi avec une grande limpidité, plein d’entrain.

Dans l’après-midi, nous emmène dans un « Wagnerland » (re)visité par différents compositeurs. La Fantaisie pour piano de Wagner lui-même, composé en 1831, une vraie découverte pour le grand public, surprend par son enflure emphatique et par le nombre d’éléments qu’il contient : récitatifs, ariosos, chants exaltés, déclamations apaisées… Autant de référence à la voix, annonçant ses opéras, prennent une vocalité appropriée sous les doigts de Latchoumia. Le pianiste rend si bien l’intensité sonore de Wagner qui reste intact après un « filtrage » par une deuxième main, comme Jaëll, Liszt et Wolf.

Que ce succès du festival amène à Paris, plus de concerts qui font découvrir des répertoires français oubliés et négligés.

 

Photos : David Violi © Bernard Martinez ; © DR

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