Rigoletto au Met, l’art de la routine moderne

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Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, mélodrame en trois actes (1851) sur un livret de Francesco Maria Piave d’après la pièce Le roi s’amuse de Victor Hugo. Mise en scène : Michael Mayer. Scénographie : Christine Jones. Costumes : Susan Hilferty. Lumières : Kevin Adams. Chorégraphie : Steven Hoggett. Avec : Piotr Beczala, Le Duc ; Zeljko Lucic, Rigoletto ; Diana Damrau, Gilda ; Štefan Kocán, Sparafucile ; Oksana Volkova, Maddalena ; Maria Zifchak, Giovanna ; Robert Pomakov, Monterone ; Jeff Mattsey, Marullo ; Alexander Lewis, Borsa ; David Crawford, le comte Ceprano ; Emalie Savoy, la comtesse Ceprano ; Earle Patriarco, un gardien ; Catherine Choi, un page. Orchestre, Chœur (chef de chœur : Donald Palumbo) et Ballet du Metropolitan Opera, direction : Michele Mariotti. Réalisation : Matthew Diamond. Enregistré le 16 février 2013 au Metropolitan Opera de New York. Sous-titrage en italien, anglais, allemand, français, espagnol, chinois et coréen. 1 DVD. Deutsche Grammophon 073 4935. Code-barre : 044007 349359. Format image : NTSC/COLOUR/16:9. Format son : PCM Stereo DTS 5.1. Zone 0. Durée : 136’ + 15’ (Extras).

 

dgg RigolettoPeut-être encouragé par le succès croissant de ses retransmissions live en HD, le Met semble de plus en plus prendre le parti de proposer des mises en scène sorties des sentiers battus. Tel est en tout cas le projet de ce Rigoletto donné à New York l’hiver dernier, lequel se voit bizarrement transposé dans le Las Vegas des années 1960.

Partant de l’idée que l’univers décadent et corrompu du duc de Mantoue devait trouver un écho plus direct pour le spectateur contemporain, le metteur en scène Michael Mayer, grand habitué des scènes de Broadway, situe donc l’action de l’opéra de Verdi dans un casino genre « sixties », tenu par un duc/chanteur de boite de nuit entouré de personnages louches et interlopes manifestement censés faire écho à des personnalités connues de la culture américaine ; c’est du moins ce qui ressort des interviews données en bonus.

Certes, l’emprise et l’effet aliénant du sexe, du pouvoir et de l’argent est un thème universel qui ne saurait en rien se limiter à l’Italie renaissante du XVIe siècle, de même que le traitement de la femme dans une société irrémédiablement machiste et sexiste. Pourtant, aussi habile soit-elle, la transposition ne permet pas d’effacer les inévitables incohérences que suscite la lecture attentive du livret. Plus gênant, elle suscite des décors, des costumes et des éclairages – ah ! ces néons… – qui, dans leur souci d’évoquer l’univers vulgaire et clinquant qui nous est à la fois lointain et familier, n’en sont pas moins d’une rare laideur. Et le fait que ce soit par un ascenseur, et non par une échelle, que Gilda est enlevée par les courtisans ne constitue pas en soi une réelle modernisation ou actualisation de l’ouvrage, pas plus que le coffre de la voiture dans lequel son corps, vraisemblablement destiné à finir dans quelque canyon de la Vallée de la Mort, ne peut se voir comme une amélioration sur le vieux sac de toile initialement destiné à être jeté dans le fleuve. Avec une direction d’acteurs plus ferme, le projet aurait peut-être été plus convaincant. Ici, les chanteurs reproduisent à l’identique tous les tics et gestes qui auraient été les leurs dans une mise en scène traditionnelle, et la réalisation vidéo, parfaitement conventionnelle elle aussi, ne contribue pas à l’éclaircissement ou au bonheur du spectateur.

Sur le plan musical, quelques individualités bien marquées pourraient justifier l’acquisition de ce DVD. Passons sur les petits rôles, généralement bien tenus avec notamment l’impressionnant Sparafucile – vocalement et scéniquement – de la basse slovaque . Dans le rôle du « duc », le ténor polonais Piotr Beczala fait valoir une belle aisance scénique et un aigu carnassier. La tessiture centrale est néanmoins un peu élevée pour lui à ce stade de sa carrière, et le timbre paraît légèrement plus métallique que lors de certaines de ses incarnations précédentes. Le baryton serbe possède lui aussi un instrument de belle qualité, et réussit quelques beaux phrasés. Le mélange de tendresse, de perfidie et d’autodérision qui caractérise ce personnage complexe entre tous semble cependant lui échapper complètement. La vedette du spectacle est sans contexte la merveilleuse , qui possède du rôle de Gilda la fraîcheur et la candeur du timbre, la précision des suraigus et des colorature, mais aussi la vaillance vocale qui permet de sauver le personnage de la mièvrerie dans laquelle il est trop souvent cantonné lorsqu’il est interprété par des voix essentiellement légères.

Le chœur et l’orchestre du Met sont plutôt bien tenus, et l’on pourrait même espérer avec le chef le retour à la grande époque des James Levine et autres. Il n’en reste pas moins qu’en dépit de la tentative de renouveler l’approche d’un des piliers du répertoire, on reste dans l’ensemble sur l’impression d’une soirée tristement conventionnelle, comme le Met en a connu des centaines.

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