Un Grieg insuffisamment maturé

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Edvard Grieg (1843-1907) : œuvres pour piano, vol. 3 : 22 morceaux tirés des op. 6, 38, 40, 41, 47, 52, 57, 62, 65, 66, 68, 71, 72. Sandra Mogensen, piano. 1 CD. Réf. : CHM 120819, code barre : 0 61297 34296 9. Enregistrement réalisé au Studio Glenn Gould, Toronto (Canada) en février 2012. Notice : anglais. Durée : 70’30

 

grieg_mogensenLe poète des fjords, c’est ainsi que Adolphe Boschot surnomme , dans ses Portraits de musiciens (Plon, 1946). Le musicographe rappelle à bon escient que la musique du Norvégien « connut une vague prodigieuse » dans toute l’Europe musicale de son temps. Et d’ajouter : « Le souffle lui manque, mais non la délicatesse ni l’élégance. Avec son intelligence clairvoyante, avec une exacte estimation de ses forces – avec un style ingénieux, avisé, souple, soucieux des bons exemples et recherchant gentiment des audaces si menues qu’elles ne pouvaient pas surprendre longtemps – il se proposa de parfaire une œuvre légère et fine, un peu grêle, mais poétique et pittoresque, rêveuse et distinguée. »

C’est dans cette optique généralisée que d’immenses pianistes ont défendu cette musique de Grieg « imprégnée de l’âme scandinave.» Des nordiques empathiques comme Eva Knardahl (BIS), Edda Erlensdottir (IDL), Geir Henning Braaten (Victoria), Einar Steen-Nøkkleberg (Naxos), Leif Ove Andsnes (Virgin), Harald Gimse (Naxos)… mais aussi des pointures plus internationales que l’on ne saurait toutes citer ( Emil Guilels, DG ; Arthur Rubinstein, RCA ; Sviatoslav Richter, Stradivarius ; Walter Gieseking, EMI ; Gerhard Oppitz, RCA ; Cyprien Katsaris, Teldec…) ont brillamment défendu ses nombreuses miniatures.

Une nouvelle venue aborde ce répertoire pittoresque avec un bagage technique honorable ; mais il lui manque cette douce rêverie, cette aspiration personnelle, ce charme envahissant qui accordaient à ses concurrents davantage de poésie, de fondu, de liberté. Il s’agit d’une pianiste canadienne, , aux antécédents familiaux scandinaves, avec un troisième volume enregistré l’année passée. Si n’était ces quelques réserves d’atmosphères, son exécution d’une vingtaine de courtes pièces dans une succession non chronologique ne manque pas de qualités, notamment au niveau de la précision de son toucher (un peu sec néanmoins), de son soulignement des grandes lignes mélodiques et de sa robuste main gauche. On aurait aimé une finition plus patiente.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.