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Excellente prestation de l’Orchestre de la radio de Cologne à Pleyel

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Paris. Salle Pleyel. 17-IX-2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Egmont, ouverture op.84 ; Symphonie n°5 en ut mineur op.67. Richard Strauss (1864-1949) : Vier letzte Lieder (Quatre Derniers Lieder). Karita Mattila, soprano. Orchestre symphonique de la WDR de Cologne, direction : Jukka-Pekka Saraste.

Jukka-Pekka SarasteAu milieu d’invités prestigieux comme les Philharmonies de Berlin et de Vienne, qui ouvraient quasiment la saison symphonique, les parisiens avaient l’occasion d’entendre un « modeste » orchestre de radio allemande, en l’occurrence celui de la ville de Cologne. Mais cette modestie d’apparence, si elle avait l’avantage de proposer des tarifs beaucoup plus raisonnables, ne s’avéra nullement synonyme de qualité au rabais tant l’orchestre, certes chantant dans son arbre généalogique, donna une performance de haut niveau, d’une homogénéité sans faille.

Avec Beethoven et Strauss au programme, on se disait qu’un orchestre allemand devait savoir faire, et bien, si on en doutait encore, la réponse donnée ce soir fut éclatante, nette et sans bavure autant que dense et musicale, qui plus est dénuée de la moindre faute de goût. Jouant avec cinquante cordes, l’Orchestre symphonique de la WDR (Westdeutscher Rundfunk de Cologne releva brillamment le challenge acoustique du lieu, qu’il sut remplir sans faiblesse, que ce soit en termes de dynamique comme de densité sonore. Si les cordes se firent immédiatement remarquer, en particulier dans les fameux accords d’Egmont où elles sonnèrent comme un seul homme, l’harmonie ne fut pas en reste, même si nous donnerons une mention particulière aux cors qui firent un sans faute dans trois œuvres qui les sollicitent largement. Non seulement tout fonctionna sans le moindre accroc, mais, et ce fut heureux, sans monotonie aucune car l’orchestre, bien guidé par son chef, rappelons le titulaire du poste de Chefdirigent depuis 2010, se montra également capable de varier les éclairages, les couleurs, les climats, tout au long de la soirée. Bref, un magnifique travail de professionnel qu’on serait heureux d’entendre tous les soirs à ce niveau.

Musicalement, la battue énergique de favorisait incontestablement l’avancée décidée du discours sur la mise en évidence des différents événements musicaux successifs. L’Ouverture d’Egmont n’en pâtit pas vraiment, même si on aurait aimé plus de caractérisation de certains épisodes (qui s’achèvent par une décapitation juste avant la coda), mais le décor était fort bien planté et l’élan ne faiblissait pas. Le premier mouvement de la Symphonie n°5 suivit les même préceptes, et du point de vue de l’élan et de la qualité orchestrale, fut tout aussi réussi, mais cette fois-ci il nous sembla, comme souvent avec ce style d’interprétation, qu’on arrivait trop vite au dénouement sans avoir la sensation d’avoir profiter de tout ce qui se passait entre la première et la dernière mesure de cette géniale musique. De ce point de vue ce mouvement est terrible car d’une densité extrême et d’une urgence irrésistible, mais si l’interprète l’avale, comme ce soir, d’une seule bouchée, sans lui insuffler quelques respirations et nuances de tempo et d’intensité, il perd de sa force, ses climax ne se distinguant plus vraiment du reste. Par contre, et malgré un tempo de départ assez allant qui nous fit craindre que lui aussi allait glisser un peu vite, on admira sans réserve la conduite de l’Andante con moto dont les variations s’enchainèrent avec une parfaite fluidité alliée à une superbe élégance de phrasé. Le diptyque final fut l’occasion pour l’orchestre de montrer toute sa virtuosité, ce qu’il fit avec une totale maitrise et une complète absence d’ostentation. Tout sonnait juste, même si un peu plus de suspens ici où là n’aurait pas nuit.

Au cœur du programme beethovénien se trouvaient ces Quatre derniers lieder que écrivit à la fin de sa vie, et qui, lorsqu’ils sont réussis, nous font toucher au sublime. On n’atteint pas ce niveau ce soir, et si y mit tout son cœur et son immense métier, la voix n’y était plus tout à fait, la fluidité et le legato n’étant pas parfaits, conduisant peut-être la soprano finlandaise à dramatiser son chant, au détriment de la poésie alors que le chef et son orchestre, parfaits de tempi, tissaient autour d’elle un écrin orchestral de grande qualité.

Ce concert de musique allemande, où l’orchestre montra qu’il y était chez lui, se conclut par un clin d’œil à la musique française, chef et orchestre, rejoints par quelques suppléments de vents et percussions, nous offrirent une ouverture de Béatrice et Bénédict de Berlioz de belle tenue, brillante et élégante à la fois, bref, exemplaire.

Crédit photographique : © WDR Thomas Kost

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Paris. Salle Pleyel. 17-IX-2013. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Egmont, ouverture op.84 ; Symphonie n°5 en ut mineur op.67. Richard Strauss (1864-1949) : Vier letzte Lieder (Quatre Derniers Lieder). Karita Mattila, soprano. Orchestre symphonique de la WDR de Cologne, direction : Jukka-Pekka Saraste.

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