Festival d’Ambronay : Un Charpentier superbement construit

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Festival d’Ambronay . Pérouges. Église forteresse Sainte-Marie-Madeleine. 26-IX-2013. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Miserere H.193 ; Antienne pour les instruments ; Annunciate superi H.333 ; Ouverture pour le sacre d’un évêque H.536 ; O sacramentum pietatis, motet pour l’élévation, H.274 ; Litanies à la Vierge à 6 H.83. Ensemble Correspondances, direction : Sébastien Daucé.

Sébastien Daucé 2Il y avait quelques années que le Festival d’Ambronay ne s’était pas décentralisé à Pérouges. Ce village médiéval de l’Ain, superbement conservé, vaut plus que le détour, il vaut le voyage ! Et lorsque c’est en musique en compagnie de l’ et de , on oublie vite les deux siècles qui séparent cette église – forteresse et le compositeur parisien pour savourer ces pièces écrites pour la Maison de Guise.

, issu du CNSMD de Lyon, a créé son en 2008. Il s’est passionné pour Charpentier, soutenu en cela par « Madame Charpentier », j’ai nommé , directrice de recherche au CNRS et pilier du Centre de Musique Baroque de Versailles. Le programme de ce concert est inspiré par leur travail commun.

La plupart des manuscrits autographes des œuvres de sont à la Bibliothèque Nationale de France. Peu ou pas de copies car le compositeur, malgré le mécénat de Mademoiselle de Guise, n’avait pas les moyens de faire éditer les partitions. Une chance pour les musicologues et les artistes.

lucileRichardot_DRLe Miserere H. 193 est à 6 voix, effectif peu courant à l’époque. La partition originale est annotée, modifiée au fil du temps, par le compositeur. Théodora Psychoyou, enseignante à la Sorbonne, spécialiste de la musique baroque, a cherché à retrouver la ligne musicale première de l’œuvre. C’est cette version « originelle » que l’Ensemble Correspondances a proposée. Les voix supplient « Ayez pitié de moi, Mon Dieu », dirigées de l’orgue par qui chante aussi… Et une voix vient saisir le public, celle de . Une voix exceptionnelle d’alto, presque de contre-alto, bas-dessus comme on l’appelait à l’époque. Profondeur des graves, articulation, expressivité, tout est là pour transcender la musique. Et ses consœurs ne sont pas en reste pour coller au texte. Juste un petit regret général, la prononciation du latin à la gallicane n’est pas assez audible.

L’Antienne pour les instruments fait apprécier le très joli dialogue flûtes-violons.

Le motet Annunciate superi H. 333 met en valeur une articulation d’école : on lit (presque) le texte sur les lèvres des chanteurs ! Les nuances sont là où il faut quand il faut.

Avec l’Ouverture pour le sacre d’un évêque H. 536, la solennité est là, respectueuse. La joie de l’évènement reste contenue.

Choix judicieux, ensuite que de permettre au public d’entendre , soliste, dans le O Sacramentum pietatis H. 274. Quelle voix ! Les qualificatifs sont difficiles à choisir : grave, étrange, superbe, prenante mais surtout musicale et… rare. À noter un très beau passage instrumental théorbe-flûtes.

Les Litanies à la Vierge H. 83 ont été enregistrées par les plus grands : William Christie, Jordi Savall, Hervé Niquet. Sébastien Daucé n’a pas hésité à venir se frotter à eux en sortant sa version chez Harmonia Mundi. Et il a eu raison ! S’il en était besoin, sa prestation à Pérouges avec son Ensemble Correspondances en est une belle démonstration. Toujours dans la nuance, jamais plaintive mais attentive au texte, la musique offerte ainsi est belle. La pièce est longue mais les musiciens sont à l’aise et nous font partager leur plaisir. Ça chante et… ça danse, mais oui : « Maison d’or, porte du Ciel, tour d’Ivoire, arche d’alliance ». L’Agnus Dei est bien lancé par Stephen Collardelle, suivi par les hommes qui, un peu plus loin, se répondent superbement avec les femmes. Cette interprétation reflète parfaitement les qualités d’un ensemble qui monte.

Les qualités musicologiques, artistiques et musicales de Sébastien Daucé et de l’Ensemble Correspondances doivent leur permettre de grandir encore et encore.

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