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Le Ballet national de Chine au Châtelet, de haute volée

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Paris. Théâtre du Châtelet. 2-X-2013. Ballet national de Chine : Le Détachement féminin rouge. Ballet adapté du film éponyme de Xie Jin, d’après le scénario de Liang Xin. Musique : Wu Zuqiang, Du Mingxin, Dai Hongwei, Shi Wanchun, Wang Yanqiao. Musique du chant du Détachement féminin rouge : Huang Zhun. Chorégraphie : Li Chengxiang, Jiang Zuhui, Wang Xixian. Scénographie : Ma Yunhong. Lumières : Liang Hongzhou. Avec : Lu Na, Wu Qionghua ; Tong Jinsheng, Hong Changqing ; Lu Di, Le commandant et le Ballet national de Chine.

L’histoire du , créé en 1959, s’est longtemps confondue avec celle du communisme.

Les premiers professeurs de l’Académie de Pékin furent les russes Olga Ilyna et Piotr Goussev. Le choix de l’Ecole russe, loin d’être neutre, était essentiellement commandé par des raisons politiques de rapprochement entre les deux pays communistes. A l’inverse, la danse classique française, avec ses origines remontant aux cours royales, était perçue comme bourgeoise, capitaliste, et donc « contre-révolutionnaire ». Les premières tensions entre la Chine et l’URSS au début des années soixante aboutirent au développement d’un vocabulaire chorégraphique plus spécifiquement chinois que Jian Qing, l’épouse de Mao Zedong, décida d’exploiter au maximum. Ancienne actrice, elle s’était en effet donné pour mission de mettre les Arts au service de la révolution prolétarienne. Son choix se portera sur une adaptation du film Le Détachement féminin rouge, épopée relatant l’histoire d’une armée entièrement composée de femmes qui s’était rendue célèbre en participant aux luttes du parti communiste chinois contre les forces gouvernementales réactionnaires de Tchang Kaï-chek, au début des années trente. Pour la petite histoire, on rappellera que les danseuses de la troupe, qui ne furent pas jugées assez martiales sur scène par de « vrais » militaires, durent effectuer un stage dans l’armée à Datong pour étudier sur le terrain le maniement des armes à feu et se familiariser avec l’entraînement des soldats.

Si le contexte politique a changé depuis la création de l’œuvre, celle-ci n’en reste pas moins emblématique d’une certaine idée de la culture chinoise. Retour sur une représentation de haute volée.

Le ballet se situe sur l’île de Hainan, au sud de la Chine, et relate les aventures de Qionghua, une jeune servante exploitée par Nan Bastian, un cruel propriétaire terrien. Rouée de coups par les hommes de main de ce dernier et laissée pour morte, elle est sauvée par un commandant de l’Armée rouge, qui l’invite à rejoindre le bataillon féminin nouvellement formé au sein de son unité. D’entraînements en épreuves, Qionghua deviendra une combattante modèle qui se distinguera durant la guerre civile qui déchire le pays. La trame pourrait paraître grossière, mais l’œuvre est parfaitement assumée par ses interprètes. Hybride, elle emprunte à l’Opéra, au folklore chinois, ou encore aux arts martiaux.

campe une superbe héroïne : cette jeune femme hiératique possède une technique de fer et un raffinement jusque dans le moindre port de bras. Son engagement dramatique est exemplaire. C’est donc un sans-faute que nous a offert la première danseuse diplômée de l’Académie de danse de Pékin en 2000. Le fringant se révèle un excellent partenaire. Ténébreux et belliqueux à souhait, il se distingue lui aussi par une technique très sûre et un investissement dramatique qui colle parfaitement à la théâtralité exacerbée du sujet.

Le martyr des paysans exploités, l’idéologie intransigeante du Parti, la lutte pour le pouvoir, tous ces items sont parfaitement restitués dans ce ballet haut en couleurs à la mise en scène très soignée, qui se regarde comme un film.

Les uniformes des héroïnes, les palmiers et la mer turquoise, la petite touche de culture chinoise : l’ensemble est délicieusement kitsch et donne pleinement vie à l’intrigue.

Le haut niveau de la troupe, aux ensembles parfaitement calibrés, interpelle et remet clairement en cause l’idée d’une suprématie longtemps restée occidentale de la danse classique. Une très belle surprise.

Emblème de la Révolution culturelle chinoise et vecteur d’une idéologie prolétarienne aujourd’hui dépassée (« Le pouvoir est au bout du fusil ! », martelait Mao Zedong), Le Détachement féminin rouge n’en demeure pas moins un ballet culte. Peut-être parce que l’œuvre met également en exergue les contradictions d’un pays qui cherche encore sa place au milieu des grandes puissances mondiales. La devise a changé, mais les incertitudes quant au devenir politique du pays restent les mêmes.

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Paris. Théâtre du Châtelet. 2-X-2013. Ballet national de Chine : Le Détachement féminin rouge. Ballet adapté du film éponyme de Xie Jin, d’après le scénario de Liang Xin. Musique : Wu Zuqiang, Du Mingxin, Dai Hongwei, Shi Wanchun, Wang Yanqiao. Musique du chant du Détachement féminin rouge : Huang Zhun. Chorégraphie : Li Chengxiang, Jiang Zuhui, Wang Xixian. Scénographie : Ma Yunhong. Lumières : Liang Hongzhou. Avec : Lu Na, Wu Qionghua ; Tong Jinsheng, Hong Changqing ; Lu Di, Le commandant et le Ballet national de Chine.

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