Shani Diluka dans les brumes du nord à Dijon

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Dijon, Auditorium, 11-XI-2013. Robert Schumann (1810-1856) : Papillons op. 2 ; Edvard Grieg (1875-1907) : Neuf pièces lyriques ; Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Fantaisie en fa dièse mineur op. 28. Shani Diluka, piano

shani dilukaSi le titre « Les Monstres » de ce concert ne paraît pas très approprié, le contenu, au contraire, réjouit les amateurs d’inédits. En outre, une sorte d’unité unit les trois pièces de la soirée dans un romantisme élégant et sentimental qui reflète la spontanéité des trois auteurs. possède une belle maîtrise de la virtuosité pianistique et elle le démontre à plusieurs reprises : que ce soit dans la polonaise des Papillons, ou bien dans Kobolt de Grieg, ou encore dans le presto final de la Fantaisie de Mendelssohn, ses mains virevoltent au dessus du clavier avec une efficacité incontestable. En revanche, on peut lui reprocher un usage parfois abusif de la pédale, ce qui a comme résultat de mélanger les harmonies.

fait preuve déjà dans Papillons, son opus 2, de l’instabilité psychique qui est la marque de son style. L’interprète tente de traduire cette musique toute en volte-face avec des nuances heurtées et des tempi capricieux, qui sont souvent demandés par le compositeur il est vrai. Mais les phrases ont-elles besoin de ces à-coups dans leurs évolutions ? Cela a comme résultat de hacher encore plus le discours. De même, pourquoi présenter l’œuvre au public, si c’est pour ne pas évoquer l’histoire tirée de l’œuvre de Jean-Paul Richter qui en est la trame, et pour ne parler que du Carnaval ?

Les pièces lyriques de Grieg présentent un panorama intéressant du style de ce compositeur méconnu en France. On y voit de ravissantes peintures de la nature comme Au Printemps, ou Ruisseau, peintures quasi impressionnistes. On goûte aux harmonies étranges de la Valse-Impromptu, et on danse comme des forcenés avec la Marche des Trolls.

La « Phantasie » de Mendelssohn, qui hésite entre improvisation et sonate comme souvenir de voyage, est plus une œuvre virtuose qu’une évocation des brumes écossaises : dans ce registre, la symphonie du même nom semble plus réussie. mène à bien et avec beaucoup de présence cet opus brillant dédié à Ignaz Moscheles, virtuose ami du compositeur.

Shani Diluka se prête volontiers au rituel des bis : elle nous présente deux opus connus : Clair de Lune de Debussy puis une valse de Chopin. Là, elle dévoile toute sa sensibilité féminine pleine de délicatesse ; les nuances sont délicieusement fines et aériennes, les phrases s’évaporent et « tournent dans l’air du soir… »

© Balasz Borocz

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