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L’EIC fête les 40 ans de la Fondation Ernst von Siemens

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Centre Pompidou. 29-XI-2013. Michael Jarrell (né en 1958) : Congruences pour flûte midi, hautbois, ensemble et électronique ; Ulrich Kreppein (né en 1979) : Départ pour ensemble (CM) ; Arnulf Herrmann (né en 1968) : Rondeau sauvage (CM) pour 7 musiciens ; Mauricio Kagel (1931-2008) : Orchestrion-Straat pour ensemble. Sophie Cherrier, flûte ; Philippe Grauvogel, hautbois ; Ensemble Intercontemporain ; réalisation informatique musical Ircam/ Nicolas Vérin, Jan Vandenheede ; direction Jurjen Hempel.

eic pompidou1113Les quatre compositeurs réunis dans le concert que donnait l’ au Centre Pompidou ont tous été lauréats de la fondation dont ce grand industriel et mécène allemand pose les bases en 1972.

On fête cette année les quarante ans du Prix prestigieux de la fondation (250 000 euros en 2013 !) que reçoit en 2000, pour l’ensemble de son œuvre. , et , les trois autres compositeurs de ce programme, ont été, quant à eux, lauréats du Music Award distinguant chaque année, depuis 2000, des compositeurs dans l’élan de leur carrière.

avait trente ans lorsqu’il écrit Congruences, un titre emprunté au domaine de la géométrie. L’œuvre extrêmement puissante et d’une texture très élaborée semble projeter une musique en trois dimensions dont les volumes et les couleurs flamboyantes se métamorphosent au fil de processus très actifs. Les deux instruments solistes – la flûte midi de et le hautbois de – en sont les leaders, parfois submergés par le flux orchestral. Avec une belle efficacité, l’électronique vient ici creuser l’espace et donner toute son envergure à cette musique de l’imaginaire, superbement conduite ce soir par le chef néerlandais .

ulrich_alexander_kreppeinneur.thienpont_midPeu connu encore en France, le compositeur allemand , tout juste 34 ans (Ernst von Siemens Music Award 2012) était la révélation de la soirée. Ancien élève de Tristan Murail à l’Université Columbia de New York, intègre les micro-intervalles dans son espace harmonique sans adhérer pour autant au courant spectral proprement dit. Dans Départ (2010), donné ce soir en création mondiale, la harpe est accordée en quart de ton et vient hybrider les sonorités du piano auquel elle est constamment associée. D’une écriture exigeante et magnifiquement servie par les musiciens, la pièce fascine par la richesse d’une trajectoire sonore toujours en tension : « une fuite en avant dans un labyrinthe circulaire et sans issue » nous dit le compositeur. Une voix énigmatique et légèrement altérée – radio posée sur une caisse claire avec timbre – participe de cette dramaturgie pleine de rebondissements dont les courtes citations de fin de parcours – des harmonies schumaniennes et des bribes de gamme par ton – ajoutent à l’étrangeté de l’écoute.

En création mondiale également, Rondeau sauvage du compositeur munichois sollicite l’énergie spectaculaire du geste instrumental. Ce rondeau « à la française » a été écrit pour les solistes et virtuoses de l’EIC qui lui donnent tout son éclat et sa brillance. La pièce jubilatoire et pleine de fantaisie joue sur la récurrence d’éléments reconnaissables mais toujours variés au fil d’un parcours « musclé » et haut en couleurs, ponctué par les impacts périodiques d’une percussion vibrionnante.

Coup de théâtre final avec Orchestrion-Straat  (La rue de l’orchestrion) de , une pièce  pour orchestre de chambre par deux, sans altos ni bois graves ; Kagel convoque en revanche un saxophone alto (Vincent David) et un accordéon (Anthony Millet) dont les positions scéniques transgressent légèrement la perspective en diagonale du dispositif orchestral. Cet alignement par deux des musiciens de l’orchestre doit évoquer l’espace de la rue ouverte à la rumeur du monde. Avec son humour – mais l’intensité sonore vire parfois à la terreur panique – et sa distance parodique, Kagel tente de reproduire les sonorités d’un orgue portatif, ses rengaines et ses flonflons ; la musique y est le plus souvent répétitive et d’une pâte orchestrale massive mais non moins colorée par les doublures instrumentales et les éclats de la percussion. On y entend des échos de Petrouchka de Stravinsky (la « fête grasse » de Saint Petersbourg) mâtinés de rythmes de tango et autres citations plus ou moins « compactées » à la faveur de trouvailles sonores très étonnantes. L’œuvre peut d’ailleurs s’entendre comme une parodie du Sacre du Printemps ; preuve en est cet accord-fusée qui ponctue l’œuvre, après la quête faite par les deux percussionnistes – Gilles Durot et Samuel Favre irrésistibles – agitant désespérément leurs boîtes métalliques au sein d’un public une fois encore pris à partie par Kagel.

Crédits photographiques : Solistes de l’; Ulrich Kreppein © DR

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Centre Pompidou. 29-XI-2013. Michael Jarrell (né en 1958) : Congruences pour flûte midi, hautbois, ensemble et électronique ; Ulrich Kreppein (né en 1979) : Départ pour ensemble (CM) ; Arnulf Herrmann (né en 1968) : Rondeau sauvage (CM) pour 7 musiciens ; Mauricio Kagel (1931-2008) : Orchestrion-Straat pour ensemble. Sophie Cherrier, flûte ; Philippe Grauvogel, hautbois ; Ensemble Intercontemporain ; réalisation informatique musical Ircam/ Nicolas Vérin, Jan Vandenheede ; direction Jurjen Hempel.

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