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Création de Substances de Raphaël Cendo par le Quatuor Tana

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Auditorium du Louvre. 06-XII-2013. Igor Stravinsky (1882-1971) : Trois pièces pour quatuor à cordes ; Concertino pour quatuor à cordes. Anton Webern (1883-1945) : Six Bagatelles pour quatuor à cordes. Raphaël Cendo (né en 1975) : Substances. Claude Debussy (1862-1918) : Quatuor en sol mineur op.10. Quatuor Tana : Antoine Maisonhaute, Chikako Hosoda, violons ; Maxime Desert, alto ; Jeanne Maisonhaute, violoncelle

tanaFondé en 2004 par son premier violon Antoine Mainsonhaute, le , joue dans sa formation actuelle depuis 2010. Aux côtés des Arditti et des Diotima, les Tana, tous lauréats du Conservatoire royal de Bruxelles, ont mis au centre de leur travail la musique d’aujourd’hui qu’ils ont à cœur de susciter et de défendre. Ils donnaient ce soir en création française le quatuor n°2 Substances de , commande du Musée du Louvre et d’Ars Musica de Bruxelles. Ils ont déjà à leur répertoire le quatuor n°1, In vivo, de ce tenant de la saturation (cf notre chronique du 4-XI-2012) qu’ils servent avec un engagement total.

C’est avec que le débutait un programme aussi concentré qu’exigeant. Trois pièces de 1914 et Concertino de 1920 constituent pratiquement l’intégrale de la musique pour quatuor à cordes du compositeur du Sacre du Printemps qui ne reviendra à cette formation qu’en 1959 avec son Double Canon. Si le Concertino, jouant sur la friction de deux tonalités, n’est pas l’œuvre la plus inspirée de son auteur, les Trois pièces (Danse, Excentrique et Cantique) que Stravinsky orchestrera plus tard sont des perles rares ; elles inaugurent l’écriture à la pointe sèche et la verve rythmique qui nourriront la composition de L’Histoire du Soldat  trois ans plus tard.  Les Tana en tiraient la substantifique moelle, conférant l’originalité autant que l’étrangeté de ces trois miniatures  assez peu jouées.

Les Six Bagatelles d’ sont toujours un défi pour les interprètes comme pour l’auditeur, tant leur concision (à peine 1’ pour chacune) réclame de concentration : « D’un regard on peut faire naître un poème, d’un soupir un roman » dira Schoenberg à propos de l’œuvre de son élève. Précise et maîtrisée, l’interprétation des Tana peinait cependant à instaurer ce climat poétique au sein duquel doit se mouvoir la constellation webernienne.

Adepte des outils high-tech – il a adopté le système Airturn de partition électronique – le Quatuor Tana a également fabriqué un « archet guero » pour la création de Substances, le second quatuor de qui lui est dédié. La baguette de ce prototype est ici creusée d’encoches régulières pour obtenir une meilleure qualité granulaire de la sonorité lorsque le bois frotte la corde. Poussant à l’excès, comme il en a l’habitude, l’énergie du geste, Cendo exige une hyper virtuosité de l’archet qui attaque, gratte, rebondit, racle, tourne, tape, « trémole » pour projeter autant de particules d’une matière sonore inouïe qui semble électriser l’espace. Le compositeur travaille ici dans le registre extrême aigu des 16 cordes où le son filtré, bruité et saturé n’excède pourtant jamais la nuance piano. L’œuvre très concentrée – dix minutes à peine – ne relâche jamais la tension, maintenant l’auditeur dans le feu de l’action et du spectacle car l’œil est ici sollicité au même titre que l’oreille. Performers hors norme, les Tana donnaient toute sa fulgurance à cette tornade prodigieuse.

Il terminait le concert par le Quatuor en sol mineur op.10 de Debussy. Hormis les tempi souvent contestables – le second mouvement un peu précipité et filant très droit, l’Andantino du troisième mouvement un rien pâmé – on manquait parfois de synergie des timbres au sein des pupitres ; l’intonation n’était pas toujours contrôlée dans un dernier mouvement où les instrumentistes semblent accuser une certaine fatigue. On aurait certainement mieux apprécié l’exécution de ce quatuor en toute première partie.

Crédit photographique : © DR

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