Demarquette et Berezovsky, un duo de haut vol

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 09-XII-2013. Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Sonate pour violoncelle n° 2 en ré majeur op. 58 ; Benjamin Britten (1913-1976) : Sonate pour violoncelle et piano en ut op.65 ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Vocalise (extrait des Mélodies op. 34, transcription pour violoncelle) ; Edvard Grieg (1843-1907) : Sonate pour violoncelle et piano en la mineur op. 36. Henri Demarquette, violoncelle ; Boris Berezovsky, piano.

demarqette 2 Jean-Philippe Raibaud
On peut composer un passionnant programme pour piano et violoncelle sans Beethoven, Chopin, ni Brahms : les deux artistes en font la preuve. Et surtout ils exaltent leurs choix de façon magistrale. Comment exprimer cette maestria ? C’est d’abord l’équilibre de puissance entre les deux instruments : le piano de est parfaitement net sans jamais devenir tonitruant, il ne se montre pas envahissant pour le violoncelle. Il s’ensuit une complémentarité expressive, car, visiblement, si le violoncelle utilise une très large gamme de nuances, c’est précisément parce qu’il en a toute la liberté. Et les rugosités, les nombreux claquements d’archets, qui peuvent déplaire aux amateurs de beau son, paraissent d’autant moins gênants qu’ils ne sont pas des aveux d’impuissance.

Le premier mouvement de la seconde Sonate de Mendelssohn, qui requiert élégance et feu, illustre parfaitement la capacité du duo à servir la partition. L’acuité musicale peut être perçue dans un Scherzo qui conserve un tour légèrement mélancolique, et dans un Adagio pris assez rapidement, porté par l’ardeur du récitatif de violoncelle, et pourtant doucement coloré par le piano.

L’alliance de l’expressivité du violoncelle et de la subtile fermeté du piano donne également un bon résultat dans la Sonate de Britten. C’est que, dans cette première pièce écrite pour Rostropovitch, le compositeur souligne obligeamment les formidables aptitudes de son soliste, tout en amorçant au piano une complicité future, mais avec encore un peu de timidité. On note principalement dans cette interprétation la délicatesse de touche du Scherzo pizzicato et la verve du Finale.

Moins redoutable, mais pas sans risques non plus, la transcription de la Vocalise de Rachmaninov fait l’objet d’une belle concentration. Même le piano, ici pratiquement réduit à un rôle d’accompagnement, communique un sentiment poétique. Troisième sonate relativement méconnue, celle de Grieg. On y trouve un propos vigoureux et de jolies évocations, comme des tourbillons de neige ou des lutins faisant la ronde. Les interprètes n’exagèrent pas les contrastes déjà prononcés du premier mouvement, en ne laissant pas traîner les passages « Molto piu tranquillo ». En revanche, ils n’hésitent pas à contraster fortement leur exposé respectif du thème de l’Andante. Le Finale n’est pas moins réussi, tout de fluidité et de souplesse. Ainsi, les deux artistes ont tiré le meilleur parti d’un beau programme, offrant une soirée de haut vol.

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